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LIVRE II. — CHAPITRE II

qu’un registre d’inscription sera ouvert dans les bureaux pour les citoyennes qui désirent se consacrer au service des malades. Quatorze personnes s’inscrivent séance tenante. Ce beau feu, écrit J. Sauzay (p. 398), est un feu de paille, on ne peut même pas trouver sept infirmières pour remplacer les sept religieuses, et, le 16 floréal, la municipalité supplie le représentant du peuple Lejeune de mettre en réquisition au moins trois des religieuses précédemment expulsées.

Le directoire du district d’Ornans (Doubs), écrit, le 28 frimaire an 2 (18 décemb. 1793), au département: « Nos hospitalières sont dans le cas d’être remplacées pour leur fanatisme et pour n’avoir pas prêté à temps le serment exigé par la loi. Mais il ne se présente, pour prendre leur place, que de jeunes personnes qui n’ont pas l’instruction, l’usage et l’expérience nécessaires; nous vous prions, en conséquence, d’engager quelques citoyennes de Besançon à venir passer deux ou trois mois dans notre hôpital pour le diriger » (J. Sauzay, t. III, p. 398).

Le directeur de l’hôpital de Mézières déclare (pluviôse an 3. Arch. nat., 261) « que ce n’est qu’avec beaucoup de peine qu’on est parvenu à remplacer les sœurs de Saint-Charles par des citoyennes patriotes et propres au service des malades ».

A Laon 48, on essaye d’employer des femmes « auxquelles la ville paye leurs soins incomplets » . Il est bientôt reconnu qu’un dévouement vénal supplée mal à la charité qui demande sa récompense à Dieu seul. « Ces femmes sont congédiées en un jour de mécontentement trop bien motivé et on fait appel à la bonne volonté de dames de la ville ; elles ne peuvent rendre les services exigés par un établissement souvent encombré des malades et des blessés militaires ». « On avait cependant rappelé, pour la mettre à la tête du service des médicaments, une novice qui avait été employée quelque temps dans la pharmacie avant l’expulsion des sœurs ».

A Libourne, un registre est ouvert (floréal an 2). Un infirmier se présente, il demande « 1.200 liv. d’appointements si on le

48. Fleury, Le Clergé de VAisne pendant la Révolution, 2 vol. in-8», 1853, t. II, chap. XXI, p. 485.

LES SERVANTES DES PAUVRES

prend seul et l.SOO liv. si sa femme lui est adjointe ». Les administrateurs ne peuvent donner suite à cette proposition ; « les appointements exigés devant absorber la moitié de ce qui reste pour les dépenses nécessaires et journalières de l’hôpital », et trois femmes sont choisies parmi les inscrites ; deux se retirent au bout de quelques jours ; une habitante de Blaye est acceptée sur la recommandation du commissaire des guerres ; ses certificats de « pur civisme et de vertus morales » ne laissent rien à désirer. Au bout d’un mois, elle donne sa démission pour se marier, deux autres imitent son exemple. Le désordre est à son comble, et au club, le 27 prairial, « un membre dit que ne pouvant trouver des femmes pour soigner les malades de l’hôpital il propose d’inviter les autorités constituées à mettre la ci-devant soeur Angélique Buquet, détenue, en arrestation à l’hôpital, pour être gardée par deux volontaires ». M. Burgade [Hist. de l’hôpital de Libourne.^ p. 184-18S) constatant que cette proposition n’est pas adoptée ajoute : « ainsi on a plus de confiance en une sœur suspecte, qui n’a pas prêté le serment qu’en toutes les patriotes... »

A Bourges, la citoyenne Ghabenat, ex-religieuse, est nommée supérieure. A Auxonne (an 2), il n’y a plus d’infirmiers; le citoyen Étienne Noblet, cordonnier, « dont le civisme et l’intelligence sont connus est accepté. Ce patriote obtient soixante livres par mois ^9 ».

Au Havre, trois mois après la destitution officielle des sœurs, elles ne sont pas encore remplacées et conservent provisoirement leurs fonctions. Le 6 germinal an 2, on décide qu’il y aura sept gouvernantes recevant un traitement de 500 liv. filus la nourriture ét le logement. Le 10, les religieuses sont incarcérées, et c’est le 22 seulement que les administrateurs recrutent trois mères de famille pour desservir l’hôpital. « Les recherches continuent sans succès; le 26 germinal le Conseil d’administration, qui est en permanence depuis quinze jours, se lasse en présence du peu d’empressement des citoyennes, non seulement à accepter les postes vacants mais encore à faire des offres de service ; il se résout à envoyer un de ses membres à Rouen pour, par tous les

49. Abbé Bizouard, Histoire de l’hôpital d’Auxonne, in-8°, 1884, p. 183.

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