‹ La Révolution et les pauvresChapitre 81 sur 192 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Le 26 thermidor an 8, le maire et les adjoints de Brest « considérant qu’il est de leur devoir de rétablir dans l’hospice civil de la commune le plus grand ordre, la plus grande économie et de procurer, tant aux pauvres qu’aux infirmes et aux enfans des deux sexes les secours qui leur sont indispensables.

(c .Considérant que le vœu général des citoyens est de voir

rentrer dans cet hospice les citoyennes religieuses qui, avant les temps malheureux qui ont existé, étaient chargées d’administrer ces soins et qui s’en étaient si bien acquittées.

« . Arrêtent que douze des citoyennes qui avaient été obli¬

gées de quitter cet hospice y rentreront dans le courant de la première décade de fructidor... » (Guzent, op. cit., p. 260-262).

La cause est gagnée ; mentionnons seulement le retour des hospitalières à Niort (thermidor an 8) ; Saint-Calais (nivôse an 9^^ ) ; Château-Gontier (prairial an 9), etc.

Le Préfet de l’Orne, parlant de l'ensemble des hospices civils de son département, écrit le 16 messidor an 9 : « Les personnes préposées à la direction intérieure des hospices pendant les tems de troubles et d’anarchie, sont remplacées par ces femmes respectables qui se dévouant par religion aux secours des malades s’occupent, sans cesse des soins de les soulager, de verser dans leur âme le baume salutaire de l’espoir et de la consolation... 11 faut maintenant corriger, réparer et même réédifier, que de maux et d’obstacles à vaincre pour les faire disparaitre ; des mains ■habilles et expérimentées y travaillent sans cesse avec autant de courage que de succès. J’ai la satisfaction de vous assurer que, dans ce moment, les hospices de l’Orne sont régis et administrés

59. Les habitants de SainLCalais (Sarthe) demandent que l’arrêté du nivôse

an 9 concernant les filles de la charité de Paris soit rendu applicable à leur asile ; en marge de la lettre, on trouve la mention suivante : « Écrire au Préfet que l’intention du gouvernement est de rappeller au service des pauvres les anciennes hospitalières mais que le nombre en doit toujours être restreint à ce qu’exige la population de l’hospice » (A. N., 388).

60. Voir aussi : Sablé, brumaire an 10 (Chevrier, p. 246) ; Caen, même date (Huet, p. 51). Divers hôpitaux de la Sarthe, an 10 {Statistique du dép., p. 81) ; Havre, ventôse an 10 (Martin, p. 148); Vire, thermidor an 10; F. C., Notice.sur les hospices de Vire, 1857, p. 104-106. En Bretagne, les. sœurs rentrent en foule, de l’an 11 à l’an 12.

LES SERVANTES DES PAUVRES

avec toute la probité, l’intelligence et l’économie désirables » (Arch. nat., Fi5, 387).

Poursuivre cette énumération serait s’exposer à des redites; bornons-nous à préciser le rôle du pouvoir central sous le Consulat.

Pendant onze ans, les persécutions, la misère, les maladies, le défaut de recrutement ont éclairci les rangs des hospitalières ; en l’an 8, les ouvrières font défaut à l’abondante moisson. On voit des municipalités recourir au dévouement de religieuses appartenant à des communautés autrefois contemplatives. A Auxonne, on découvre trois clarisses vivant ensemble du produit de leur aiguille; on les supplie de venir desservir rhôpital (Bizouard, op. ctf., p. 196). Cette situation frappe Cbaptal; chez lui, l’homme d’État l’emporte sur le libre penseur; en vue d’assurer le bien public il n’bésite pas, sans consulter le gouvernement, à rétablir officiellement une congrégation religieuse , et signe, le 1®'' nivôse an 9, l’arrêté suivant; cet acte courageux honore sa mémoire. « Le Ministre de l’Intérieur considérant que les lois des 14 octobre 1790 et 18 août 1792^ en supprimant les corporations, avaient conservé aux membres des établissements de charité la faculté de continuer les actes de leur bienfaisance, et que ce n’est qu’au mépris de ces lois que ces institutions ont été complètement désorganisées.

« Considérant que les secours nécessaires aux malades ne peuvent être assidûment administrés que par des personnes vouées par état au service des hospices ou dirigées par l’enthousiasme de la charité;

« Considérant que parmi tous les hospices de la République, ceux là sont administrés avec le plus de soins, d’intelligence et d’économie qui ont rappelé dans leur sein les anciennes élèves de cette institution sublime dont le seul but était de former à la pratique de tous les actes d’une charité sans bornes.

« Considérant qu’il n’existe plus de cette précieuse association

61. Mes souvenirs sur Napoléon, par le comte Chaptal, publiés par son arrièrepetit-fils, in-8o, 1893, p. 71 à 73. Une maison appartenant aux hospices, rue du Vieux-Colombier, est disposée à la hâte ; il y installe une sœur de charité qu’il a connue à Montpellier ; bientôt cet établissement renferme 40 novices.

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