LIVRE II. — CHAPITRE III
toutes à la lettre suivante adressée, le 20 floréal an 4, aux administrateurs du département des Ardennes (Arch. nat., F*», 261) :
«.Au surplus les besoins des pauvres m’ayant paru urgents
je viens d’authoriser la trésorerie nationale à mettre à votre disposition pour le service de l’hospice de Sedan 150.000 liv. représentées par 5.000 francs espèces. Cette somme sera incessamment versée dans la caisse du payeur général, vous pourrez vous y présenter... »
La nécessité prime toute autre considération, et, le 17 ventôse an 4, le directoire de la Seine-inférieure, après avoir exposé la détresse absolue des hospices, dit au Ministre ; « Quand bien même la comptabilité de ces maisons ne seroit pas encore établie de la manière prescrite par les nouveaux règlements cela ne doit point retarder votre décision. Ces besoins ne peuvent point s’ajourner ni se concilier avec les formes voulues par la loi » (Arch. nat., Fis, 275).
Cette vérité est reconnue à l’administration centrale, car une note des bureaux, du 8 pluviôse an 4, porte « que la négligence des administrateurs à suivre la route qui leur a été tracée ne peut être un motif pour laisser sans secours les indigents que ces maisons renferment ». En conséquence, le Ministère envoie des fonds, insuffisants il est vrai, de nature toutefois à assurer en partie le service. Malheureusement, lorsque les administrateurs, munis de l’avis dè cet envoi, se présentent à la caisse du Receveur il leur répond trop souvent qu’il n’a pas été prévenu par la Trésorerie ou qu’il n’a point d’argent en caisse i®.
Alors nouvelles réclamations au Ministre de l’Intérieur qui en réfère à son collègue des finances ; pendant ce temps, l’hospice est comme celui de Rouen : « qui n’a depuis un mois, ni sou, ni maille, et sans crédit, sans approvisionnement, manque de tout » (Rouen, 9 fructidor an,4. Arch. nat., F^^, 275).
18. « Toutes les caisses publiques se ferment hermétiquement lorsqu’on réclame des fonds pour secourir ces établissements... (Tarbes, thermidor an 3. A. N., F'f>, 254).
« Le payeur général dit qu’il ne peut rien payer en ce qu’il n’a point de fonds. Le Ministre de l’Intérieur à qui nous avons fait passer nos états du trimestre et à qui nous avons écrit cinq lettres ne nous réponds pas... » Châteauroux, 20 floréal an 4 (A. N., Fis, 264).
LA FORTUNE HOSPITALIÈRE
« Nous vous en conjurons au nom de l’humanité, disent les administrateurs de Saint-Etienne (30 fructidor an 3. Arch. nat., Pi''', 264), car si vous ne déférés de suite à notre demande cet hospice ne peut plus se soutenir, ne lui restant aucune ressource ». « Depuis un mois et demi, écrivent les administrateurs de l’hospice civil de Brives (17 prairial an 4. Arch. nat., 262), que l’administration centrale du département de la Corrèze nous a donné avis que vous aviés accordé à notre hospice un secours de dix mille livres valeur en espèces, nous n’avons cessé d’écrire de touts les côtés pour nous procurer cette somme. Le payeur nous a dit n’avoir réçu n’y fonds, n’y ordre ; nous avons écrit trois fois pour scavoir si cette somme avoit été expédiée et nous éprouvons le plus parfait silence de votre part ; cependant nous avons emprunté de touts côtés, et nous ne trouvons plus de crédit, nous sommes sans fonds et sans pain et obligés de refuser la porte aux militaires malades : voilà la position critique où nous a vraissemblablement mis la négligence coupable de quelque commis, car nous ne croirons jamais qu’il y ait de votre faute dans le départ de ces fonds, aussi nous espérons toujours que vous ferés cesser nos inquiétudes et la famine qui règne dans notre hospice »..
On peut remplir des volumes avec des lettres analogues. L’excès du mal devient tel que souvent l’invective remplace la prière. « C’est une bien funeste économie que celle qui, faute de quelques avances, expose à souffrir une iHultitude de citoyens, victimes de la douleur et des infirmités, et réduit à un état de détresse et de nullité presqu’absolüe une maison nécessaire qui, secourüe à temps, aurait fait de plus grands biens avec de moindres dépenses. Les administrateurs de l’hospice de Tulle ont épuisé leur bourse et leur crédit, ils sont déjà en avance de ISO.000 liv. L’administration n’a pu leur donner que des vœux et écrire, en leur faveur, au Comité des secours ; toutes les lettres ont été sans succès, presque toutes même sans réponse, on s'est adressé directement à la Convention ; l’insouciance homicide du Comité a été dénoncée, nos démarches nos réclamations persévérantes tout a été vain » (Administration centrale de la Corrèze, 9 frimaire an 4, Arch, nat,, 262).