CHAPITRE III
dans l’alternative de manquer à leurs devoirs ou de subir des peines arbitraires ; cet état de choses ne pourroit subsister plus longtemps sans compromettre les interets de la République^ en même temps qu elle nuiroit essentiellement à l’ordre de nos opérations^ ces considérations sont trop importantes pour ne pas fixer toute votre attention »,
Les faits mentionnés dans cette lettre se renouvellent, et le 1®’^’ fructidor suivant le Payeur général du département de la Vienne s’adresse à la commission des secours publics pour solliciter la régularisation d’avances qu’il n’a pas été en son pouvoir de refuser (Arch. nat., 274)“. A Morlaix, la municipalité écrit au Ministre, le 16 pluviôse an 4 : «...Nous avons pu jusques â ce jour subvenir aux dépenses de l’hospice civil, parce que conformément à la loi du 21 fructidor relative aux fonctions des corps administratifs et municipaux nous nous sommes cru et nous nous croyons encore autorisés à tirer sur le receveur de notre district des mandats qui mettoient l’économe de cet hospice en état de subvenir à ses besoins, la nécessité, cette loi impérieuse, ne nous permettoit pas de balancer puisqu’il falloit assurer l’existance des malheureux. Cependant une lettre des Commissaires de la Trésorerie Nationale au Receveur de notre district semble l’autoriser désormais à ne pas acquitter nos mandats... L'ordre de la comptabilité nous le sentons commande cette mesure^ mais la faim ne s’ajourne pas et l’humanité comme notre devoir nous imposera néanmoins l’obligation de continuer provisoirement de recourir à la caisse de district... » (Arch. nat., F15, 263)..
22. « L’administration du département n’ayant aucun fonds à sa disposition, m’a invité de faire une avance de 30.000 liv. à l’hôpital de l’hôtel-dieu de Poitiers et de 10.000 liv. à celui de L’Usignan ; d’après les loix et instructions de la Trésorerie nationale je n’aurois pas dû acquiesser à l’invitation du département; mais la position de ces malheureux qui se trouvent exister dans ces deux établissements m’ont décidé pour le bien général à acquiesser à cette invitation.mal¬
gré tous les désirs que j’ai' de me prêter à tout ce qui est en moi pour le bien public je ne voudrois cependant pas me compromettre ni exposer votre responsabilité, je vous invite au nom de l’humanité à ordonner les fonds nécessaires aux besoins des hôpitaux qui deviennent à la vérité considérables vû le prix excessif de tous les obje^ de première nécessité et approuver les avances que j’ay cru devoir faire,,. »
LA FORTUNE HOSPITALIÈRE
Le Ministre de l’Intérieur est donc absolument débordé par la gravité de la situation ; il s’efforce cependant de maintenir les principes sans lesquels il n’y a plus de comptabilité publique et envoie, le 30 frimaire an 4 (Arch. nat., 29S), aux administrateurs de la Sarthe une dépêche par laquelle il les invite « à n’accorder des avances que dans des cas absolument indispensables, cette mesure, dit-il, embrouille la comptabilité... »
Vaines prescriptions; le mot des officiers municipaux de Morlaix reste seul vrai ; « la faim ne s’ajourne pas », et la faim règne dans la majeure partie des hôpitaux, surtout depuis la grande iniquité de messidor an 2.
§4. — les pertes constatées,en l’an 5
Tout ce qui précède démontre qu’au moment où le directoire prend la louable résolution de revenir sur les fautes commises, le sol est jonché de ruines. Les administrateurs de Montauban écrivent (22 messidor an S. Arch. nat., 287) : « ...28.621 liv. de revenu fixe en 1790 et 6.235 francs en l’an 5 voilà le résultat des calculs et du rapprochement... La loi de messidor a ouvert le goufre dans lequel se sont engloutis 186.000 liv. de capitaux établis sur des mains-mortes, sur des émigrés et sur divers particuliers ; capitaux versés en partie dans la caisse des receveurs de l’enregistrement et dont le plus grand nombre confondus avec les biens attribués à la Nation se trouve réunis à ses domaines... »
A Nemours, on déclare (Arch. nat., 302) pour 1790 « un revenu en biens fonds, rentes et redevances foncières supprimées de 10.007 liv. 5 s. 6 d. qui suffisoient aux besoins ». La vente des biens-fonds, le remboursement des rentes au profit de la nation réduisent ce revenu à 3.759 liv. 16 s. 8 d., « dont 2./08 liv. 16 s. 8 d. en inscriptions sur le grand livre n’ont pas encore été payés » (floréal an 5). Les ressources réelles sont ainsi de 1.050 liv, « notoirenrent insuffisantes, la commission est forcée