I. B^VOtnlton franiafte, tome II, page
— Î60 — 179t, on imaginera facilement les atrocités, les entermi Dations horribles et eaas nombre qui auraient eu lieu en France, en l'an V, si le trûoe et l'autel y eussent été relevés.
Tel Tut peut-être, en effet, le seul avantage réel de l'aTènement de Bonaparte, quels qu'aient été ses vices et ses crimes, c'est qu'il empêcha que la restauration royaliste se flt légalement en ISOO, et servit ainsi de frein au mouvementde réaction monarcliiquequi.triompbant trop tôt, aurait étendu à la France entière, en les aggravant encore, les massacres du Midi.
En délinitive, faute d'une théorie qui indiquât et permit alors l'établissement d'une dictature civile, d'un gouvernement républicain mis à l'abri des attentats du sufTrage universel, on ne put assurer le maintien de la République qu'au moyen de l'armée, ce qui était extrêmement fâeheus, puisque cela pouvait ouvrir la voie à une usurpation militaire.
A défaut d'une doclrine réelle et positive, le parti républicain ne voyait pas ce qu'il devait vouloir et faire en politique; au contraire, la doctrine révolutionnaire lui traçait une voie impossible, puisque le verdict du suffrage universel tendait constamment cl de plus
en plus aa rëtabliBsement de la moDarchîe.
Dans un tel état de choses, ['armée étant inconteslablement plus républicaine que la nation, l'empirisme poussait doue fataliHneat vers la Eolulioa militaire.
A défaut de DantOD, que le Fanatisme révolutioDuaii'e avait si déplorablemeat et si odieusement sacrifié, et qui manquait alors si cruellement à la situation, Hoche était, de tous lesgénëraujL républicains, le plus digue et le plus capable de prendre en main cette iaévilable dictature. Mais il mourut, comme le graad conveutioanel, à la Heur de l'âge, saos avoir pu épuiser sa force et son génie au service do sa pairie.... et ce fut un homme éti-anger à la France et à la Révolution qui surgit à sa place !
« A cette époque, dit encore M. Henri Marti n dans la brochure que nous avons déjà citée, Bonaparte, poursuivant ses desseins, préparait le pacte de Campo-Formîo. Reniant déji pleinement les traditions de la Révolution
et roalant aux pieds lea droits des peuples, il entendait partager l'Italie avec l'Autriche, lui livrer Venise.
« Le Directoire, rendons-lui cette joslice, ré- BÎstait à cette politique. 11 comprit qu'il n'y avait pour lui qu'un moyen d'assurer le succès de sa résistaocu et d'éctiapper à l'asccDdant impérieux de Bonaparte : c'était que, dans nos armées, lea deux grands généraux (Hoclie et lui] se fissent tout au moins équilibre. Le Directoire réunit toutes les armées du Nord et de l'Est, depuis la Hollande jusqu'à la Suisse, sous le commandemeut de Hoctie, qui eut ainsi dans la main une force plus que double de celle de Bonaparte. Cette grande armée du Rhin, la plus patriotique et la plus vertueuse qui ait jamais existé, partageait tous les sentiments de son cbef.
« Si la guerre recommence. Hoche va marclier sur Vienne ; rien au monde ne pourra l'arrêter. Bonaparte n'a plus alors d'autre avenir que de rester général républicain. C'en est Tait de ses projets.
« La France ne devait pas avoir cette forlune....
« Il était alors inévitable qw la France subit une certaine suprématie militaire, après ces
guerrea immenses, après le coup d'État de fructidor; maisdaQS quelles conditions cette suprématie se fût-elle produite avec un tel homme à la léte de l'armée, un homme si désintéressé, si généreux et aimant si sincèrement, si pro- Tondémenl les institutions répuhlicaines ? Cet homme eût évidemment ramené peu à peu la Frauce au régime régulier dont elle élait un moment sortie en fructidor. Il eût été ce que Bonaparte a dit un jour, mensongèremeot, vouloir être: le Washington de la France (l).» Qu'aurjit dû être cette présidence de la République française, occupée par un militaire, que Hoche ne put exen-er et qui échut à Napoléon ? Qu'aurait dû Taire le gouvernement du Consulat? Reprendre, avec la différence des temps el d'après une vue plus complète et plus Byelémalique, la conception de Danton surlegouverneraentrèvolulionoaire, cettedictature provieoire qu'il avait fait accepter par la Couvenlion en août 1793, et dont le plan avait
1. « Ses derniera jours bodi la chose du monde la plus tojdianie. Il ne pensait qu'a an pairie, qu'il laissait mal gouvernée, niai ordonnée, et lui, qui ee semait capable de la remettre en ordre et de la conduire à la liberii comme a la victoire, il se
sentait mourirl » — (Henri Martin, toco CiiOlo,
pages 10, II, 12.)
- 164 ~ été exposé par Billaud-Varennes dans son rapport dn 28 bnimalre an II.
n fallait garder inflexiblement la Répu- Wiqne.surraller rigoureusement les royalistes, ne laisser rentrer les émigrés h ancnn prix, et décréter l'exclusion des monarchistes et des aristocrates restés à l'intérieur, de l'éligibilité auxfonctions publiques quelconqaes.politiqoeB et municipales. II fallait maintenir Tordre matériel au dedans et au dehors, ou assurer la paix intérieure et extérieure ; laissera la nation une entière liberté spirituelle, liberté religieuse et philosophi{iue,liberlé d'enseignement, liberté de la presse, de réunion et d'association, conséquence inévitable des idées courantes sur" la souveraineté du peuple, et qui seules pouvaient permettre de faire surgir une croyance sociale commune, et, par suite, un ordre politique définitif. Il fallait, enfin, et ceci élait une des exigences les plus palpiibles de la situation, seconder sagement le mouvement industriel, la reprise du travail, sur les quels repose l'existence même de la société; ce qoisupposait l'obligation pour le nouTeau Qouvemement de renoncer à la guerre de propagande, d'occupation et sursout de conquête, pour viyre en paix avec l'étranger. i
Est-il besoin de rappeler à qael poin pane a manqué i ce provramme s'ffliirrep, au ronlrairp, de restaurer 1 r^K'ine, lesjotâme catholique et Téola metiant lui-même à la place du roi J
11 riiDicoa, il est vrai, la prepondéra pouTOir central, ou du gouvernement, pouvoir local (assemblées nationales, d mentales et inunîcipaleEi), sur ces d rend us souverains par la Constituante, i l'indépendance, à la cliute du grand Coi Salut public, avait amené l'anarchie ad trative et l'impuissance qui annulèrent rectoire; mais il le fit dans une i excessive et dans un but de dominatioi BOnnelle. Il restreignit aussi l'exerci suffrage populaire en ce qui concernait oiination des juges et en ce qu'il pouvai dedangoreuxpoup le civisme et l'indépei de la magistrature ; mais il ne conserva, < part, des institutions de 89 et de 93, <
Cod6 civil, en le mutilant ou faiaant amender dans un sens contraire à l'esprit de liberté et de justice de la Rérolution ; en y rétablissant, notamment, ce qui était le plus opposé aux tendances de cette époque : les majorais et les ^b«fitutton«.£lsi,coaameplustardLouisXVIIl,
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et de tribunaux d'esception ; fusiller an lien de guillotiner I
Voici, pour en donner un exemple, ce que NapoléoQ écrivait à Eugène, prince d'empire, en sa Tice-royautô d'ilalie :
1 Ne laissez pas oublier que je suis le matlre de faire ce que je veux: cela est nécessaire pour tous les peuples... Votre système est simple: l'empereur le veut... On dit que l'évëque d'Udine s'est mal comporté ; si cela est, il faut le faire fusiller... que cela soit fait dans les vingl-qnatre heures après la réception de ma lettre; c'est an exemple utile... s'il y a quelque grande famille qui se soit mal comportée, je veux la détruire de fond en comble, pères, frères, cousins, pour qu'elle serve d'exemple (1). »
Cet ordre caractéristique, cité entre mille, concernait l'étranger; à l'intérieur, Napoléon De se montra guère plus scrupuleux; l'extermination et la transportation des républicains, âe tous ceux qui, grands ou petils, avaient marqué dans la Révolution et lui restaient attachés, et qui setrouvaieniiascrits.dececbef.
daDSCeqoele lyraa appelait « son dictionnaire » , dépassèreot en arbitraire et en B^aa-façoa de crime tout ce qu'on en pourrait rapporter (1). Nous rappellerons cependant l'assassinat juridique de CÉraccIii,Aréna,TopiDO-LebruD, etc., et la grande déportation de l'un IX, auxquels, de l'aveu même de Bonaparte, l'alTaire du 3 DivAse servit de prétexte : « On n'avait pas de preuves, dit-il, que les terroristes fussent Us ailleurs de l'attentat. On les déportait, non pour le 3 nivôse, mais pour le 2 septembre, le 31 mai, la conspiration de Babeuf. Le dernier événement n'était pas la cause de la tnesui-e, il n'en était que l'occasion (2). »
Faudrait-il chercher bien longtemps pour
Saut la forfanterie impériale au lieu de l'iofatualion mystique an démocrate, l'analogie est complâle entre les deux tyrans ; mômes adulations encore pour l'un et pour l'autre; car nous DepensoDspasqtiel'on ait rien offert de plus corsé, eu fait de flagorneries, à l'empereur et roi qu'au dieu des Jacobins.
— ■ Vous qui soutenez la patrie chancelante GODtre le torrent du despotisme et de l'intrigue, TOUB que je ne coonais que, comme dieu, par des merveilles... » — (^aint-Just k Robespierre, 1790).
« Admirable itoj^spierre, flambeau, colonne, pierre angulaire de l'ëdilice de la République française, salul... » ~ (Picard à Robespierre, 1794).
— a Fondateurdelaltépubliquefrançaise...
je vous regarde, citoyen, comme le messie que l'Être éterael nous a promis pour réiormer toute cliose... n — (Clianvet, capitaine des Vétérans, à Robespierre, 1794).
— - Robespierre, colonne de la République, prolecteur des patriotes, génie incorruptible,
leB (sartODH du Tribunal réTolulionnaire, el, oulre les aBaireu Buloge Schneider, Danlan, elc., celle dite dei Chtmiiu rouget ou dea SoiuDtQKloiii.
montagoard éclairé qui rois toat, prévois tout, déjoues tout, et qu'on ne peut tromper et séduire... ■ — (Peya et Rompillon à Robespierre, 1793).
— a Ciloyen Maximilien Robespierre, législateur et père protecteur du bon peuple, le conseil général et toute la commnnedeMarion, caolon de GrignoU, district de Bazas, département du fiec-d'Amhés, assemblés au sujet de la religion, étant daas la crainte etl'espérancei ont l'honneur de tous représenter qu'au mo-.
ment qu'elle reçut voire rapport fait au Dom du comité de Salut public, le quintidi 15 frimaire, imprimé par ordre de la Convention
officiere inunicit)aux ; Figuez, nolable ; Darnauzan, SauTaio, nolablea, (I). •
Du reste la légende sur la divinité de Robeapierre pemiBia bii^n après thermidor, puisqu'en 1848, il était encore associé a jesus Oaus ico effusions de notre démocratie, et que, s'il faut en croire une publication récente, sous Louis- Ptiilippe, le plus pur et le plus dévoué des républicains écriyait du Mont-Sainl-Michet où il était prisonnier :
M Citoyen, je vous renvoie les livres qui me sont offerts par l'abbé Montés, auquel je Vais répondre. Je vous remercie de voire intermédiaire, mais je ne puis accepler ces auteurs. Je ne reconnais d'autre Dieu que Robespierre. Salut et fraternité. Barbes (2). »
Napoléon réublit donc à son prolitla monarchie absolue dans le pays qni venait de renyerser,juger,condamDeretexécuterLouisXVI.
Restauration véritablement criminelle, si l'on songe à la nécessité et à la légitimité de la ïlépublique ; acte imbécile, quant à Bonaparte lui-même, puisqu'il amena l'invasion de la
1. Ces citalioDB sont extraites deB pièces origipinales dèposd«s aux. Archives Dationalee. — it.
t. En toituTe eeliutaire, par P. Sarrasin ; io-Sï, raris, Drejfus, 1S7S.
France par saite da régime de conquête, et le relèvement de la moaarcMe légitime par suite de rinvasion.EnRD, celle-ci ne pouvant durer, la royauté constitutinimpiic, le régioifi de juillet, le pire de touB par sa corroptioD, fut encore une conséquence de la principale foute politique du eoldat couronné.
« Pas d'état politique fixe, avait-it dit, s'il n'y a un corps enseignant avec des principes fixes, » — C'est pourquoi il rétablit l'Université, exclusivement chargée 'd'enseigner aux jeunes générations: i" les préceptes de la religion catholique ; 2° la fidélité à Vempereur, à la monarchie impériale dépositaire du bonheur du
On Tolt de mite, qnand la chose passe des mains de la GODBtitoante oa de la ConTontion en celles d'un Bonaparle, et si on se place an point de vue des conditions de la libre pensée et de la libre conscience, au point de vue des intérôts et des droits de la liberté spirituelle, religiense, philosophique, scientiflqtie et même littéraire, on voit de suite tout le danger d'une pareille institaiion, dont la prcuTe,hélaBl n'est plus à faire, surtonl avec les hasards du BUffrage universel, qui peut ramener des gouvernements rétrogrades et tout différents de celui qui résulte de son principe même.
Il y avait donc dans cette restauration de rOniversité un moyen d'oppression des plus funestes, dont Bonaparte se garda de ne point user. Et l'on vit i-ette fille cadette de l'empereur rivaliser aussitôt de zèle et de platitude envers lui avec cette fille aînée, TËglise, qu'il avait également relevée- Dans le Catéchisme dettitU aux ieoles, à la suite du quatrième commandement : Tes père et mire lumorerai, rUniversité et l'Église avaient, en effet, ûscrit: « Les chrétieDS doivent aux priacee qui les gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon I*' notre empereur, l'amour, le respect, l'obéis-
saoœ, la fidélité, le service militaire, les trtbtUi ordonnés pour la coneervation et la déreûBe de 80D empire et de son trOne
— « Que doit-on penger de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur?
« Selon l'apôtre saint Paul, ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même, et ee rendraient dignes de la damnation éternelle, u
Le conventionnel Thibandeau avait donc eu raison, eu définitive, de protester contre le rapport de Lakanal, lorsque celui-ci proposa son système d'éducation nationale ou d'État.
Car, nous le répétons, entre les mainsde Bonaparte, le projet de Condorcet et de Turgot, quelque grand qu'il fût, allait bienidt devenir un terrible instrument d'oppreesiou spirituelle et de rétrogradation.
C'est l'enseignement dé l'Université impériale qui forma la bourgeoisie réactionnaire dont l'avènement eut lieu avec Louis-Philippe, ainsi que lee classes dirigeantes qui font le péril actuel de notre France, d'un pays s' bien disposé moralement et patrlotiquement, mais qui manque absolument de vues nettes pour se conduire, d'idées et de convictions positives, et ne sait se donner une direction
coDforine k ses aspiralioDselàBCB besoins les plus tonâameataax.
D'un antre cAtéfdaos sa politiqueextërieiire Bonaparte se montra.comme une sorte de fou lucide, comme un aventurier parvenu à qui l'excès de la fortune et l'abus de la toutepuissance auraient fait perdre la raison el le goaTernement de soi-même.
H Mon frère, écrivait-il à Joseph, vos proclamations ne sentent pas assez la maître. Ce n'est pas en cajolant les peuples qu'on les Kagne. Mettez trente millions de coutribulions sur le royaume, payes itien voire armëe, remontez bien votre cavalerie et vos attelages, faites faire des souliers et des babits. Tout cela ne peut se faire qu'avec de l'argent.
a L'établissement d'aae imposition ne fera pas l'effet que vous imaginez ; tout le monde s'y attend et la trouvera naturelle
« Puisque la Galabre s'est révoltée, pourquoi ne jirendriet-vous pas la moitié des propriétés du pays pour les distribuer d Farmée f Ce serait une ressource.
« Comme on assassine mes soldats, je rendrai moi-même le décret par lequel je confisque* rai à leur profit la moitié des revenus de la province, pmUeulia't et publics.
« Votre conroniie n'aurait aucnoe BoUdité Bi vous n'aviez autour de tous une ceabûne de fi;6néraux,de colonels et autres posBesBenra de Ëets dans les royaumes de Naples et de Sicile. Je pense que Bernadette, Mantiu, devraient être fixés à Naples avec le titre de princes et avec de gros revenus qui assurasseat la fortune de leur famille. Ce moyeu je le prends pour le Piémont, pour l'Italie, pour Parme.Il faut qu'entre ces pays ei Naples il ressorte la fortune de trois ou quatre cents offîàera français, tous jouissant de domaines qui seraient dévolus à leurs descendants par droit de primogénitwe. Daos peu d'années, cela se mariera dans les principales maisons et le trône BClrouvera consolidé
« Je désirerais bien que la canaille de Ifaples se révoltitt..,.. A tous pays conquis il faut une révolte (1). .
Auguste Comte avait-il tort d'appeler le règne de Bonaparte : Fùrgie militaire?
Également étranger à la France et à la civilisation de l'Occident, dépourvu de cette passion du bien public, de cette fièTre de BocialHlité qui avaient caractérisé l'époque