‹ La révolution françaiseChapitre 19 sur 24 · Ibid., page · texte numérisé non relu

Ibid., page

a II était certaÎDeoieot impossible que l'cngemble d'une telle sitnatioa ne conduisit bientôt à riDStallation spontanée d'une véritable dictature militaire, dont la tendance, rétrograde ou progressive, devait d'ailleurs, malgré l'influence naturelle d'une réactiOEi passagère, dépendre beaucoup, et certainement davantage qu'en aucun autre cas historique, de la dtsfositim perstmnelle de celui qtti en serait honoré, parmi tant d'illustres généraux qne la défense révolutionnaire avait suscites.

« Par une fatalité à [amals déplorable, cette inévitablesuprématie,à laquelle le grand Hoche semblait d'fîbord si heureusement destiné, échut à na homme presque étranger à la France (Napoléon -Bonaparte), issu d'une civiUsalion arriérée et spécialement animé, sous la secrète impulsion d'une nature superstitieuse, d'une admiration involontaire pour l'ancienne hiérarchie sociale; tandis que l'immense ambition dont il était dévoré ne se trouvait réellement en harmonie, malgré son vaste charlatanisme caractéristique, avec aucune éminente supériorité mentale, sauf celle relative à un inconlestable talent pour la guerre, bien plus lié, surtout de nos jours, à L'énergie morale- qu'à la force intellectuelle.

■ Oa a^ saurait aajoard'hnl rappeler na tel Dom saD8 se aouveiur que de vils flalleurs et d'ignorants enthousiastes ont osé longtemps comparer à Charlemagne un souverain qui, & tous égards, tut aussi en arrière de son siècle que l'admirable type du moyen à^e avait été en avant du sien... Ciiaauevrai philownlie doit, à mon gré, regarder maintenant comme un irrëcusiib'e devoir social de signaler coavenablem^nl à la raisi)n ua\\\\i\w la dangeretise aberration qui, sous la mensongéfe exposition d'une presse aussi coupable qu'égarée, pousse aujourd'hui t'etisemble de l'icole révolutionnaire à s'efforcer, par un funeste aveuglement, de réhabililer la mÉmoire, d'abord si justement abhorrée, de celui qui organisa, de la manière la plus désastreuse, la plus intense rétrogradation politique dont l'Humanité dut jamais gémir.

H D'après les eiplicalions précédeuleSj personne assurément ne sauraitcroire que je prétende ici blâmer l'avènement d'une dictature non moins indispensable qu'inévitable : mais je voudrais flétrir, avec tonte l'énergie philo- BOphique dont je suis susceptible, l'usage profondément pernicieux qu'en Bt un chef alors naturellement investi d'une puissance malé-

rielle et d'nne coDflaace morale qu'aacuQ autre législatear moderae n'a pu réunir aa même degré.L*état général de l'esprit humain ne permettait point, sans doute, àson immense autocratie de diriger immédiatement la réort^nisatlon finale de l'élite de l'Humanité (l'Occident de l'Europe], faute d'une indispensable élaboration philosophique encore inaccomplie (1) ; maÎB son action rationnelle aurait pu yappliquer convenablement les hautes inlelligenceB, et y disposer simultanément la masse des populations, au lien d'écarter les unes et de détourner les autres par une activité radicalement perturbatrice de tous les grands efTorts sociaux que ladictature purement révolutionnaire avait déjà glorieusement étuucbés, autant que l'avait comporté l'inévitable prépondérance d'une métaphysique essentiellement négative (i).

« Si le prélendu génie politique de Bonaparte avait été vraiment éminent, ce chef ne se serait point abandonné à son aversion trop exclusive envers la grande crise républicaine.

',. La tbéorle révolutioanaire (te Contrat social). R.

dû il ne saTait Toir, à la suite des plus mlgaires déclamateare rétrogrades, que la ^Ue démoQstratioQ de l'impuisBance organique propreà la seule philoeophie qui ayait pu y présider : il n'y aurait pas enljëremeiil méconnu d'énergiques leodancea vers une régénération fondamentale, dont tes conditions nécessaires s'y étaient cerlaioemenl manifestées d'une maotâre non moins irrécusable pour tous les hommes d'État dignement placés, môme par le seul instinct, au véritable point de vue général de la sociabilité moderne, qui n'eût point échappé sans doule, dans celte lumineuse position, à Richelieu, à Cromwell, ou k Frédéric.

1 On n'a d'ailleurs aucun besoin de prouver quo son autorité réelle eût ainsi acquis, avec une aussi pleine intensité, une stabilité beaucoup plus grande, en môme temps- que sa mémoire eût été assurée d'une éternelle et unanime consécration^ quoiqu'il dût alors entièrement renoncer à la puérile fondation d'une nouvelle tribu royale.

« Mais, à. vrai dire, toute sa nature intellectuelle et morale était profondément incompatible avec la seule pensée d'une irrévocable extinction de l'antique système lliéologique et

militaire, hors duquel il ue pouvait rieu conceToir, sans toutefois en comprendre Buffieamment l'esprit ni les conditions; comme letéiDoignèrent tant de graves contradictions dans la marche générale de sa politique rétrograde, surtout en ce qui concerne la restauration religiense, où, suivant la tendance habituelle dn vulgaire des roist il prétendit si vainement allier toujours la considération à la servilité, en s'eSbrçant de ranimer des pouvoirs qui, par leur essence, ne sauraient jamais rester franchement subalternes (I).

« Le développement continu d'une immense activité guerrière constituail.àtout prix, le fondement nécessaire de cette désastreuse domination, qui, pour le rétablissement éphémère d'un régime radicalement antipathique au milieusocial correspondant, devait surtout exploiter, par une stimulation inccssammentrenouvelée, soit les vices généraux de l'humanité, soit les imperfections spéciales de notre caractère national, et principalement une vanité exagérée, qui, loin d'être soigneusement réglée d'après une sage opposition, fut alors, au contraire,

. la papauté, dans

directement excitée jusqu'à la prodnctioa fréquente des plus îrrationaelles ilInsioiiB, Battant des moyens d'ailleurs empruntés, comme loat le reste de ce prétendu système, aux usages les plus diacréditéa de l'ancienne monarcbie. Sans un ëtat de guerre très actif, en effet, le ridicule le plus incisif aurait certainement suffi pour Mre prompte et pleine justice de l'étrange restauration nobiliaire et sacerdotale tentée par Bonaparte, tant elle était profondément contradictoire à l'état réel des mœurs et des opinions ; la France n'aurait pn être réduite, par aucune autre voie, à celte JoDgue et honteuse oppression, où la moindre réclamation généreuse était aussitôt étouffée comme un acte de tratiisou nationale concerté avec l'étranger ; l'armée, qui, pendant la crise républicaine, avait été constamment animée d'un si noble esprit patriotique, n'aurait puéire autrement amenée, d'après l'essor exorbitant des ambitions personnelles, à une tendance tyrannique envers les citoyen^, désormais réduits à se consoler vainement da despotisme et de la misère par la puérile satis^tion de voir l'empire français s'étendre de Hambourg à Rome.

« EoSu, quanta l'influence morale, on n'a

point eacore dignement compria que la Convention, élevant le penpie aaas le corrompre, avait irrérocablement terminé la décomposition cbroDÎque de l'ancienoe hiérarchie sociale, tout en consolidant néanmoinB, chez les moindres classes, le respect dechacun pour sa propre conditioD, euivaot l'attrait naÎTersei d'une noble activité politique, tendant sponta- Dément à conteoir partout la disposition an déplacement privé, en boooraot et améliorant les plus inférieures posilions: c'est surtout sous la domination guerrière de Bonaparte que le généreux sentiment primitif de l'égalité révolutionnaire subit cetle immorale déviation qui devait associer directement la plus active portion de notre population à un désastreus système de réirogradaiion politique, en lui offrant, comme prix de sa coopération permanente, 1 Europe à piller et à opprimer. On doit certainement ainsi expliquer le principal développement direct d'une corruption générale déterminée, en germe, par l'ensemble de la désorganisation sociale, et dont noua recueillons aujourd'hui les tristes fruits

n II serait évidemment superflu d'expliquer ici commen i, après une sanglante prépondérance , également désastreuse i Ioub

égardB, poor la France et pour l'Earope, ce régime, fondé snr la gnsire, tomba trop tard par nue suite naturelle de la gaerre ellemême, qnand la résistance fat partout deveoue BufBBamment populaire (dans l'Occident de l'Europe], tandis que l'attaque se dépopularisait essentiellement (en France).

« Quels que soient aujourd'hui les efforts coupables ou inseosés d'une falla':ieuEe exposition (1), dont le succès momentané prouve combien l'absence de toute Térilable doctrine facilite maintenant les plus audacieux mensonges, la posIériCé ne méconnaîtra point la m étn arable satisfaction avec laquelle cette chute indispensable fut immédiatement accueillie par l'ensemble de la France, qui, outre sa misère et son oppression intérieure, était lasse enfin de se voir condamoée à toujours craindre, suivanCune irrésistible altematÎTC, ou la bonté de ses armes, ou la déFaite de ses plus chers principes.

• Cette grande catastrophe ne devra finalement laissera la nation française d'autre éternel regret que de n'y avoir pris qu'une part

— 1Ô7 — trop passive et trop (ardive, an lieu de prévenir na dénouement funeste par ane énergique insurrection populaire contre la tyrannie rétrograde, avant que notre territoire eût pu subir, à Bon tour, l'opprobre d'une invasion que notre déplorable torpeur rendit seule alors inévitable. La forme honteuse de cet indispensable renversemenl a constitué, depuis^ l'unique base sur laquelle il soit devenu possible d'établir, avec une sorte de succès passager, une spécieuse solidarité entre notre propre gloire nationale et la mémoire individuelle de celui qui, plus nuisible d l'ensemble de l'Humanité qu'aucun autre personnage historique, fut toujours spÈcialement le plus dangereux ennemi d'une Rivolution dont une Étrange aberration a quelquefois conduit à le praclatner le principal représentant (I). •'

11 n'est pas inutile de rappeler ici que Comte écrivait ces lignes en 1841, à une époque où florissait le culte du s grand homme >> .

Sans parler du retour des cendres et des hymnes de Béranger, disons que jusqu'à l'avènement du neveu, des hommes comme

Qninet, Victor Hugo, etc., farent chaudement pour Foncle ; par œnx-ci, (fue l'on joge du reste

Ce n'eet que bien plue tard, après le coup d'Ëlat de 1851, que commencèrent à paraître sur fa martyr de Sainte-Hélène des travaux d'analyse historique plus conformes à la réa~ iité. 11 est à regretter que leurs auteurs ne se soient pas plus tôt et plus profoodément iospirés da jugement porté par le fondateur du PositlTisme.

Celni-ci et son homonyme Charles Comte, aTOcat et pubifciste, l'économiste Dunoyer, Benjamin Coustaot, Lamartine, Châteaubriaud, avaient été à peu près les seuls irréconciliables de marque sous la Bestauralion et aous Louis-Philippe, pendant que les Démocrates s'alliaient, dans an ùllacieax espoir d'opposition et par un véritable inceste politique, avec ces mêmes Bonaparte qni Tenaient d'égorger la République (I). Or, n'eel-ce point cette défaillance fatale qni, plus tard, permit l'aTénemeat de Napoléon III ? Car le socialiste de Ham se produisit, en eSet, sous la ban-

Diëre de ce libéralisme qui naquit en 1815 d'an let rapprochement.

Comte était donc bien réellement autoriEé, malgré le reproche qu'on lai en a fait, i, asmcier la nation française elle-même à l'énergique condamnation qu'il avait portée contre Napoléon !"■', et à dire dans bod Système de po. litique positive :

< Envers la guerre, le principal reproche de la postérité doit concerner l'opinion française, au iieu de rester concentré sur un dictateur empirique, entrainë par son instinct miiitaire, dont le public pouvait aisément contenir l'essor. Car il suffisait, au début de la déviation, de blâmer dignemenl la spoliation de l'Italie et l'invapion de I Ésryple ; tandis qoe celle douhlf o|iprfi!(iioi) exciia iiarmi les Prançais un t>ntboitsia^me unanime, sunoul ches les lettrés. Quand l'occupation provisoire de la Belgique cl de la Savoie eut consiaié la pleine efficacité de la défense républicaine, l'activité militaire devint nécessairement contraire à la mission occidentale de la France.

« Au début de la crise, ce peuple a'étail noblement interdit toute conquête, même pour propafier ses inslitutions, qu'une libre adhésion devait seule faire partout prévaloir. Mais

ces déclarations soleDoelles se tronTèrent bientAt oubliées, quand la métaphysique qui les systématiBft perdit son sscendanl, d'après nue épreuve décisive. Telle est l'insuffisaDCe des sentiments dépourvus de convictions durables, qu'une aberration sans exemple succéda rapidement à ce digue élan, sous le vain prétexte d'une propagande oppressive promptement remplacée par un égoïsme avoué (■).■

Toutefois, ce légitime amendement apporté an jugement de la Philosophie positive n'aflaiblit point le verdict rendu contre Bonaparte lui-même. Nous nous souvenons d'avoir entendu Auguste Comte, dans son dernier cours public sur l'tiisLoire générale de l'Humanité, proclamer solennellement qu'entre autres réparations envers la République occidentale, la France régénérée par le Positivisme devra renvoyer inexorablement à Sainle-Hélëne la cendre du grand réprouvé, et la remplacer dans sa tombe par les glorieux restes du général Mallet.

Pour M. Mignet, dont l'opiniou doit lou jours être prise en si haute considération, Bonaparte était loin, sans doute, de mériter la

I, Pûlitigue positivi, lome lu, page 606. Q ;

gloriUcatioa qui lui fut trop longtemps ac cordée.

Il dit, à propos de la Buppression du conseil des tlIaq-CenEs.

« Ainsi fui consommée cette violation de la loi, ce coup d'État contre la liberté. La force commença sa dominatioa.

«.... Mais il est juste pourtant de distinguer le 18 brumaire de ses BUites, On pouvait croire alors que l'armée n'était qu'un auxiliaire de la Révolution comme au 13 vendémiaire, comme au 18 fructidor, et que ce changement indispensable ne tournerait pas au profit d'un homme, d'un homme seul, qui changerait hienlât la France en un régiment, et qui ne ferait entendre dans le monde, jusque-là agité par une ai grande commotion morale, que les pas de son armée et le bruit de sa volonté[l). »

a Le (Consulat fut la dernière période de

l'existence de la République. La Révolution commença à se faire homme. Pendant la première époque du gouvernement consulaire, Bonaparte s'attacha les classes proscrites en les rappelant ; il trouva un peuple encore agité de toutes les passions, qu'il ramena au

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