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Chapitre V LA RÉVOLTE DES PROVINCES

Los provinces avaii-iil élc Icnucs rcgulièrciiK'iil au courant des événernenls par leurs députés, dont les lettres, comme celles des, Bretons, étaient souvent ini- ])rimées dès leur réception. Elles avaient suivi, avec la même anxiété que la capitale, le développement de la lull.e du Tiers contre les privilégiés. Elles saluèrent la [»rise de la Bastille du même cri de triomphe.

( Certaines villes n'avaient même pas attendu l'éclalanle nouvelle pour se dressev contre le régime abhorré. A Lyon, dès le dél)ut de juillet, les artisans en chômage l)rùlaient les barrières et les bureaux de l'octroi ])our diminuer le prix de la vie. La municipalité aristocrali(jut', le Co/isiilaf. dirigé par Imberl-Coloniès, était nblig»-e de jeter du lest. Le 16 juillel. elle ac(('|)tait i\c pai'tagcr ladministration de hi vilK- a\ec un Coniitr Itrriiiniii-ui lormé des représcnlanls lU's trois oi'dres. (Michpies jours ))bis tard, le Comité pcrmaneiit organisail. à l'instar de Pai'is, une garde nationale d'où lurent exclus les prolétaires.

Dans toutes les villes, petites ou gi'andes, il en lui <!(• même, à «piebpies dillérences près. Tantôt, comme à Bordeaux, ce lurent les électeurs (pii avaieiil nommé Ic^ députés aux Etals généraux (jui consliluèrent h* novan du Comité |)ermanent, c'est-à-dii*(; de la munici- [lalilt' i'('\ olutionnaii'e. Tante»!, cniiimc à Dijon, à Moiilpcjiiri-, à iîesaiH'oii , le iMtu\rau comili- lut élu [>.ir

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rassemblée général»^ des citoyens. Tantôt, romnje à Nîmes, à Valence, à Tours, à Evreux. le Comité permanent sortit de la collaboration de l'ancienne municipalité avec le.s électeurs nommés par les corporations. Il arriva que dans une même ville plusieurs Comités permanents se succédèrent rapidement suivant des formes d'élections variées, comme à Evreux. Quand les autorités anciennes firent mine de résister, comme à Strasbourg, à Amiens, à A'ernon. une émeute populaire eut tôt fait de les mettre à la raison.

Partout le premier soin des (Comités permanents fut de mettre sur pied inie garde nationale pour maintenii' l'ordre. Celle-ci, à peine formée, se fît remettre les cliàteaux forts et les citadelles, les bastilles locales, par leurs commandants qui la plupart cédèrent de bonne grâce. Ees Bordelais s'emparèrent du Château-Trompette, les Caennais de la Citadelle et de la Tour-Lévi, prison des faux-sauniers, etc.

On se procurait de cette façon des armes, on s'assurait contre un retour offensif du despotisme et on satisfaisait aussi ses vieilles rancunes.

Commandants militaires et intendants, en général, laissèrent faire. A Montpellier, le Comité permanent vota des remerciements à l'intendant. Les Comités permanents et les états-majors des gardes nationales groupaient avec l'élite du Tiers tous les notables de la région. Très souvent il y avait à leur tète des agents du roi. A Evreux. le lieutenant général du bailliage, le conseiller au grenier à sel, le procureur du roi y coudoyèrent des avocats, des tanneurs, des épiciers ou des médecins. Comment les hommes du roi auraient-ils essayé de résister ? Les troupes étaient aussi douteuses en province qu'à Paris. A Strasbourg, elles avaient assisté au pillage de l'Hôtel de Ville sans broncher. L'ordre ancien disparaissait sans effort comme un

rdifire ruiiir et vermoulu qui s'affaisse tout d'un coup.

Pendant que les bourgeois s'armaient de toutes parts f't prenaient hardiment en mains l'administration locale, comment les paysans seraient-ils restés passifs ? Après la grande fermentation des élections, ils s'étaient un peu calmés. Les bourgeois, (ju'ils avaient délégués à W'rsailles, leur avaient dit de patienter et que les demandes des cahiers seraient exaucées. Ils attendaient depuis trois mois et aux prises avec la disette. La révolle de Paris cl des villes leur mit, à eux aussi, les armes entre les mains. Ils décrochèrent leur fusil de chasse, leurs faux, leurs fourches, leurs fléaux et, mus ])ar un sûr instinct, ils s'attroupèrent au son du tocsin autour des châteaux de leurs maîtres. Ils exigèrent (ju'on leur livrât les chartes en vertu desquelles ceux-ci perf^evaient les innombrables droits seigneuriaux et ils l)riilèrent dans les cours les parchemins maudits. Parfois, quand le seigneur était^ impopulaire, quand il refusait d'ouvrir son chartrier, quand il se mettait en défense avec ses gens, les manants brûlaient le château rt se ventreaient du châtelain, in M. de Montesson lut fusillé près du Mans, par un de ses anciens^ soldats «pii le punissait de ses sévérités; un M. de Barras périt dans le Languedoc, un chevalier d'Ambly fut traîné sur un tas de fumier, etc. Les privilégiés payèrent cher la faute d'avoir exploité .Iac(iues Bonhomme pendant des siècles et de l'avoir laissé dans la barbarie.

La révolte paysanne commenta dans l'IIe-dc-France dès le 20 juillet et s'étendit (h* proche en proche, avec rapidité, jusqu'aux extrémités du royaume. Comme il était naturel, les excès des émeutiers furent grossis par la voix publique. On racontait que des brigands coupaient l(!S blés en vert, (ju'ils marchaient sur les villes, qu'ils iH- respectaient aucune propriété. Ainsi se propagea jme terreur j)ani(|U(' rpii contribua puissamment

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