LA REVOLTE DES PROVINCES
breton acceptait le rachat de droits dont il proclamait l'injustice.
Le rachat rassura les députés. Le sacrifice qu'on leur demandait était plus apparent que réel. Ils continueraient de percevoir leurs rentes ou leur équivalent. Ils ne perdraient rien ou presque à l'opération et ils y gagneraient de reconquérir leur popularité auprès des niasses paysannes. Alors, ayant compris la savante manœuvre de la minorité de la noblesse, ils se livrèrent à l'enthousiasme. Successivement les députés des provinces et des villes, les prêtres et les nobles vinrent sacrifier « sur l'autel de la patrie » leurs antiques privilèges. Le clergé renonça à ses dîmes, les nobles à leurs droits de chasse, de pêche, de garenne et de colombier, à leurs justices, les bourgeois à leurs exemptions particulières^., L'abjuration grandiose du passé dura toute la nuit. A l'aube une nouvelle France était née sous l'ardente poussée des gueux. ^'
L'unité territoriale et l'unité politique étaient enfin achevées. Il n'y aurait plus désormais de pays d'Etats et de pays d'élections, de provinces réputées étrangères, de douanes intérieures et de péages, de pays de droit coutumieret de pays de droit romain. Il n'y aurait plus de Provençaux et de Dauphinois, un peuple breton et un peuple béarnais .-lll n'y aurait plus en France que des Français soumis à la même loi, accessibles à tous les emplois, payant les mêmes impôts. "L,a Constituante supprimera bientôt les titres de noblesse et les armoiries, jusqu'aux décorations des anciens ordres royaux du Saint-Esprit et de Saint-Louis. Le niveau égalitaire passa subitement sur une nation parquée depuis des siècles en castes étroites.
Les provinces et les villes sanctionnèrent avec empressement le sacrifice de leurs anciennes franchises qui d'ailleurs n'étaient plus bien souvent que des mots
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jxmijxux «1 vidt'S. l^ersonno ou presque ne rcgrcUa \v vieux particularisme régional, bien au contraire! Dans la crise de la Grande Peur, pour se défendre à la fois contre les « brigands « et contre les aristocrates, les villes d'une même province s'étaient promis secours e't appui mutuel. Ces fédérations se succédèrent d'abord en Franche-Comté, en Dauphiné, dans le Rouergue, à ])artir du mois de novembre 1789. Puis ce furent des fédérations de province à province, de belles fêtes à la fois militaires et civiles où les délégués des gardes nationales réunis aux représentants de I armée régulière juraient solennellenn-nt de j'enpncer aux anciens [)Hvilèges, de soutenir le nouv<^l ordre, de réprimer les troubles, de faire exécuter les lois, de ne plus former enfin qu'une immense famille de frtfres. Ainsi se fédérèrent les }3retons et les Angevins à Pontivy du 15 an 19 janvier 1790, les P^-ancs-Comtois, les Bourgnigntnis. les Alsaciens, les Cliani|)enois ,à Dôie le 21 février, au milieu d'une exaltation |)atriolique (\\\\ pi'it la foîine d une reliiiion. Puis toul(>s ces fédérations rf-g^ionales se confondirnil dans la grande P'édération nationale (|iii eut lieu à l^aris, an Clianq) de Mars, k^ 14 piil- Icl 1790,j(Mir anniv< rsaire delà prise de la Bastille. Sui" un immense ampliithéàlr»' de terre et de ga/on édifié par les corvées volontaires des Parisiens de toutes les classes, depuis les moines et les acteurs jusqu'aux bouchers et aux charbonniers, pi'irent place pins de 500 000 spectateurs (|ui applandii'enl .ivec transport les délégués (hs gardes nationales des 83 (b'partements et d<s troupes de ligne. A])rès (pie révé(|ue d'Autnîi Palleyrand. < iivironné des 60 aum<')niei's des districts parisiens en aubes tricolores, eut dit la fnesse sur I autel de la pati'ir. Lafavette ]>rononça en lenr nom à tous le sei'meni non seiiletneni de maintenir la Constitution, mais (( -de protéger la sûreté des personnes et des pro-
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priétés, la libre circulation des grains et subsistances et la perception des contributions publiques, sous quelque forme qu elles existent ». Tous répétèrent : je le jure ! Le roi jura à son tour de respecter la Constitution et de faire exécuter les lois. Joyeuse mais trempée jusqu'aux os. la foule se retira sous les ondées au chant du Ça ira!
Les bonnes âmes crurent la Révolution terminée dans la fraternité. Illusion trompeuse. La fête des gardes nationales n'était pas la fête du peuple entier. La formule même du serment qui avait été prononcée laissait entrevoir que l'ordre n'était pas assuré, qu'il restait des mécontents aux deux bouts opposés de l'horizon, en haut les aristocrates dépossédés, en bas la foule des paysans.
Ceux-ci s'étaient d'abord réjouis de la suppression des dîmes et des servitudes féodales. Après les arrêtés du 4 août, ils avaient cessé de brûler les châteaux. Prenant à la lettre le première phrase du décret : « L'Assemblée nationale abolit entièrement le régime féodal )), ils n'avaient pas pris garde aux dispositions '' qui prolongeaient indéfmimenL la perception des , rentes jusqu'à leur rachat. Quand ils s aperçurent, par les visites des porteurs de contraintes, que la féodalité seigneuriale était toujours debout et qu'il leur fallait comme devant acquitter les champarts, les terrages, les cens, les lods et ventes et même les dîmes inféodées, ils éprouvèrent une surprise amère. Ils ne comprirent pas qu'on les dispensât de racheter les dîmes ecclésiasticjues et qu'on leur fît une obligation d'indemniser les seigneurs. Ils se liguèrent par endroits pour ne plus rien payer et ils accusèrent les bourgeois, dont beaucoup possédaient des fiefs, de les avoir trompés et trahis. L'accusation ne manquait pas d'une certaine justesse. Les sacriiices consentis dans la chaleur corn-
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ijiunicative de, la iiiéiiiorable séance du 4 août avaient laissé des regrets à bien des députés : « J'ai été chagrin tout mon saoul depuis le 4 août », écrivait naïvement le curé Barbotin, qui regrettait ses dîmes et qui ne songeait pas sans angoisse qu'il allait désormais devenir un créancier de l'Etat, d'un Etat prêt à faire banqueroute. 11 y eut beaucoup de^arbotins, même parmi le Tiers, qui commencèrent à se dire tout bas qu'ils avaient fait u des sottises », Dans les lois complémentaires qui eurent pour objet de régler les modalités du rachat des droits féodaux, un esprit réactionnaire se lit jour. Jj'Assemblée s'etforça visiblement d'atténuer dans la pratique la portée de la grande mesure qu'elle avait dû voter précipitamment à la lueur sinistre des incendies. Elle supposa que les droits féodaux, dans leur masse, étaient le résultat d'une transaction qui aurait été passée autrefois entre les tenanciers et leur> seigneurs pour représenter la cession de la terre. Elle admit sans preuves que le seigneur avait primitivement possédé les tenures de ses manants. I^ien mieux, elle dispensa les seigneurs de fournir la preuve que ces conventions entre eux et leurs paysans avaient réellement existé. Une jouissance de 40 années suffisait pour légitimer la possession. Ce fut aux censitaires à faire la preuve qu'ils ne devaient l'ien. Preuve impossible ! Puis les modalités du rachat furent stipulées de telle sorte (pie, les paysans l'eussent-ils voulu, ils n'auraient j)M, en lait, \ procéder. Tous les manants d un même fief étaient déclarés solidaires de la dette due au seigneur. '( Nul redevable ayant des obligations solidaires ne peut se libérer si tous ses co-débiteurs ne le font avec lui ou s'il ne paye pas pour tous. » En outre, la loi ordonne que nulle charge ou redevance fi.rene serait rachetée si en môme teujps on ne rachetait les droits casuf'ls- du fond, c'csl-à-dii"e les droits qui auraient été