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continuent à les fomeiîter contre ses avis (complot de Lyon en décembre 1790). Il n'a confiance que dans une intervention collective des rois appuyée par des démonstrations militaires et tout l'effort de son ministre occulte Breteuil est dirigé en ce sens. Il s'est réjoui du rapprochement qui sest fait, à la fin de juillet 1790, à Reichenbach, entre la Prusse et l'Autriche, sous la médiation de l'Angleterre. Ce rapprochement va permettre à l'Empereur, son beau-frère, de reconquérir la Belgique qui s'est révoltée contre ses réformes à la fin de 1788. Les troupes autrichiennes rentrent, en effet, dans les Pays-Bas le 22 novembre et le 2 décembre tout le pays est pacifié. Quand le moment sera venu, Louis XVI s'enfuira secrètement vers ^lontmédy rejoindre les troupes de Bouille. L'armée autrichienne toute proche lui prêtera main-forte.
L'Empereur a un prétexte tout trouvé pour faire marcher ses soldats. Les princes alleni;uids qui possèdent en Alsace et en Lorraine des fiefs seigneuriaux ont été lésés par les arrêtés du 4 août qui ont supprimé leurs justices et les servitudes personnelles qui pesaient sur leurs paysans. La Constituante leur a fait offrir des indemnilés.'ll importe qu'ils les refusent afin de maintenir le conflit ouvert. Louis XVI envoie en Allemagne le fermier général Augeard pour les engager secrètement à porter leurs réclamations à la diète d'Empire. Dès que la conquête des Pays-Bas est achevée, l'Empereur prend l'affaire en mains. Il adresse à Montmorin, le 14 décembre 1790, une note officielle pour protester, au nom des traités de Westphalie, contre l'application des arrêtés du 4 août aux princes allemands propriétaires en Alsace et en Lorraine.
L'appui de l'Empereur était l'appui décisif sur lequel comptait le couple royal pour réussir. Mais Breteuil essayait de faire entrer dans la Sainte Ligue monar-
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chique outre le pape, l'Espagne, la Russie, la Suède, la Sardaigne, le Danemark et les cantons Suisses. On n'escomptait pas le concours de la^ Prusse et de l'Angleterre, mais on clierchait du moins à les neutraliser. Bouille conseillait d'abandonner une île à l'Angleterre et Ghampcenetz fut en effet envoyé à Londres au début de 1791 pour offrir des compensations territoriales aux Indes ou aux Antilles. L'Espagn£ liquidait son conflit colonial avec l'Angleterre et faisait pression sur le pape pour qu'il déchaînât en France la guerre religieuse. Le roi de Suède Gustave III, paladin du droit divin, faisait sa paix avec la Russie et s'installait à Spa d'où il envoyait ses encouragements à Louis XVI. Le pape protestait par des notes acerbes contre la spoliation de son territoire d'Avignon et du Comtat. Mais tout dépendait de l'Empereur et le sage Léopold. plus préoccupé des affaires de Turquie, de Pologne et de Belgique que des alfdires de France, se montrait sceptique sur le projet de fuite de son beau-frère, accumulait les objections et les échappatoires, s'abritait derrière le concert préalable des puissances à réaliser et ne promettait('(ju'iiii concours conditionnel et à terme. Huit mois furent perdus en vaines négociations avec Menne. Le secret s'ébruita. Dès le mois de, déceml)i'e 1790 les journaux démocrates, VAmi du peuple de Marat, les Bévolutions de Paris de Prndhomme font allusion à la fuite prochaine du roi et Dubois-Crancé en dénonce le projet aux jacobins le 30 janvier 1791.
Déjà s'esquisse dans la presse d'extrême gauche, dans le Mercure national de l^obert, dans le Creuset de fUitledgo, dans la Bouche de Fer de Bonneville, dans les Révolutions de Paris, une camj)agne d'insjni'ation républicaine. On joue Bruius de \'oltaire au Théâtre français en novembre 1790 et la pièce est accueillie a avec ivresse ». Lavicomterie lance son pamphlet repu-
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])licaiii Du Peuple et des Rois. L'abbé Fauchet termine un de ses discours, en février 1791 devant les Amis de la Vérité, par cette parole dont le retentissement fui o-rand : « Les tvrans sont mûrs ! »
Le parti dém(?cratique accentue ses progrès. Kn octobre 1790 le franc-maçon Nicolas de Bonneville, directeur de la Bouche de Fer, groupe au cirque du Palais-Royal, une fojs par semaine, les Amis-de la Vérité, devant qui l'abbé Fauchet commente le Contrat social. Les Amis de la Vérité sont cosmopolites. Ils révent d'éteindre les haines entre les nations et entre les classes. Leurs idées sociales paraissent très hardies aux jacobins eux-mêmes.
A côté des grands clubs, les clubs de quartier apparaissent. Dans l'été de 1790, l'ingénieur Dufourny, le médecin Saintex, l'imprimeur Momoro fondent dans l'ancien district des Cordeliers, devenu la section du Théâtre français, la société des Amis des Droits de l'homme et du citoyen, qu'on appelle aussi d'un nom plus court le club des Cordeliers, parce qu'il siège d'abord darïs le couvent des Cordeliers avant d'en être chassé par Bailly et d émigrer dans la salle du Musée, rue Dauphine. Les Amis des Droits de l'homme ne sonl pas une académie politique, mais un groupement de combat, u Leur but principal, dit leur charte constitutive, est de dénoncer au tribunal de l'opinion publique les abus des différents pouvoirs et toute espèce, d'atteinte aux Droits de l'homme. » Ils se donnent pour les protecteurs des opprimés, les redresseurs des abus. Leur mission est de surveiller, de contrôler et d'agir. Sur leurs papiers ofliciels ils arborent « l'œil de la surveillance », grand ouvert sur toutes les défaillances des élus et des fonctionnaires. Ils visitent dans les prisons les patriotes persécutés, ils entreprennent des enquêtes, ils ouvrent des souscriptions, ils provoquent des péti-
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tions, des manifestations, au besoin des émeutes. Par leur cotisation minime, 2 sols par mois, ils se recrutent dans la petite bourgeoisie et même parmi les citoyens passifs. C'est ce qui fait leur force. Ils peuvent à l'occasion toucher et émouvoir les masses.
Les Cordeliers ont bientôt derrière eux d'autres clubs de quartier qui se luulliplient dans l'hiver de 1790 et 1791 sous le nom de sociétés fraternelles ou de sociétés populaires. La première en date, fondée par un pauvre maître de pension, Claude Dansard, tenait ses séances dans une des salles du couvent des Jacobins où siègent déjà les Amis de la Constitution. Dansard rassemblait à la lueur d'une chandelle qu'il apportait dans sa poche les artisans, les marchands de légumes, les manœuvres du quartier cl il leur lisait les décrets de la Constituante qu'il leur expliquait. Maral, toujours clairvoyant, comprit combien ces clubs à l'usage des petites gens pouvaient rendre de services aux démocrates. Il poussa de toutes ses forces à leur création. Il y en eut bientôt dans tous les quartiers de Paris. C'est par eux <pi(' se fit l'éducation politique des masses, par eux que furent levés et eiid^rigadés les gros bataillons populaires. Jjcurs fondateurs, T.illicn. Méiiéc Latouche, Lebois, Sergent, Concedieu. 1 abbé Uanjou, étaient tous (Cordeliers. Ils joueront im nWc important sous la Terreur. Poui' 1 iustaiil ils aj)pui('nl de toutes leurs foires la campagne démocratique conli'e I^alayelte, contre les ))rètres réfractaires et contre la Cour. Leur idéal emprunté à Jean-Jacques Rousseau est le gouvernement direct. Us eiiterideiil (jiic la (Constitution et les lois elles-mêmes soient soumises à la ratification du peuple et ils exj)riment de bonne heure leur défiaïu'e contre l'oligarchie des politiciens ([ui succède à l'oligarchie des nobles et des prêtres. Ils reprochent à la (Jonstituanle de n'avoir pas soumis au peuple la nouvelle