LA FUITE DU H
Constitution et d'avoir accumulé les obstacles à sa revision.
Au mois de mai 1791 les Cordeliers et les sociétés fraternelles se rapprochent et se fédèrent. Un comité central, présidé par le journaliste républicain Robert, leur sert de lien. La crise économique provoquée par la baisse de l'assignat commence déjà à se faire sentir. Robert et ses amis comprennent le parti qu'ils pourront en tirer et ils s'efforcent de se concilier le cœur des ouvriers de Paris qui s'agitent pour faire élever leurs salaires. Les grèves éclatent nombreuses, grèves de charpentiers, de typographes, de chapeliers, de maréchaux ferrants, etc. Bailly veut interdire les réunions corporatives. La Constituante vote, le 14 juin 1791, la loi Chapelier qui réprime sévèrement comme un délit toute coalition pour imposer un prix uniforme aux patrons. Robert pi'oteste dans le Mercure n nioiial contre la mauvaise volonté des pouvoirs publics à l'égard des ouvriers. Il mêle habilement les revendications démocratiques aux revendications corporatives et reprend, avec l'appui de Robespierre, la campagne contre le cens électoral. L'agitation s'étend aux villes de province, l^^lle prend manifestement les caractères d'une lutte de classes. Les journaux fayettistes dénoncent avec ensemble les démocrates comme des anarchistes (jui en veulent à la propriété.
Si Louis XVI et Marie-Antoinette avaient été attentifs à ces symptômes, ils auraient compris que la force grandissante du mouvement démocratique diminuait de plus en plus les chances d'une Contre-Révolution même appuyée sur les baïonnettes étrangères. Mais ils fermaient les yeux ou se laissaient endormir par Mirabeau qui leur représentait que les divisions des révolutionnaires travaillaient pour eux. L'antagonisme se faisait en effet plus profond entre les fayettistes el les
166 l.A lUîVOLUTIOX FRANÇAISE
laiiielhisli's. Les premiers iie iiietlaieiit plus les pieds aux jacobins. Les seconds perdaient de jour en jour leur influence sur le club où ils voyaient se dresser devant eux Robespierre qui leur reprochait leur trahison dans I affaire du droit de vote des hommes de couleur. l>arnave était devenu impopulaire depuis que. pour plaire aux Lameth, grands propriétair'^s à Saint-Domingue, il s était fait l'organe des colons blancs contre les noirs libres. Mirabeau attisait de son mieux ces luttes intestines. Il avait obtenu sur la liste civile une riche dotation pour organiser avec Talon et Sémonville une agence de publicité et de \-orruption qui répandait les brochures et les journaux royalistes et achetait les clubistes à vendre. La Cour avait des agents jusque dans le Comité des jacobins (\'illars, Bonnecarrère, Deslieux, etc.), jusque parmi les Cordeliers (Danton). Cela lui donnait une fausse sécurité. Elle commit des imprudences, dont l'une des jllus graves fut le départ de Mesdames, filles de J.,ouis XV, qui quittèrent la France pour se rendre à Rome, au mois de février 1791. Ce départ provoqua une vjve agitation dans 4oule la l''rari(('. u Le salut d*^' la chose publicpie, écrivit Corsas dans son Coiirrirr. itilci'dil à Mesdanres d aller porter hiirs personnes el Kurs millions chez le pape on ailleurs. Leurs ])ersonnes, nous devons les gardrc |»récieusement , rar elles contribuent à nous garantir contre les intentions hostiles de leur neveu M. d'Artois et de leur cousin Bourbon-Condé. » « Nous sonnnes en guerre avec les ennemis de la Révolution, ajoutait Maral.il faut garder ces béguines en otages et donner liiple garde au reste de la famille. » Cette idée que la lamille royale était un otage, qui les protégerait contre les vengeance.s'des émigrés et des rois, s'ancra profondéiiirnl dans l'esprit des révolutionnaii'es. Mesdames furent •irrètées à deux ivpriscs, à Morel el à Arnay-le-Duc, au