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LA FUITE DU ROI

cours de leur voyage. Il fallut un ordre spécial de l'Assemblée pour qu'elles pussent continuer leur route. Des troubles éclatèrent à Paris. Les dames de la Halle se portèrent chez Monsieur, frère du roi, pour lui demander sa parole de rester à Paris. Les Tuileries furent assiégées, le 24 février, et Lafayette eut peine à les dégager.

Mirabeau aurait voulu que le roi s'enfuît vers la Normandie plutôt que vers la Lorraine. Le 28 février, des ouvriers du laubourg Saint-Antoine allèrent démolir le donjon de Vincennes. Pendant que Lafayette et la garde nationale se rendaient à Vincennes pour faire cesser le désordre, 400 nobles, armés de poignards, se donnaient rendez-vous aux Tuileries, mais Lafayette, prévenu à temps, put revenir au château pour désarmer « les chevaliers du poignard ». On soupçonna que l'émeute de Vincennes avait été soudoyée par la Cour et que les chevaliers du poignard s'étaient rassemblés pour protéger la fuite du roi pendant que la garde nationale serait occupée hors de Paris.

L'Assemblée, si hostile qu'elle fût aux factieux, c'està-dire aux opposants de gauche, ne lassait pas de s'inquiéter des manœuvres des aristocrates. Lamethistes et favettistes étaient alors d'accord avec Robespierre et l'extrême-gauche pour repousser toute intervention des rois dans nos affaires intérieures. Depuis le congrès de Reichenbach, ils avaient l'œil ouvert sur les frontières. Déjà, à la fin de juillet 1790, quand le gouvernement autrichien avait demandé l'autorisation de faire passer sur notre territoire une partie des troupes qu'il destinait à la répression de la révolte des Belges, ils avaient fait voter par l'Assemblée, le 28 juillet, un décret formel qui refusait cette autorisation, et, le même jour, un autre décret avait invité le roi à fabriquer des canons, des fusils et des baïonnettes. Quand les bruits de la pro-

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(haine fuite du roi commencèrent à circuler, l'Assemblée décida, le 28 janvier 1791, que les régiments des frontières seraient renforcés. Au lendemain du départ de Mesdames, le 21 février, elle commença la discussion d'une loi contre rémigralion, à la grande indignation de Mirabeau qui invoqua contre le projet la Déclaration des Droits de l'homme. Lé 7 inàrs, son Comité des recherches prenait connaissance d'une lettre compromettante que la reine avait adressée à l'ambassadeur autrichien Mercy-Argenteau. Aussitôt elle abordait la discussion de la loi sur la régence. Alexandre Lametii s'écriait, à cette occasion^, que la nation avait le droit « de répudier le roi qui abandonnerait la place qui lui est assignée par la Constitution », et il ajoutait, au milieu des interruptions de la droite : « Le Comité présente avec raison la désertion possible d'un roi comme une abdication, x Le décret voté exclut les femmes de la régence. Le coup tombait droit sur Marie-Antoinette. Les t loupes autrichiennes ayant occupé le pays de Porrentruv, à la fin de mars, le député alsacien Heubell, appuyé par Robespierre, s'éleva vivement cantre cette menace et dénonça violemment les rassemblements d émigrés sur nos Irontières,

Mirabeau mourut subitement des suites d'une nuit d'orerie le 2 avril 1791. Les Démocrates avertis savaient qu'il était depuis longtemps aux gages de la Cour. Le club des Cordeliers retentit d'imprécations contre sa mémoire, mais la popularité du tribun machiavélique était encore telle dans les milieux populaires que l'Assemblée ne put s'empêcher de lui voler des funérailles nationales dans l'église Sainte Geneviève transformée en Panthéon.

La Cour ne fut pas longtemps privée de conseillers. I^es Lameth et Talleyrand .s'offrirent pour tenir le rôle de Mirabeau et leurs services furent agréés. Alexandre

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Lameth devint le distributeur des fonds de la liste civile. Son frère Charles et Adrien Duport fondèrent aussitôt, avec l'argent de la Cour, un grand journal, le Logograp/ie, destiné à supplanter le fayettiste Moniteur. Talleyrand promit de faire reconnaître la liberté du culte réfractaire et nous avons vu qu'il tint sa promesse. Mais Louis XVI ne se servait de ces hommes qu'en les méprisant. Il ne leur confia pas son secret.

Il s'impatientait des atermoiements de Léopold à qui il avait demandé vainement une avance de 15 millions. Il résolut de brusquer les choses. Le 17 avril il communia des mains du cardinal de Montmorency, à la grande indignation des gardes nationaux présents qui firent entendre dans la chapelle des protestations et des murmures. Le lendemain, 18 avril, il devait se rendre à Saint-Cloud pour y passer les fêtes de Pâques, comme il avait fait l'année précédente. Le bruit s'était répandu que le voyage de Saint-Cloud n'était que le début d'un plus long voyage. La foule s'attroupa devant les Tuileries et, quand le roi voulut sortir, les gardes nationaux, au lieu d'ouvrir le passage aux voitures, en empêchèrent le départ. Lafayette a soupçonné que l'affaire avait été arrangée d'avance pour fournir au roi le moyen de démontrer à l'Empereur et aux rois de VFairope qu'il était gardé comme un prisonnier dans son palais. L'émeute aurait été préparée dans ce but par Danton. En remontant au château, la reine dit à ceux qui l'entouraient : a Au moins, vous avouerez que nous ne sommes pas libres. »

Louis XVL n'eut plus dès lors aucun scrupule à tromper les révolutionnaires. Il se rendit le lendemain à l'Assemblée pour déclarer qu'il était libre et que c'était de sa pleine volonté qu'il avait renoncé à son voyage à Saint-Cloud. « J'ai accepté, dit-il, la Constitution, dont la Constitution civile du clergé fait partie. Je

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la maintiendrai de tout mon pouvoir. » Il se rendit à la messe du curé constitutionnel de Saint-Germain l'Auxerrois. Il déclara aux souverains, dans une circulaire diplomatique, qu'il avait adhéré à la Révolution sans esprit de retour et sans réserves. Mais, en même temps, il faisait avertir les rois*par Breteuil de n'attacher aucune importance à ses déclarations publiques. Marie-Antoinette priait l'Empereur son frère de faire avancer 15 000 hommes à Arlon et ^'irton pour prêter main-forto à Bouille. L'Empereur répondit, le 18 mai, au comte deDurfort qui lui avait été envoyé àMontouo, qu'il enverrait les troupes, mais qu'il ne pourrait intervenir qu'après que le roi et la reine seraient sortis de Paris e\ auraient répudié la Constitution par un maniléste. Il refusa les 15 millions.

Louis XVI se procura de l'argent au moyen d emprunts à des banquiers. Il parfit le 20 juin, vers minuit, déguisé en valet de chambre, dans une grosse berline fabriquée tout exprès. Le comte de Provence partit en* même temps, mais par une autre route. Il atteignit la I^elgique sans encombre. Mais Louis XVI, reconnu à Sainle-Menehould par le maître de poste Drouet, fut arrêté à Varennes. L'armée de Bouille arriva trop tard ])Our le délivrer. Les hussards stationnés à Varennes passèrent an peuple. La famille royale rjentra à Paris au milieu dune liaie de gardes nationales accourues des |)lns lointains villages pour empêcher ce précieux otage de passer à l'ennemi. Le manifeste que Lcmis X\ I avait lancé au départ pour condamner l'a-uvre de la Constituante et appeler ses fidèles à l'aide n'avait eu pour eU'et que de mettre debout toute la Erance révolutionnaire. Les aristocrates et les prêtres réfractaires furent mis en surveillance, désarmés, internés. Les jdus ardents émigrèrent et cette nouvelle émigration all'aiblit encore les forces sur lesquelles; la royauté aurait pu compter à

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