LA FUITE DU ROI
l'intérieur. D?ins certains régiments tous les officiers désertèrent.
Toute la France crut que la fuite du roi était le prélude de la guerre étrangère. Le premier acte de l'Assemblée, le 21 juin au matin, avait été d'ordonner la fermeture des frontières, l'interdiction de la sortie du numéraire, des armes et des munitions. Elle mobilisa les gardes nationales du Nord-Est et ordonna la levée de 1 00 000 volontaires recrutés dans les gardes nationales et payés à raison de 15 sols par jour. Elle délégua plusieurs de ses membres, qu'elle investit de pouvoirs presque illimités, pour recevoir dans les départements les serments des troupes de ligne, visiter les forteressefî, les arsenaux, les magasins piilitaires. Sans même attendre l'arrivée de ces commissaires les villes de l'Est s'étaient mises en état de défense.
Les craintes d'une guerre étrangère n'étaient pas chimériques. Déjà les relations diplomatiques étaient rompues avec le pape. Le roi de Suède ordonna à tous les sujets Suédois de quitter la France. L'impératrice de Russie, Catherine II, mit en quarantaine notre chargé d'affaires Genêt. L'Espagne expulsa nos nationaux par milliers. Elle ordonna des mouvements de troupes en Catalogne et en Navarre. Quant à l'Empereur il lança de Padoue, le 6 juillet, à tous les souverains une circulaire pour les inviter à se joindre à lui « de conseil, de concert et de mesures pour revendiquer la liberté et l'honneur du roi très chrétien et de sa famille et pour mettre des bornes aux extrémités dangereuses de la Révolution française ». De retour à Vienne, il fit dire à notre ambassadeur, le marquis de Noailles, de cesser de paraître à la Cour tant que durerait la suspension de Louis XVI. Son chancelier, le vieux Kaunitz, signait avec la Prusse, le 25 juillet, les préliminaires d'un traité d'alliance offensive et défensive et projetait de eonvo-
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quer à Spa ou à Aix-la-Chapelle un Congrès europém pour s'occuper spécialement des affaires de France.
La guerre cependant fut évitée, en grande partie parce que Louis XVI denjanda lui-même à son bcau- Irère de rajournei* et parce que les chefs de la Constituante, par crainte de la démocratie, n'osèrent pas . détrôner le monarque parjure et fugitif et préférèrent finalement lui rendre la couronne.
Le retour de Varennes, le spectacle des foules armées et frémissantes, le silence impres^iionnant du peuple de Paris qui resta couvert au passage de la berline royale, la lecture des journaux démocrates remplis d insultes et de cris de haine, tout cela lit faire de sérieuses réflexions au couple royal. Il comprit toute l'étendue de son impopularité. Il Se dit qu une guerre étrangère augmenterait l'effervescence et menacerait sa sécurité personnelle. Il eut peui'.
Déjà Monsieur songeait à se proclamer régent pendant la captivité de son frère. Louis X\'I, qui n'avait en ses frères qu'une confiance limitée, ne voulut par abdiquer entre leurs njains. Il retint l'Empereur, « Le roi pense, écrivit Marie-Antoinette à Fersen, le 8 juillet, que la force ouverte, même après une première déclaration, serait d'un danger incalculable non seulement pour lui et sa famille, mais même pour tous les Français qui, dans l'intérieur du royaume, ne pensent pas dans le sens de la Révolution. »
Or, il se trouva que les dirigeants de la Constituante voulurent, eux aussi, conserver la paix pour des motifs multiples et graves. Ils avaient été effrayés de l'explosion démocratique et réi)ublicaine qui s'était produite à Paris et dans toute la France à la nouvelle de la fuite du roi. A Paris, le brasseur Santerre avait armé 2000 Sans-Culottes, citoyens passifs, du fauboui-g Saint- Antoine. On avait (iénif)li un pni pailmil 1rs statues des