LA FLITE DU ROI
rois. Gn avait effacé sur toutes les enseignes et jusque -iur les plaques des rues le mot royal. De nombreuses t violentes pétitions venues de Montpellier, Glerniont- Ferrand, Baveux, Lons-le-Saunier, etc., exigeaient la punition du roi parjure, son remplacement immédiat et même la république. Les conservateurs de l'Assemblée se réunirent pour enrayer le mouvement démocratique. Dès le 21 juin, Bailly se servit du mot « enlèvement » pour caractériser l'évasion du roi. L'Assemblée s'appropria le mot, voulant par là dégager la responsabilité personnelle de Louis XVI afin de le maintenir éventuellement sur le trône. Le marquis de Bouille, réfugié en Luxembourg, facilita indirectement la manœuvre Ipar le manifeste insolent où il déclara qu'il était seul responsable de l'événement. Les Constituants le prirent au mot.
Il n'y eut guère parmi les patriotes conservateurs que le petit groupe des amis de Lafayette, La Rochefoucaud, Dupont de Nemours, Condorcet, Achille Duchàtelet, Brissot, Dietrich, le maire de Strasbourg, tous membres du club de 1789, pour pencher un instant vers la République sans doute avec l'arrière-pensée de placer à sa tète « le héros des Deux Mondes ». Mais Lafayette Il osa pas se prononcer. Il avait eu besoin de l'appui des Lametli pour faire face aux atta([ues des démocrates qui l'accusèrent, par l'organe de Danton, de complicité dans la fuite du roi. Il se rallia à 1 avis de la majorité.
Quand ils apprirent que Louis XVI était arrêté, les Constituants respirèrent. Ils se dirent qu'ils pourraient éviter la guerre. La personne de Louis X^ I, 1 otage, leur servirait de palladium. Le calcul s'étale dans le journal officieux La Correspondance nationale du 25 juin. « Xous devons éviter de donner aux puissances étrangères, ennemies de notre Constitution, des prétextes de nous alUupicr. Si nous détrônons j^ouis X^ I,
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ils armeront toute IHurope contre nous, sous prétexte de venger un roi outragé. Respectons Louis XVI, <pioique coupable envers la nation française dune trahison infâme, respectons Louis XVI, respectons sa famille, non pour lui, mais pour nous. » Toutes les bonnes gens qui voulaient la paix comprirent ce langage et y applaudirent. D'ailleurs les Lameth avaient, pour ménager le roi, de bonnes raisons, puisqu'ils émargeaient déjà sui- la liste civile pour leur journal !>•
Pour maintenir L(»uis XVI sur le trône, ils fireiil valoir encore que si on le détrônait, on serait obligé d'établir une régence. Qui serait régent? Le duc d'Orléans, mais le duc serait-il reconnu sans opposition? Les frères du i*oi, quoique émigrés, gardaient des pai*tisans.^Ils seraient soutenus par les puissances étrangères. Puis le dur d'Orléans était entouré d'aventuriers. On l'accusait de subventionner les meneurs populaires, notamment Danton, qui réclaniait, en effet, avec Real, la déchéance de Louis XVI et son remplacement par un garde de la royauté qui ne pouvait être que le duc ou son tils, le dur de (Chartres, le futur Louis-Philippe, dont la candidature fut nettement j)osée dans la presse. Si on rejetait la régence, irait-on jusqu'à la république? Mais la l'épublicpie, réclamée par les (lordeliers, c'était non seuleuienl la guerre extériouj'e, mais la guerre civile, car le pcu|)le ne paraissait pas préparé à ce gouvernement si nouvcjui poui" lui.
Les Constituants préférèrent donc garder Louis X\ 1 (Il prenant quel(|ues précautions. Ils ne le remettraient en fonctions qu'après avoir revisé la Constitution et quand il l'aui'ait acceptée et jurée de nouveau. Sa?is doute liouis XVÏ serait forct-meiit un roi discrédité, sans pr«'stige. Les Lamelh et Rarnave s en consolaient aisément. Ils se disaient «iiTun fantoche, (jui leur devrait
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la conservation de. sa couronne, ne pourrait plus o-ouverner sans eux et sans la classe sociale qu'ils représentaient. Dès le retour de Varennes, ils offrirent à la reine leurs services qui furent acceptés avec empressement. Alliance sans bonne foi de part et d'autre. Les Lameth et Barnave pensaient exercer sous le nom du roi la réalité du pouvoir. La reine et le roi se réservaient de rejeter ces instruments dès que le péril serait passé.
Le roi fut donc mis hors de causé par l'Assemblée, malgré les vigoureux efforts de Robespierre. On ne lit le procès qu'aux auteurs de son « enlèvement », à Bouille qui était en fuite et à quelques comparses. Le 15 juillet, Barnave entraîna le vote par un grand discours où il s'attacha à confondre la République avec l'anarchie : « je place ici la véritable question : Allonsnous terminer la Révolution, allons-nous la recommencer? Vous avez rendu tous les hommes éli^raux devant la loi, vous avez consacré l'égalité civile et politique, vous avez repris pour l'Etat tout ce qui avait été enlevé à la souveraineté du peuple, un pas de plus serait un acte funeste et coupable, un pas de plus dans la ligi.e de la liberté serait la destruction de la royauté, dans la ligne de l'égalité, la destruction de la propriété. »
Cet appel au conservatisme fut entendu de la bourgeoisie. Mais le peuple de Paris, soulevé par les Goi-deliers et par les sociétés fraternelles, fut plus difficile à convaincre. Les pétitions et les manifestations menaçantes se succédèrent. Les jacobins, un instant, se laissèrent entraîner à demander la déchéance du roi et « son remplacement par les moyens constitutionnels », c'est-à-dire par une régence. Mais les Cordeliers désavouèrent cette pétition orléaniste rédigée par Brissot et Danton. Le 17 juillet, il se réunirent au Champ de Mars pour signer sur l'autel de la patrie une pétition
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IranclM'ment n''j)ublicaine rédigée par Holicit. L Assemblée prit peur. Prétextant quelques désordres étranf]fers au mouvement qui s'étaient produits le matin au Gros-Caillou, elle ordonna au maire de Paris de dissiper le rassemblement du Champ de Mars. La foule paisil)le fut fusillée sans sommations, à sept heures du soir, par les gardes nationaux de I.afayette qui entrèrent au pas de rourse dans l'enceinte. Les'niorts furent nombreux.
Après le massacre, la répression. Un décret spécial, v«'ritable loi de sûreté générale, fit planer la terreur sur les chefs des sociétés populaires qui furent arrêtés et mis en jugement par centaines. Leurs journaux furent supprimés ou cessèrent de paraître. Il s'agissait de décapiter le parti démocratique et républicain au moment où allaient s'ouvrir les élections à la Législative. J)éjà \n\ilp la partie conservatrice des jacobins avait fait scission, le 16 juillet, et avait fondé un nouveau club dans le couvent des Feuillants. A peu près seuls parmi les députés, Robespierre, Anthoine, Petion, Cf>rollcr restèreiil aux jacobins, mais furent assez heureux pour maintenir dans hur sillage la plupart des clubs des déparlements.
Désormais les Frnillnnts, cCst-à-dire les" favellisles <l lamcthistes réunis, s r>pposcnt avec violence aux jacobins, épurés de leur aile droite, l'our l'instant les premiers gardent le pouvoir. Adrien Duport, Alexandre Lamelh et l^arnave négocient secrètement avec l'Kmpereur, par l'intemiédiaire de l'abbé Louis qu ils envoient à Iji'uxelles, pour maintenir la paix. Léoj)ohl con- ( lut de leurs avances que les révolutionnaires ont eu peur de ses menaces de l^adoue et qu'ils sont moins «iangereux <pj il ne 1 avait supposé et, comme ils promettent de sauver la monarchie, il renonce au Congrès et à la guerrr. d autant plus aisément qu il se rend compte, par bs réponses très froides faites par les
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puissances à sa circulaire, c{ue le concert européen contre la France est impossible à réaliser. Pour masquer sa reculade, il convient de signer avec le roi de Prusse une déclaration conjointe qui ne mena(,^ait plus les révolutionnaires qu'au conditionnel. Mais cette déclaration de Pillnitz du 25 août 1791 est exploitée par les princes qui affectent d'y voir une promesse de concours. Ceux-ci lancent, le 10 septembre, un violent manifeste pour adjurer Louis XVI de refuser sa signature à la Constitution.
Nul doute que le triumvirat ne dut faire un sérieux effort pour décider le roi à donner sa signature, car il la fit attendre du 3 au 14 septembre. Les triumvirs lui représentèrent que la Constitution avait été améliorée par la revision à laquelle ils l'avaient soumise après son retour. Ils lui firent valoir notamment que la Constitution civile du clergé n'était plus désormais une loi constitutionnelle, mais une loi ordinaire que le corps législatif pourrait par conséquent modiiîer. Des restrictions importantes avaient été apportées à la liberté des clubs. Si les conditions censitaires de l'éligibilité (le marc d'argent) avaient été supprimées pour les candidats à la députation, en revanche celles mises à l'électorat avaient été aggravées. Ils ajoutèrent qu'ils s'efforceraient de faire prévaloir à l'avenir le système des deux chambres, qu ils avaient tant combattu en septembre 1789, et ils s'engagèrent encore à défendre le veto absolu et le droit pour le roi de nommer les juges. Le roi se soumit et très habilement il demanda à l'Assemblée une amnistie générale qui fut votée d'enthousiasme. Aristocrates et républicains furent remis en liberté. Partout des fêtes s'organisèrent pour fêter l'achèvement delà Constitution. La bourgeoisie croyait la Révolution terminée. Elle était à la joie, car le danger de la guerre civile et de la guerre étrangère paraissait
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écaiié. Restait à savoir si ses représentants, les Feuillants, pourraient conduire à la fois la Cour et la nouvelle Assemblée qui allait se réunir. Or, Robespierre, en taisant appel au désintéressement de ses collègues, leur avait fait voter un décret qui les rendait tous inéligibles à la Législative. Un personnel politique nouveau était à la porte. Restait à savoir enfin si le parti démocratique pardonnerait à la Ijourgeoisie conservatrice la dui-c répressiofi dont il venait de pâlir et s'il consentirait à subir longtemps la domination des privilégiés de la l'ichesse après avoir renversé les privilégiés de la naissance.