Chapitre XI LA GUERRE
A ne considérer que les apparences, la Législative, ([ui se réunit le 1'^' octobre 1791, senrhlait devoir continuer la Constituante. 136 de ses membres seulement rallièrent les Jacobins, tandis que 264 s'inscrivirent aux Feuillants. Mais le centre, les indépendants, au nombre de 345, qui forment la majorité, étaient sincèrement attachés à la Révolution. S'ils craignaient de faire le jeu des factions, ils entendaient bien n'être pas dupes de la Cour dont ils se défiaient.
Les Feuillants étaient divisés en deux tendances ou plutôt en deux clientèles. Les uns comme Mathieu Dumas, A'aublanc, Dumolard, Jaucourt, Théodore Lameth (frère d'Alexandre et de Charles) suivaient le mot d'ordre du triumvirat. Les autres comme Ramond, Reugnot, Pastoret, Gouvion, Daverhoult, Girardin (le ci-devant marquis protecteur de Jean-Jacques Rousseau) puisaient leurs inspirations auprès de Lafayette.
Lafayette, qui était odieux à la reine, souffrait dans sa vanité de n'être pas dans le secret des relations des triumvirs avec la Cour. Alors que ceux-ci allaient très loin dans la voie de la réaction, jusqu'à accepter les deux Chambres, le veto absolu, la nomination des juges par le roi, Lafayette s'en tenait à la Constitution et répugnait à sacrifier les principes de la Déclaration des droits qu'il considérait comme son œuvre. l\ n'avait pas, autant que les Lameth, un intérêt personnel à
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rrstaurer If pouvoir royal depuis que la Cour le tenait à l'écart.
Les divisions intestines des F'euillants leur firent perdre, au mois de novembre 1791, la mairie de Paris. Après la retraite de Bailly, Lafayetle, qui s'était démis de ses fonctions de commandant de la garde nationale, se laissa porter comme candidat à sa succession. Les journaux de la Cour combattirent sa candidature et la firent échouer. Le jacobin Pet ion fut (?lu,le 16 novembre, par 6728 voix, tandis que le général au cheval blanc n'en obtint (pie 3126. Le nombre des abstentions fut énorme fil y avait 80 000 citoyens actifs à Paris). Le roi et la reine se félicitèrent du résultat. Ils étaient persuadés <pie les révolutionnaires se perdraient par leurs propres excès.'" Même par l'excès du mal, écrivait Marie-Antoinette à Kersen, le 25 novembre, nous pourrons tirer parti plus rôt qu'on ne pense de tout ceci, mais il faut une grande prudence. » C'était la politi([ue du pire.
Peu après Lafayette fut [)Ourvu du commandement d iiiH' armée sur la frontière. Avant de partii* il se vengea de sa déconvenue électorale en faisant nommer iiii poste important de procureur général syndic du département de Paris un ami. de Brissot, Rœderer, contre le candidat des Lameth, l'ancien constituant Dandré-
IN'iidant que les Feuillants s'afi'aiblissaient par leurs «ju«'rell('s, les .lacobins prenaient avec hardiesse l'initiative d'une politique d'action nationale contre tous les ennemis de la Révolution, ceux do l'intérieur et ceux de l'extérieur. Elus de la moyenne bourgeoisie, (jui achetait les biens nationaux et qui se livrait au négoce, ils avaient pour j)réoccupation essentielle de relever l'assignat, qiii jxM'dait déjà beaucoup sur l'argent, et de rcsta)ii-er le change dont la hausse nous ruinait au profit d»' l'étranger. Le j)roblème économique se liait