‹ La Révolution françaiseChapitre 31 sur 34 · I.A (iUKIUiE · texte numérisé non relu

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donna aux émigrés jusqu'au l^"" janvier pour en faire autant sous peine d'être considérés comme suspects de conspiration et de voir les revenus de leurs terres séquestrés et perçus au profit de la nation; le décret du 29 novembre priva de leurs pensions les prêtres réfractaires qui ne prêteraient pas un nouveau serment purement civique et donna le droit aux administrations locales de les déporter de leur domicile, en cas de troubles et de les frapper en outre d'incapacités variées. Un autre décret enfin du même jour invita le roi à « requérir les électeurs de Trêves et de Mayence et autres princes d'Empire qui accueillent les Français fugitifs de mettre fin aux attroupements et enrôlements qu'ils tolèrent sur la frontière. » Le roi était prié en outre de terminer au plus tôt avec l'Empereur et l'Empire les négociations entamées depuis longtemps pour indemniser les seigneurs allemands possessionnés en France et lésés par les arrêtés du 4 août.

Louis XVI et ]Marie-Antoinette accueillirent avec une joie secrète les initiatives belliqueuses des Brissotins. S ils avaient invité Léopold, après leur arrestation à Varennes, à ajourner son intervention, c'était uniquement pour écarter de leur tête le danger imminent. Mais aussitôt que Louis XVI avait retrouvé sa couronne, ils avaient pressé Léopold avec de vives instances de mettre à exécution ses menaces de Padoue et de Pillnitz en convoquant le plus tôt possible le Congrès des rois qui mettrait les révolutionnaires à la raison. « La force armée a tout détruit, il n'y a que la force armée qui puisse tout réparer », écrivait Marie-Antoinette à son frère, dès le 8 septembre 1791. Elle s'imaginait naïvement que la France allait trembler dès que l'Europe monarchique élèverait la voix et brandij-ait ses armes. Elle connaissait mal et l'Europe et la France, et son erreur vient sans doute de la joyeuse surprise

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qu'elle éprouva quand elle vit les hommes mêmes qui aviiient déchaîné la Révolution, les Barnave, les Duport et les Lameth, se transformer en courtisans, brûler ce (|u'ils avaient adoré et s'abaisser au rôle de suppliants et de conseillers. Klle crut que les Feuillants représentaient la nation et qu ils n étaient devenus si sages (jue parce qu'ils avaient eu pour et elle essaya de faire partager sa conviction à Léopold^ Celui-ci se montra (1 abord très récalcitrant. Sa sd'ur Marie-Christine, ri'gcnte des Pays-Bas, lui signalait le danger d'une nouvelle révolte de la l»(lgi(jue si la guerre éclatait avec la France. Marie-Antoinette désespérait de venir à bout de l'inertie de l'i^mpereur quand l'Assemblée lui olIVil le moyen de ranimer le conflit diplomatique. Aussitôt Louis XVI écrivit, le 3 décembre, une lettre |»crsonnellf? au roi de Prusse Frédéric-Guillaume, pour lui demander de venir à son secours : « Je viens de Fii'adresser, lui disait-il, à IFmpereur, à l'iiupératrice de llussie, aux rois d Fspagn^ et de Suède et je leur présente l'idée d un Congrès des principales puissances de IJMirope, appuyé d'une force armée, comme la meilleure Fiianière pour arrêter ici les factieux, donner les moyens de rétablir un ordre de choses plus désirable et empêcher ((ue le mal <|ui nous travaille puisse gagner les autres Ftats de l'iùirope. » Le roi de Prusse ayant réclamé une indemnité pour les dépenses que causerait son intervention, Louis W'I lui promit de le dédommager en argent.

I5ien entendu il dissimula aux Lameth ces tractations secrètes, mais il h ni- demanda cej)endant c<mseil au sujet de la sanction des di'crets de rAssend)léc. Les Laujeth étaient profondé'menl irrités contre une Assemblée relx^lle à leurs directions. Les attaques des Bi'issotiiis contre les minisli-es de leur |>arti les avait indi giiés ]}< <f I couvaient rejel»'s de plus en plus vers la

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Cour et vers rAulriclie pour chercher un point .rijjipui contre les Jacobins. Ils conseillèrent au i-oi de lairr deux parts dans les décrets. Il accepterait celui qui privait éventuellement Monsieur de la r('o^ence et celui qui l'invitait à lancer un ultimatum aux Electeurs de Trêves et de Mayence et à négocier avec l'Empereur, mais il opposerait son veto aux mesures contre les émigrés et contre les prêtres. l-]n protégeant les émigrés et les prêtres, les Lameth voulaient sans doute préparer le ralliement à leur parti de tous les éléments conservateurs. Ils voulaient aussi inspirer confiance à l'Empereur, en lui prouvant que la Constitution laissait au roi un pouvoir réel. Car toute leur politique reposait sur une entente cordiale et confiante av(^c Léopold. lis espéraient que celui-ci, cpii était restt* pacifique, emploierait ses bons offices auprès des Electeurs menacés pour obtenir leur soumission amiable. Ea guerre sérail ainsi évitée, mais l'altitude belliqueuse^ qu'ils conseillaient à Eouis XVI aurait l'avantage tU lui ramener la popularité. Ce ne serait ((u une mancruvre de |»olili(pie intérieure.

Si les Eameth avaient pu lire la correspondance secrète de Marie-Antoinette, ils auraient comj)ris toute la gravité de l'imprudence qu'ils commettaient, m Les imbéciles, écrivait-elle à Mercy, le 9 décembre, ils ne voient pas (jue s'ils font telle chose [s'ils menacent les Electeurs], c est nous servir, parce qu'enfin il iautli-a bien, si nous commençons, que toutes les j)uissances s en mêlent pour défendre les droits de chacun. «Autrement dit, la reine espérait bien faire sortir de l'incident l'intervention armée qu'elle réclamait vainement à son Iréi-c.

Louis XVI suivit de point en point les conseils des Lameth. Il frappa de son veto les décrets sur les jnèties et les émigrés et, le 14 décembre, il vint déclarer solennellement à l'Assemblée que : « rep)-('-sentant du pnqdc

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il avait sniti son injure » et (Hien consrquenre, il avail fait savoir à rKlecleur de Trêves que a si, avant le 15 de janvier, il navait pas fait cesser .dans ses Etats tout attroupement et toutes dispositions hostiles de la part des Français qui s'y sont réfugiés, il ne verrait plus en lui qu'un ennemi de la France ». Les applaudissements (jui avait salué cette déclaration fanfaronne étaient à peine éteints que, rentré au château, il prescrivait à Breteuil de faire savoir à rFmpereitr et aux souverains <pi'il souhaitait ardemment que l'Electeur de Trêves ne fit pas droit à son ultimatum : « Le parti de la Révolution en concevrait trop d'arrogance et ce succès soutiendrait la machine pendant un temps. » Il demandait aux puissances de prendre 1 allaire en mains. « Au lieu d une guerre civile, ce sera une guerre politi(pie et les choses en seront hien meilleures — L'état physique et moral de la l'rance, fait (pi'il lui est impossihle de la soutenii* [cette guei're] une demi-campagne, mais il faut (juc j aie l'air dr m'y livrer franchement, comme je l'aurais fait dans des temps [)récédents — 11 faut que ma conduite soit telle que, dans le malheur, la nation ne voie (!<• ressource qu'en se jetant dans mes bras. » Toujours môme duplicité naïve et même illusion sur la force d«' la Révolution. Louis y^'f j>récipitail la France dans la guerre avec l'espoir que cette guerre toui'nrrail mal el (pie la défaite lui rendrait son pouvoir absolu, il prépai'ait <<;tte dclaile en sabotant de son mieux la défense nationale. Il arrêtait les fabi-icalions et son ministre de la marine Bertrand de Moleville cncouratrcait i'émitrration des officiers en leur procurant des congés et des |)asse[>orts.

La guerre tarda (picbpir Ifinp.s encore |)ar suite de Il n'sislance de Robespierre appnvé» sur une partie des .Jacobins et de la résistance des Lameth ajipuvés sur la majorité des ministres et <ur Léopold.

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Depuis le massacre des républicains au Champ de Mars, Robespierre se défiait de Brissot et de Condorcet, dont les fluctuations politiques et les attaches fayettistes inquiétaient sa clairvoyance. Les Girondins, les Vergniaud, les Guadet, les Isnard, avec leurs outrances verbales, leurs déclarations creuses, lui paraissaient des rhéteurs dangereux. Il connaissait leurs goûts aristocratiques, leurs liaisons étroites avec le mercantilisme, et il se mettait en garde. Depuis qu'il avait combattu la distinction des citoyens actifs et passifs, le cens électoral et le cens d'éligibilité, les restrictions apportées au droit de réunion, de pétition et d'association, le privilège réservé à la bourgeoisie de porter les armes, depuis qu'il s'était énergiquement prononcé contre le rétablissement du roi parjure dans ses fonctions royales et qu il avait demandé la réunion d'une Convention pour donner à la France une nouvelle Constitution, depuis qu à peu près s»nd parmi les Constituants il était resté aux Jacobius et qu'il les avait empêchés de se dissoudre en résistant courageusement à la répression feuillantine, il était devenu le chef incontesté du parti démocratique. On connaissait sa probité rigide, son éloignement pour tout ce qui ressemblait à lintrigue, et son ascendant sur le peuple et sur la petite bourgeoisie était immense.

Or Robespierre, servi par sa défiance, comprit tout de suite qu'en proposant la guerre, la Cour n'était pas sincère puisqaen frappant de son veto les décrets sur les prêtres et sur les émigrés et en encourageant ainsi indirectement la continuation des troubles, elle enlevait à la Révolution le moyen de conduire cette guerre à la victoire. Dès le 10 décembre, dans une adresse aux sociétés affiliées qu'il rédigea au nom des Jacobins, il dénonça à la France la manœuvre des Lameth et de la Cour qui voulaient prolonger l'anarchie pour ramener

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1»' <lo.s))(>lismf\ 11 se demanda bientôt si Bfissot «t ses amis, qui poussaient à la guerre, désirée par la Cour, ne se livraient pas à une surenchère sa'vamment combinée pour orienter la Révolution dans une voie dangereuse. '- A qui confîerez-vous, leur disait-il le 12 décembre aux Jacobins, la conduite de cette guerre ? Aux agents du pouvoir exécutif? Xcms abandonnerez donc la sûreté de Irinpire à ceux qui veulent vous perdre. De là résuit»' que ce que nous avons le plus "à craindre, c'est la guerre. » Et. comme s'il avait lu dans la pensée de Marie-Antoinette, il ajoutait : « On veut vous amener à une transaction qui procure à la Cour une plus grande extension de pouvoir. On veut engager une guerre simulée, (pii puisse donner lieu à une capiliilalioii. >

l'^ii vain Brissot essaya-t-il, le 16 décembre, de dissiper les préventions de Hol)espierre et de lui démontrer (pie la guerre était nécessaire pour purger la liberté des vices du despotisme et pour la consolider. « \ oulezvous, dit l'rissol, détruire d un seul cou[) l'aristocratie, les réfractaires, les mécontents, détruisez Coblentz. Le chef de la nation sera forcé de régner par la Constilulinii, (le ne voir son salut ([ue dans l'attachement à la Constiliitioii, de ne diriger sa marche que^ d'après elle. ' l'.n vain Brissot essava-t-il de faire vibrer la corde de Ihonneur national et de faire a|)pel à l'intérêt : •< P«'ut-on balancer de les attaquer [les princes allemands] ? Notre honnciii", iiolrc ci'c'dil jmblic, la nécessité de moraliser et de consolider notre Bévolution, loul nous en fait la loi. »

Bobespierre, le 2 janvier 1792, soumit son système aune cfiti(pir aiguë cl spirituelle. H eonstala <pie la guerre plaisait aux émigrés, tju elle plaisait à la Cour et aux fayellisles. Brissot ayant dit cpiil fallait bannir la d«''liance,il lui (b'cocha ce h'ail, (pii porta : « Vous étiez destiné à d«''fendr«' la liberté sans d«'*liance, sans déplaire

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