‹ La Révolution françaiseChapitre 32 sur 34 · I.A <.lERnF · texte numérisé non relu

I.A <.lERnF

à ses ennemis, sans vous trouver en opposition ni avec la Cour ni avec les ministres, ni avec les modérés. Comme les routes du patriotisme sont devenues pour vous faciles et riantes ! » Brissot avait dit que le siège du mal était à Coblentz. « 11 n'est donc pas à Paris? interrogeait Robespierre. Il n'y a donc aucune relation entre Coblentz et un autre lieu qui n'est pas loin de nous ? » Avant d'aller frapper la poigné-e d aristocrates ' du dehors, Robespierre voulait qu'on réduisît à merci ceux du dedans et qu'avant de propager la Révolution chez les autres peuples, on l'affermît d'abord en France même. Il raillait les illusions et la propagande et ne voulait pas croire que les peuples étrangers fussent mûrs pour se soulever à notre appel contre leui's tyrans. « Les missionnaires armés, disait-il, ne sont aimés par personne. » Il craignait que la guerre ne finît mal. Il montrait l'armée sans officiers ou avec des officiers aristocrates, les régiments inccjnplets, les gardes nationales sans armes et sans équipeuients, les places sans munitions. Il prévoyait qu'en cas de guerre victorieuse, la liberté risquerait de tomber sous les coups des orénéraux ambitieux. Il annonçait César.

Pendant trois mois Robespierre et Brissot se livrèrent à la tribune du club et dans les journaux une lutte ardente qui divisa à jamais le parti révolutionnaire. Du côté de Piobespierre se groupèrent tous les futurs Montagnards, Billaud-^'arenne, Camille Desmoulins, Marat, Panis, Santerre, Anthoine. Danton, selon son hal)itude, équivoqua. Après avoir d'abord suivi Robespierre, il se rangea finalement du côté de Brissot quand il vit que décidément la majorité du club et des sociétés affiliées penchait pour la guerre.

Entre Robespierre et Brissot le désaccord était fondamental. Robespierre ne croyait pas qu'aucune conciliation fut possible entre le roi parjure et la Hé-voliition.

196 LA UKVOLITIOX FnAXÇAlSF

Il allcndait l<* salut d'iino crise intérieiuv <|ui lenvei serait la monarchie traîtresse, et cette crise il voulait la provoquer en se servant de la Constitution elle-même comme d'une arme légale. Il conseillait à l'Assemblée d annuler le veto royal pour cette raison que le veto ne pouvait s'appliquer qu'aux lois ordinaires et yon aux mesures de circonstance. L'annulation du veto aurait donné le signal de la crise qu il espérait. Brissot, au contraire, ne voulait pas engager contre la Cour un «ombat à mort. Il se proposait seulement de la conquérir à ses vues par une tactique d intimidation. 11 n'était révolutionnaire (ju'à 1 extérieur. 11 craignait, avec les Ciirondins, la domination de la rue, l'assaut contre les propriétés. Il ne voulait pas d'une crise sociale. Robespierre, à l'opposé, tout en affichant un grand respect pour la Constitution, cherchait dans ses dispositions les moyens de la réformer et de vaincre le roi.

Les Lameth et le ministre des affaires étrangères I)elessait se flattaient cependant (ju ils éviteraient la guerre, grâce à Léopold avec lecpiel ils correspondaient secrèlem(;nt. L'Empereur lit en effet pression sur TLIecteurde Trêves pour qu'il dispei'sàt les rassemblements d'émigrés et TLlecteur s'exécuta. Léopold eh avisa la l'rance pai* une note du 21 déceiubre, (|ui arriva à Paris au début de janvier. Le prétexte de guerre s'évanouissait. Mais ! l'.iiipereui', dans ertle même note, avait justili»' son attitude au mometil dr \ art-nnes. Il s'était iN'fusé à désavouer sa déclaration de Lilluilz et il avait ajouté; (pic si on atlacpiail l'Llecteur de Ti'èves, il viendrait à son secours. Brissot nleva cette lin de la note autrichienne [)our réclamer de nouvelles explications. Le ministre de la guerre Narboniie, (pii venait d'inspecter les places de l'Lst, alliîina (pie tout était prêt. i/Assemblée invita le roi, le 25 janvier 1792, à demander à ! I.mpereur « s'il renonçait à tout traité et

LA r.UERHE 197

ronventioii dirigés contre la souverainelé, l indépendance et la sûreté de la nation », autrement dit à exiger le désaveu formel de la déclaration de Pillnitz. Aussitôt l'Autriche resserra son alliance avec la Prusse, et la Prusse fit savoir à la France, le 20 février, qu'elle considérerait l'entrée des Français en Allemagne comme un casas belli. Brissot n'en fut que plus ardent à prêcher la guerre offensive et l'attaque brusquée. Son allié, le ministre Xarbonne, appuyé par les généraux d'armée, demanda à Louis XVI le renvoi de son collègue Bertrand de Molleville qu'il accusait de trahir son devoir, et il lui demanda aussi de chasser de son palais les aristocrates qui s'y trouvaient encore. Louis X\ L outré de son audace, lui retira son portefeuille.

Aussitôt la Gironde prit feu. La Constitution ne permettait pas à l'Assemblée de forcer le roi à changer ses ministres, mais elle lui donnait le droit d'accuser ceuxci devant la Haute-Cour pour haute tr.diison. Brissot prononça, le 10 mars, contre le minisire des affaires étrangères Delessart, attaché à la paix, un violent réquisitoire. Il lui reprocha d'avoir dérobé à la connaissance de l'Assemblée des pièces diplomatiques importantes, de n'avoir pas exécuté ses décisions et d'avoir apporté dans la négociation avec l'Autriche « une lâcheté et une faiblesse indignes de la grandeur d un peuple libre ». \'ergniaud appuya Brissot dans une harangfue fougueuse où il menaçait la reine à mots couverts. Le décret d'accusation traduisant Delessart devant la Haute-Cour fut voté à une grande majorité. Narbonne était vengé et la guerre devenait inévitable.

Les Lameth conseillèrent au roi la résistance. Ils lui firent craindre le sort de Charles I, qui avait abandonné son ministre Strafiord dans des circonstances analogues. Ils lui conseillèrent de dissoudre l'Assemblée et de maintenir Delessart en fonctions. Mais les Brisso-

198 l.A IIKVOI.ITION MiWÇAISE

tins rostèrfMil maitivs do la situation. Ils liront courir lo JH'uit qu'ils allaiont dônoncer la roine, suspendre le loi et proclamer le dauphin. Ce n'était qu'une adroite inaiHi'uvre pour s'emparer du pouvoir, car ils négociaient on njéme temps avec la Cour par l'intermédiaire de Laporto, intendant de la liste civile.

Louis \\ 1 so i'«''signa à l'envoyer ses ministres feuillants pour prendre dos ministres jacobins, presque tous amis de lîrissot ou dos Girondins : Clavière aux linancos, Roland à l'intérieur, Duranthon à la justice, Lacoste à la mai-ino, De Grave à la guoi*re, Duraouriez aux alTaii-os étrangères. Dumouriez, ancien agent secret de Louis W, aventurier vénal et discrédité, était l'homme fort du cabinet. 11 avait promis au roi de le défendre contre les factieux en achetant ou en j)aralysanl leurs chefs. Son preîuier soin fut de se rendre aux Jaeobins coiflV' du bonnet rouge pour endormir leurs délianees. 11 se créa habilement parmi eux une clientèle par des places distribuées à proj)OS. Il lit de Boniiocarrère, ancien y)résidont du comité de correspondance du club, un directeur dos services de son ministère, du journaliste Lebrun, ami de Brissol, du journaliste Noël, ami de Dantmi, des chefs de bureau, etc. Les atlacpios contre la Cour cessèreni dans la presse gii'ondine. Louis X\ I ei Marie-Antoinette reprirent confiance. Puis Dumouriez voulait la gueri'o. Far là il allai! au d<-vant dr leurs vo'ux.

Léoj)()ld mourut subitement le l*^*^ mars. Son successeur, le jeune i'ran(;ois II, militaire dans lame, «'■tait bien décidé à en finir. Aux dernières notes françaises il répondit |)iii- des refus secs et péremptoires, mais il so garda bien do déclarer la guei le, j)arce que, suivant lo conseil de Kaunit/., on mettant lo bon droit <lo son côté, il se réserverait le droit de faire des con- 'piélrs à titre d'indemnités.

LA GUERIU-: 199

Le 20 avril, Louis XVI se rendit à 1 Assemblée pour proposer, du ton le plus indifférent, de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie. Seul le lamethiste Becquey essaya courageusement de lutter pour la paix. Il montra la France divisée et troublée, les finances en mauvais état. Cambon l'interrompit : *( Xous avons de l'argent plus qu'il n'en faut ! « Becquey continua en décrivant la désorganisation de la marine et de l'armée. Il aflirma que la Prusse, dont Dumouriez n'avait rien dit dans son rapport, soutiendrait l'Autriche et que si la France pénétrait dans le Brabant, la Hollande et l'Angleterre se joindraient à la coalition. Il fut- écouté avec impatience et souvent interrompu. Mailhe, Daverhoult, Guadet réclamèrent un vote immédiat et unanime. Seules une dizaine de voix votèrent Contre.

Cette guerre, désirée par tous les partis, à l'exception des Montagnards et des Lamethistes, comme une manœuvre de politique intérieure, allai l H'^jouer tous les calculs de ses auteurs.

Page 1