AUTRES CIRCONSTANCES DES COPYHOLDS
gneurie française n'a pas pratiqué d'abus déplorables, en vue de dépouiller ses censitaires de leur bien même, dont la seigneurie d'Angleterre n'ait fait usage comme elle.
Il faut aussi tenir compte des détestables conséquences provenant du mélange des tenures de copyhold au milieu de tenures libres. Ce mélange se présentait fréquemment et avec un enchevêtrement extrême. Le fractionnement graduel des patrimoines, les successions, les ventes avaient en outre placé nombre de possesseurs sous la loi de trois, quatre seigneurs différents qui n'avaient aucun la même coutume, la même administration, les mêmes manières de comprendre l'exploitation agricole. Dans cette ferme de l'Est dont il vient d'être question, le tenancier disait n'avoir aucun moyen quelconque de distinguer, dans les 122 acres, sur 300, qu'il tenait en copyhold, ce qui relevait de l'un ou de l'autre des quatre manoirs dont ils dépendaient, et les conditions n'étaient semblables dans aucun; bien mieux, à moins d'expertises judiciaires qui auraient été excessivement difficiles et onéreuses, il n'aurait pu reconnaître, entre la multitude de parcelles de quelques perches formant le tènement, que! morceau était libre et lequel seigneurial (1).
Assurément ces conditions n'étaient plus compatibles avec l'activité dont les intérêts avaient besoin. La seigneurie stérilisait ses terres, cela ne pouvait plus échapper à personne. Tout le monde voyait aussi que les biens libres, quoi que l'on pût faire, subissaient l'agronomie défectueuse ou les modes gênés d'utilisation imposés aux copyholds; on se gardait d'élever le rendement de ceux-là
(1) A Brigthon, il y avait des rues entières dont les maisons étaient construites partie en terre libre, partie en cophyold.
pour ne pas donner occasion à côté d'augmenter les redevances. Telle amélioration nécessaire aurait exigé qu'on y fît participer le fonds frappé de seigneurie : cela n'a jamais eu lieu parce que cela aurait accru les finances. On ne connaît pas d'exemple, notamment, qu'un copyhold ait été drainé (1).
Il arrivait encore que les possesseurs respectifs de terres manoriales et de terres libres enchevêtrées étaient portées à empiéter l'un sur l'autre, dès qu'ils y voyaient un intérêt; il en naissait de continuelles discussions de bornage, dévorant en frais un capital précieux.
Dans les villes que la prospérité de leur population poussait à s'étendre, on avait encore plus raison de se plaindre. Pour bâtir sur un fonds seigneurial, il fallait en payer la faculté hors de prix, si l'on voulait échapper à la confiscation pour changement d'état de la tenure. 11 fallait, en tout cas, se soumettre à des finances très-élevées et qui s'accroîtraient encore avec l'importance des constructions et la valeur des loyers. On en passait donc par des transactions fort onéreuses. Le chapitre de Westminster, par exemple, a reçu plus de 450 fois le revenu annuel de quatre acres de terre, près de l'ancien Palais de Cristal. La Cour d'équité annulait souvent des conventions de ce genre, à cause de l'aléa dangereux qu'elles faisaient courir au tenancier.
H résultait de ces exigences que beaucoup de terrains, dont les possesseurs n'osaient ou ne pouvaient se hasarder à changer la situation, demeuraient non employés et ne
(l) M. Blamire, agriculteur en renom qui fut longtemps président de la Commission des dîmes et qui énonçait ce fait, disait que le nom seul de copyhold était un épouvantail pour les Commissaires du drainage.