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LES INTENDANTS DE MANOIR

avec laquelle eux seuls étaient bien familiers, tant de moyens de faire repentir ceux qui contestaient leurs exigences, que l'on subissait les plus u extravagantes », le seigneur tout le premier, dans la crainte de pire. Il y en avait bien dont la charge dépendait légalement du seigneur, qui pouvait la leur ôter; mais beaucoup d'autres l'occupaient comme une sorte de propriété vendable ou transmissible.

Unis ainsi par leur spécialité, les intendants formaient de plus une corporation très-attentive 'aux intérêts de ses membres et qui avait su les mettre sur le même pied partout. Dans une entreprise pour éteindre ou convertir ce qui constituait l'élément de leur existence, il fallait inévitablement compter avec eux.

Ces personnages se montraient inquiets de deux choses. D'abord de voir se fermer des sources si bonnes de profit. Le moment était fait pour qu'ils tinssent à ces profits. Les travaux d'amélioration et les utilisations nouvelles des fonds de copyhold venant accroître leurs honoraires en augmentant les finances, ils avaient de grands bénéfices depuis que, sous l'impulsion de la paix, le pays avait tant étendu sa vie économique ; dans les seigneuries urbaines surtout, en particulier dans celles de Londres, le mouvement des constructions leur en donnait d'éuoimes. L'autre chose redoutée, c'était de ne pas paraître fondés à être indemnisés de ces charges, ou, si l'on reconnaissait leur droit, de ne pas se voir indemniser sur le pied de ces grands avantages récents et qui promettaient de grandir encore.

Aussi ces collatéraux de la seigneurie, si l'on peut leur donner ce nom, se montraient peu d'accord avec le courant

de l'opinion. La plupart des difficultés de fait qui se produisaient venaient d'eux. Avant qu'il fût question d'écrire des lois expresses, celle de la commutation des dîmes, quand on commença à l'appliquer, avait fait surgir des tentatives de transaction entre seigneurs et tenanciers ; mais à peine en avaient-ils laissé aboutir quelques-unes.

Eh bien, l'on n'éprouvait pas du tout vis-à-vis des intendants les sentiments dont ils s'effrayaient. Là même où leurs pratiques paraissaient les plus excessives et causaient en majeure partie les mauvais effets de la seigneurie, on ne se départait pas plus,à leur égard, du respect des droits acquis que vis-à-vis du seigneur. On tenait leur office pour une propriété dans leurs mains, au même titre que toutes les finances dans celles de ce dernier. On entendait les payer l'une et l'autre en y portant atteinte, prescrire un rachat raisonnable et nullement supprimer.

L'Angleterre a eu ce principe, en effet, d'évaluer en toute justice et de satisfaire exactement tous les intérêts qui allaient être frappés. A ses yeux c'a été là l'utile et dès lors le droit même, ce pays poursuivant de longue date le problème de reconnaître à tout ce qui existe, dans l'ordre des intérêts, le droit d'être et le droit de tirer de son existence tous les développements que le fait d'exister comporte. Il a presque envisagé comme une richesse acquise celle que le cours des choses rendait supposable. La nature décriée des droits de manoir n'y fut pas un motif d'oublier ou de violer cette notion féconde. Auprès de cela abolir, comme nous l'avons fait en France, devient quelque chose d'aussi peu relevé que ça a été facile.

Comment les lois anglaises ont-elles procédé? Nous allons maintenant le dire.

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