‹ La Révolution française et la féodalitéChapitre 13 sur 130 · LE POINT DE VUE DE NOS PÈRES ET LE NOTRE · texte numérisé non relu

LE POINT DE VUE DE NOS PÈRES ET LE NOTRE

pères répondent devant l'histoire, aucun n'a été plus prémédité ni n'a laissé, jusqu'à la fin, leur conscience plus tranquille.

A la vérité les suites furent complètes. Ces actes eurent tous les effets qu'on s'en était promis. Une fois l'abolition prononcée, rien de ce qui existait ne put tenir. Il est particulier à notre pays qu'il fut uniquement besoin de frapper ce coup pour abattre toute l'ancienne organisation sociale et toute la vieille hiérarchie des personnes et des biens.

Avec la dîme, les cens et les divers attributs de la seigneurie, tous les services forcés disparurent, toutes les charges foncières en même temps, l'inégalité de succession, Tinégalité d'impôt, les distinctions d'ordres, de classes, de provinces. Tous les privilèges et toutes les conséquences des privilèges tombèrent comme les parties désagrégées d'un même édifice, et toutes les négations du droit, toutes les iniquités de fait érigées en lois depuis des siècles tombèrent semblablement.

Gomment s'étonner qu'une génération ayant rencontré si juste n'ait pas cessé d'envisager avec une pleine tranquillité d'âme la responsabilité de son entreprise et d'en montrer son contentement?

Mais nous sommes un pays où l'histoire réagit forcément contre elle-même. Aucun changement n'a jamais pu s'y opérer d'accord. Les réformes les plus désirées et les plus justes ont dû être accomplies avant de parvenir à y amener ceux qui allaient s'en voir atteints. On n'a donc rien accepté, on proteste d'autant plus contre ce qui a eu lieu dès que le jour est propice.

Aussi ne jugeons-nous pas aujourd'hui avec une una-

nimité aussi grande l'abolition du régime féodal et surtout les faits qui l'ont provoquée. A leur sujet la réaction s'est produite. Du côté des positions détruites elle était naturelle ; mais elle est presque autant le fait des esprits libéraux. Ceux-ci sont troublés par ce renversement impitoyable, par la volonté mise à le consommer, par la rigide persistance déployée pour le maintenir.

Car il faut faire attention que l'époque proprement révolutionnaire n'est pas seule coupable. Ce n'est pas dans les jours de lutte, uniquement, que l'on s'est senti ces passions destructives. Dans les jours tranquilles, dans le temps presque contemporain où, grâce au repos de la société et à la paix, les situations s'assirent, où les intérêts prirent pied, où les idées s^épurèrent, les esprits conservèrent la même animosité.

Pendant les trente premières années de ce siècle, les droits seigneuriaux et les moindres apparences féodales ont partagé avec les privilèges de noblesse l'animadversion de la petite bourgeoisie des provinces et de toute la classe agricole. Les souvenirs que l'on gardait d'elle constituaient comme des légendes où chacun voyait une menace pour son patrimoine. La pauvreté des uns, la fortune des autres leur étaient attribuées, et leur suppression était regardée comme la délivrance. Tandis que l'on a réparé ou adouci toutes les violences civiles de la Révolution, on n'a rien refait à l'égard de la féodalité et de la seigneurie. Les plus rigoureuses des lois édictées contre elles ont été les seules que l'on ait voulu suivre, et l'on a mis à les appliquer toute l'animation sous l'empire de laquelle elles avaient été écrites.

A l'heure actuelle la jouissance des résultats a rendu

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