LE POINT DE VUE DE NOS PÈRES ET LE NOTRE
l'équité facile. On a mesuré ce que le libre cours des choses assure de progrès aux nations qui se modèrent. La notion du droit individuel et le sentiment de la liberté ont pris possession de nous. La ruine momentanée qui fut produite, le mépris de toute patience et de tout droit qui semble avoir inspiré l'abolition inquiètent la conscience de l'histoire. La Révolution paraît avoir été le plus injuste et avoir eu l'intention marquée de l'être dans celui de ses grands actes qui ont eu le plus de portée.
En dehors des partisans avoués de l'ancien régime, des écrivains se sont fait applaudir en montrant dans cette destruction un immense désordre. Sur la foi des descriptions qu'ils ont écrites on a admis que le pays était plein d'éclat quand elle eut lieu, les connaissances dans tout leur lustre, l'activité remplie d'essor. On a tenu pour certain que toutes les idées dont nous vivons étaient répandues, toutes les réformes acceptées d'avance, que le redressement de l'ordre seigneurial se serait opéré de lui-même, et répété que la précipation à tout abattre et à tout refaire, en animant les résistances, a seule motivé la brutalité déployée pour les vaincre (1).
Nous'sommes ainsi assez loin de nos pères dans notre sentiment sur leurs actes, et après avoir triomphé de ses adversaires si nombreux, la Révolution française a presque besoin de triompher de ses amis. Jusqu'à quel point ces retours sont-ils fondés? c'est ce qu'il faut savoir.
(1) M. Droz et M. le comte de Tocqueville, dans l'histoire du règne de Louis XVI, qu'ils ont écrite l'un et l'autre, défendirent les premiers ces assertions avec un peu d'autorité. Depuis, M. L. Lavergne leur a donné un retentissement auquel ces écrivains n'avaient pas atteint; son livre des Assemblées provinciales et diverses notices qu'il a publiées ont eu, à cet égard, une action notable.