VI PRÉFACE
D'où était né ce sentiment? Pourquoi prit-il tant de place? Comment se comportèrent les peuples qu'il anima? Ces questions sont à résoudre.
Le signal vint delà France; mais autour d'elle, déjà, l'on faisait un peu ce qu'elle fit ou bien l'on voulait faire comme elle. Sortir des liens que la féodalité avait créés, dissoudre les intérêts qui en étaient provenus, donner essor à d'autres que ceux-ci empêchaient, on l'a souhaité dans toute l'Europe. L'Angleterre même s'y est décidée, malgré son attachement aux vieilles formes et son respect de ce qui a duré.
Quels qu'aient été les procédés, une ardeur égale a caractérisé partout ce renversement de l'ancien régime. On voit toutes les nations y attacher un grand prix. Elles ne s'étaient jamais senties poussées comme en cela par les théories généreuses. Jamais elles n'avaient aussi fortement résolu de changer leur condition et leur destinée, jamais prémédité ainsi de toucher à la situation des particuliers et à leur fortune.
C'étaient des entreprises à soulever les passions et il y en a peu qui les aient plus remuées. On l'éprouva surtout en France. Depuis le jour où l'abolition de la féodaUté et des droits seigneuriaux fut décrétée, les animosités^ les retours, les divisions auxquelles les grandes