PRÉFACE. . VII
crises condamnent les générations suivantes s'y sont donné carrière. Une période entière de nos temps contemporains est empreinte des sentiments, des luttes, des vicissitudes publiques que cet acte de la Révolution a suscités.
Il faut dire, à la vérité, que ce fut le coup décisif entre tous ceux dont elle frappa l'ancien régime; il y mit fin en une fois. La société eut aussitôt d'autres fondements, un autre horizon, la vie du pays se trouva renouvelée. Le coup retentissant de proche en proche, les principes modernes s'emparèrent des peuples mêmes chez qui l'inégalité, les classes, tout l'appareil du moyen âge et son agencement juridique et civil avaient le plus dominé.
On a donc des raisons pour regarder avec plus de détail que cela n'a été fait encore, à l'abolition du régime féodal parla révolution française. Il convient de retracer dans leurs particularités cette vaste destruction et les imitations qu'elle a produites. Le fera-t-on sans profit? J'ose affirmer que non. Les lois qui abolirent la féodalité ont joué dans notre pays un rôle dont l'histoire a tenu trop peu de compte. Le cours entier de la Révolution est lié à leur enfantement. Elles exercèrent sur la marche et le développement de ce grand drame une action considérable.
Mil PRÉFACE.
La France n'a pas seulement, la première, porté des mesures abolitives; elle en a eu le fanatisme, et cependant le souvenir de la manière dont ces mesures furent prises est à peu près perdu. On sait qu'elles eurent lieu, on ne se rappelle plus comment. Les efforts qui furent nécessaires, la suite qu'on y mil, les tâtonnements et les gradations par où l'on passa sont comme ignorés, aujourd'hui, de même la place que cela tint dans les faits, les mobiles que les événements y puisèrent.
Tantôt on entend affirmer qu'il suffît d'un moment, que tout fut fini la nuit du 4 août, convenu ou accepté dans un entraînement universel, de sorte que les péripéties ultérieures de la Révolution et son mouvement politique auraient été sans liaison avec ce commencement gigantesque. 11 y a peu de temps un livre qui visait à dire le dernier mot a été fait tout entier sur ces données, et non le premier venu des livres (1).
A l'opposé, des écrivains qui ne voudraient pas être appelés ennemis des idées libérales accusent de pure violence cette destruction jugée si simple et si peu défendue. Ils la présentent comme le fruit de l'esprit de bouleversement ou comme l'effet d'un vertige. Ces actes, qui déterminèrent à vraiment parler le plan et l'as-
(1) La Révolution, par Edgard Quinet.