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CHAPITRE VIII Les cahiers de 1789 et les campagnes

L'histoire de la Révolution française a son document de fond dans les cahiers de 1789. Tous les écrivains s'y sont reportés comme au point do départ, à la pierre d'assise. Les cahiers dont on s'est servi ne furent pourtant qu'une partie de ceux qui ont été rédigés. Qui plus est ils n'en sont pas la partie vive.

Les cahiers furent écrits à deux degrés : dans les paroisses d'abord, dans les bailliages ensuite. On n'a vu que les cahiers du second degré. Cela a suffi à l'histoire plutôt politique que civile à laquelle on s'est complu jusqu'à présent. Pour retrouver le sentiment public dans sa vérité et dans sa force, il faut regarder aux autres.

Sans reprendre ici la distinction de « bourgoisie » et de « peuple », qui répond mal à la réalité et dont on a trop fait abus, il est positif qu'il y avait dans le Tiers-état de nombreuses personnes immédiatement intéressées à ce que la seigneurie ne fût pas touchée ou ne le fût que modérément. Mettons à part la grande quantité de possesseurs de seigneuries appartenant à cet ordre ; ce sont des seigneurs comme les autres, avec les mêmes points de vue, en majeure partie les mêmes sentiments, c'est-à-dire des adversaires. En dehors de ces seigneurs-là, la masse des hommes d'affaires était entretenue par la féoda-

lité. Elle alimentait leurs offices et était la raison d'être d'un grand nombre. Juges et procureurs dans les villes, dans les petites bourgades une foule de gens de loi qui exerçaient la justice seigneuriale, puis le monde inférieur des praticiens occupé de ses procédures, l'armée de ses receveurs ou commis, des percepteurs de ses droits, de ses dresseurs de terriers, tout cela constituait un personnel énorme qui devait regarder sa propre position comme détruite si le régime féodal venait à cesser.

Pour notre pays, si peu développé alors en manufactures ou en commerce, c'était la. partie relativement instruite, au-dessous des hautes classes. Naturellement, dans chaque localité ils parlaient, agissaient pour l'ensemble, le représentaient politiquement; il allaitde soi qu'ilscomposassent l'assemblée de bailliage. Cette assemblée ne pouvait donc pas envisager la situation sous le même jour que le peuple des paroisses, et il était inévitable que son cahier, qui devait résumer ou fondre ceux des paroisses, s'écrivît sous des préoccupations différentes.

Les paroisses, en effet, parlent autrement. Le résumé, quand il avait été fait, avait amorti ou détourné l'élan, amoindri les démonstrations, souvent omis ou diminué les plaintes. Le plus souvent il avait été fait d'office, sans attendre ces plaintes ou sans les lire.

De qui était composé ce peuple mis soudainement à même d'exprimer ses griefs? A côté des métayers il y avait la foule des propriétaires parcellaires. Ceux-ci avaient moins de raisons encore pour ménager les imputations. On a paru très-étonné, quand on découvrit Arthur Young il y a quelques années (1), d'apprendre par lui

( I ) Ça été une vraie découverte en eflfet, sur laquelle tous les écrivains

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