L'ÉTAT FÉODAL
terre on s'en garantissait aisément, tandis qu'en France il en voyait c< de terribles vestiges (1). y>
Cette seigneurie n'est plus la seigneurie du moyen âge, ni même celle du seizième siècle; elle n'exerce pas d'influence juridique sur le classement des personnes. Les non nobles comme les nobles en sont possesseurs, l'Eglise ou les laïques, les derniers du tiers état aussi bien que les plus élevés dans la hiérarchie des classes. C'est la bourgeoisie peut-être qui en a le plus. Elle a cessé aussi, à peu près, de constituer l'espèce de petite souveraineté locale qu'elle avait été. A vrai dire, elle se résout toute dans l'ensemble des prélèvements ou des services qui lui sont dus et tout son intérêt consiste dans la faculté d'aliéner ou de transmettre, comme une possession, ces prélèvements et ces services. On l'appelle une « directe » ; autrement dit, c'est un simple fisc, un fisc dont on hérite ou dont on fait commerce pour des parties ou pour le tout. Le seigneur n'est guère qu'un créancier de l'espèce particulière des fiscs et le redevable, le « censitaire », comme il s'appelle, a plus que jamais les caractères d'un contribuable.
Tout cela n'était que trop fait pour exciter contre l'état seigneurial. Il avait encore le malheur de développer des sentiments d'une autre nature. Un grand nombre des droits rappelaient à ceux qui les subissaient l'infériorité sociale dans laquelle on avait prétendu les tenir. A présent que seigneurs et sujets se trouvaient maintes fois de même classe, séparés uniquement par la richesse, les sujets avaient trop souvent lieu de voir dans les droits féodaux des manières de les humilier. Les préséances dans le
(1) L&nB l'Arithmétique politique, en 1788, au retour de son premier voyage.
culte : place à l'église, aspersion, encens, sépulture, les privilèges de girouettes, de pont-levis et tours, de fourches patibulaires, d'autres encore auxquels leurs possesseurs attachaient autant de prix qu'à ceux constituant des revenus, n'avaient plus guère de signification en dehors de cette vanité impertinente.
Toutes les irritations de l'amour-propre comme tous les ressorts de la dignité s'unissaient par suite aux exigences des intérêts pour dénoncer la seigneurie.