CHAPITRE XI
Ce que les sujets de la seigneurie pensaient d'elle.
Dans quels termes \ivaieni les sujets avec cette seigneurie si accusée? leurs cahiers encore nous l'apprennent.
Les sujets n'ont jamais trouvé moins de raison d'être à ce fisc privé, qui à côté du fisc public et comme lui emprunte aux éléments du pouvoir ou de la protection sociale : justice, commerce, industrie, circulation, marchés, cultures, mutations, etc., les occasions ouïes motifs de ses perceptions, mais qui est loin, depuis longtemps, d'en exercer les devoirs. Ils expliquent cela avec minutie et leur témoignage est unanime.
Tous portent des dénonciations identiques contre l'abus qui est fait de cette prétendue protection pour en tirer des redevances, contre les pratiques du seigneur ou des fermiers de ses cens, contre l'excès de leurs demandes, contre les accroissements frauduleux. Les faux poids ou les fausses mesures du grenier, la rapacité des agents, les surprises ou le dol mis enjeu pour extorquer des reconnaissances mensongères, pour exiger les effets de la solidarité des cens afin d'amener le redevable à vendre son bien et l'acheter à vil prix, ces griefs des doléances du moyen âge reparaissent aussi circonstanciés, aussi abondamment émis et avec la même véhémence. On croirait relire les enquêtes du seizième siècle pour la
réformation des coutumes ou le monitoire .des Grands- Jours.
Qui plus est, tout cela est signalé pour avoir pris récemment une intensité nouvelle. On parle d'un temps où Ton jouissait d'une possession tranquille, d'une industrie respectée. C'est le dernier seigneur ou celui d'avant qui a donné cours aux exactions, seigneur récent, hier procureur au juge, laboureur même il y a peu d'années et d'autant plus méprisant des redevables, tous, en tout cas, ajoutant à l'envie, se dépassant l'un l'autre.
Ici le couvent voisin venait de son plein gré administrer le culte ; il a rendu excessives les menues rentes qu'on lui avait données et il deviendra impossible de rien cultiver si on ne les limite.
Ou bien c'est un chapitre puissant qui, depuis trente années, ne cesse d'arguer d'aveux inexacts ou fraudés pour prétendre à des redevances plus hautes, pour soutenir ses exigences sans droit ; il ruine ses redevables par des procédures.
Là n'était qu'une gruerie médiocre (I) ; peu à peu l'on a frappé les défrichements de terrages, les cultivateurs de corvées, leurs tènements de lods et ventes et il a surgi une seigneurie complète.
Autre part voilà des seigneuries dont les anciens droits étaient devenus sans profit et qui, par la violence ou par de faux titres, par la complicité des juges, ont usurpé les terres communes ou les usages. Tous les pays de bois ou de pâturages reproduisent cette accusation, si habituelle autrefois et dont le pouvoir public s'était ému si souvent.
(1) Surveillance forestière.