‹ La Révolution française et la féodalitéChapitre 30 sur 130 · POURQUOI LES CHATEAUX BRÛLÈRENT · texte numérisé non relu

POURQUOI LES CHATEAUX BRÛLÈRENT

do faire éclater les dispositions qui les menacent, afin de profiter des malheurs ou des sévices commis. Dans les classes intéressées à la durée de l'ancien régime il se forma dès le premier jour une faction qui acquit en cela beaucoup d'art; elle paraît n'avoir pas été innocente des troubles publics. L'attente fiévreuse oii les masses se trouvaient et la chute subite de toute autorité dans la France entière rendirent facile de susciter ces troubles. On préluda par cette fantasmagorie des « brigands », dont on épouvanta le pays de proche en proche avec une incroyable adresse. Les lenteurs mises par l'Assemblée nationale à entamer le problème de la féodalité firent le reste.

Cette assemblée était réunie depuis cinq mois sans avoir rien annoncé de sérieux sur ce sujet si attendu. On l'en a accusée beaucoup. Les députés qui prirent l'initiative du 4 août le lui reprochèrent vivement, et en efïet elle avait méconnu de grands dangers. Les censitaires étaient trop habitués aux violences vis-à-vis de la seigneurie, pour qu'on négligeât ainsi l'objet qui les touchait le plus. Le pouvoir public lui-même leur avait fait de ces violences une école. Depuis la « réformation des coutumes », où, sous les dehors d'une œuvre juridique, on avait procédé avec si peu de justice, où les seigneurs avaient trouvé les juges, à tous les degrés, portés de parti pris à écarter leurs prétentions, à vaincre leurs résistances, à déclarer indu tout ce que les redevables contestaient, ce n'était pas la destruction des forteresses féodales sous Richelieu qui avait pu changer le courant, ni la mise en jugement bruyante de ces seigneurs dans les Grands-Jours de 1665. Il était donc à craindre, en

retardant, que l'on poussât les sujets à des procédés de même genre. Les solutions demandées se trouvaient maintenant plus que justifiées dans leur esprit. Légalement exprimées et raisonnées, elles étaient devenues pour eux une passion profonde, on peut dire l'unique passion. Il y avait une étrange imprévoyance à se hâter si peu.

Fléchier, qui était aux Grands-Jours d'Auvergne, fait des paysans de 1665 ce curieux tableau, dans la relation fort mondaine qu'il en a écrite r'cdls étaient fort hardis et « l'on remarquait qu'ils déposaient volontiers contre les « nobles. Une dame de la campagne se plaignait qu'ils « avaient acheté des gants et croyaient qu'ils n'étaient « plus obligés de travailler et que le roi ne considérait « plus qu'eux dans son royaume. Lorsque des personnes c( de qualité venaient à Clermont, ces bonnes gens les « assuraient de leur protection, croyant que c'était une a dépendance nécessaire et qu'ils étaient devenus sei- « gneurs par privilège de leurs seigneurs eux-mêmes. Ils ft étaient persuadés que le roi n'envoyait cette compagnie « que pour les faire rentrer dans leur bien, de quelque « manière qu'ils l'eussent vendu, remontant jusqu'à « la troisième génération. » Le paysan des assemblées primaires, le peuple des paroisses de 1789 est là tout entier, il n'y a qu'à changer la date. La même persuasion indélébile d'avoir été dépouillé l'anime et il a le même sentiment de triomphe, la même foi naïve que le roi l'appelle à tout reprendre. On aurait dû savoir qu'il fallait peu d'excitations pour le soulever et ne pas attendre qu'il s'en produisît. Impatient de ce qu'il souhaitait, les difficultés politiques qui embarrassaient l'Assemblée ne disaient rien à son esprit. Il y vit plutôt une forme de

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