CHAPITRE XIII Les violences et ropinion
On inaugurait ainsi par la ruine et les mauvais traitements une révolution qui se faisait pour le droit et pour la justice ! Nous réprouvons à présent ces jacqueries et nous en gémissons, parce qu'elles furent des précédents trop tôt suivis et aggravés. Les contemporains ne s'en émurent pas de même. Elles les froissaient dans leur amour du bien, elles projetaient une ombre sur les nobles vues où ils se complaisaient et ils en furent attristés. Mais elles n'arrêtèrent pas iGur élan et ne troublèrent point leur esprit. Ils semblent avoir eu la pensée intime qu'atout prendre les plus grandes fautes n'étaient pas du côté des censitaires et que ces violences avaient une raison d'être fatale.
Dans les hautes classes elles-mêmes on trouve ce sentiment. Ceux que leur éducation avait portés tout d'abord dans le sens de l'émancipation publique ne s'en montrèrent pas ébranlés et ne changèrent point de conduite. Ils laissèrent passer sans examen ces actes déplorables et s'en firent un argument décisif. A leurs yeux la responsabilité en remonta surtout à la féodalité et au régime fondé sur elle. Des seigneurs qui étaient atteints s'en autorisèrent pour présenter les mémorables motions du 4 août, les possesseurs de privilèges pour les sacrifier à l'envi, et c'est
5i FRANCE.
devant le tableau des désastres, à la lueur des incendies que celte grande, cette imprudente parole fut écrite : « L'Assemblée nationale détruit entièrement le régime « féodal. ))
Arthur Young est encore ici un témoin à citer. On juge, en le lisant, quel peu de profondeur eut l'émotion causée par ces insurrections des campagnes. Il traverse la Franche-Comté, la Bourgogne, le Dauphiné au moment oii elles ont lieu. Il court même quelques risques en s'informant des faits. Il est ému parla rencontre de seigneurs en fuite, de familles nobles qui n'ont plus de foyer, ému de voir la justice atteinte, la liberté souillée. « Le royaume, c( s'écrie-t-il, pouvait être mis en possession d'un vrai (( système libéral sans ces actes abominables, sans cette « régénération par le feu et le fer, par le pillage et le « meurtre ! » Malgré cela on le sent plein de l'idée qu'il y a bien des torts du côté des'victimes. A la moindre trace des mauvaises conséquences du régime seigneurial pour l'agriculture, il laisse échapper son impression. Ce que le vicomte de Noailles, le duc d'Aiguillon, M. de Kérengal, M. Lapoule, dirent à l'Assemblée, que « le peuple des cam- « pagnes cherchait à secouer enfin un joug qui, depuis tant « de siècles, pesait sur sa tête; — que l'on aurait prévenu <( l'incendie des châteaux si l'on avait été plus prompt à « déclarer que les armes qu'ils contenaient allaient être « anéanties par le rachat forcé, etc., » il Tavait pensé bien avant eux et il l'eût démontré par beaucoup plus de preuves. L'abandon des privilèges, dans la nuit du 4 août, ne lui semble pas si méritoire qu'il n'écrive peu après : « N'y a-t-il donc rien que des révolutions oii l'on brûle « leurs châteaux, qui puisse les engager à accorder à la