DE LA NUIT DU 4 AOUT
qu'elle exerça sur la suite de la législation qui y fut décrétée.
Disons tout d'abord que l'on y prononça l'abolition, mais qu'elle n'y fut pas faite. Pour la faire, il fallut quatre années, et après ces années-là quatre autres pour que les lois édictées restassent admises dans la pratique. On promulgua le" principe de ces lois, on en écrivit le programme, voilà tout. Seulement, principe et programme avaient si bien marqué la voie qu'il n'a plus été possible de la changer ou d'en sortir.
Ces lois passent pour constituer trois systèmes différents, en rapport avec le caractère et l'esprit de chacune des trois assemblées de la Révolution. Les écrivains qui ont exalté l'Assemblée constituante par opposition aux assemblées qui l'ont suivie, ont donné un grand crédit à cette idée aûn de mieux mettre son œuvre à part, et notre propension à suivre les sentiers battus l'a érigée en lieu commun. C'est une idée inexacte, bien que les apparences soient pour elle.
Les décrets d'août et la volumineuse série do ceux édictés en 1790 et 179i pour préciser les termes ou pour aviser à l'exécution, composent bien un tout étroitement lié qui est Touvrage de l'Assemblée constituante. Mais si l'Assemblée législative promulguée son tour, en 1792, des lois qui ressemblent à un système nouveau, si l'année suivante la Convention reprend encore le sujet dans des vues propres, ce sont des différences tout extérieures. En réalité il y a une œuvre unique, continuée avec des degrés successifs. Selon le point et le moment oii Ton re-. garde, les choses prennent un autre aspect, les intentions, le but, une autre portée ; mais c'est l'impulsion initiale
qui dirige. On ne cessa pas de suivre les mêmes procédés, de se servir des mêmes moyens.
Envisagée dans son ensemble, la législation abolitive ne présente pas autre chose que la gradation, le développement logique et fatal des prémisses posées. Elle a dépendu toute de la manière dont elle avait été commencée, en sorte que ses conséquences sont beaucoup plus imputables que l'on ne se plaît à le répéter à l'assemblée qui l'entreprit.