COMMENT LES DÉCRETS SE TROMPERENT
moyens? Il était bien inexpérimenté de croire qu'ils n'auraient pas des regrets, quoique leur entraînement eût contribiré pour beaucoup à les dépouiller. Ces regrets naîtraient d'autant plus que l'extinction allait peser sur eux sans qu'ils sussent bien dans quelle proportion et si elle ne leur nuirait pas au delà de ce qu'ils avaient supposé d'abord. On ne leur enlevait pas la possibilité d'y mettre obstacle, on leur laissait le temps d'apporter, dans l'établissement des voies et moyens, des déviations ou des difficultés; n'était-ce pas les mettre à même de tout faire pour garder beaucoup d'attributs, pour reprendre ceux mêmes que les redevables détestaient le plus?
Ecrit sans ordre, sous l'empire d'impressions pures et dans la confusion oii ces impressions naissaient, ce décret laissait donc le champ libre à tous les débats et creusait, par ses classifications, un gouffre dans lequel tout rachat pouvait finir par disparaître. Il n'aurait pas été maintenu s'il s'était trouvé à l'Assemblée constituante un homme connaissant le problème de la féodalité dans sa portée réelle. Malheureusement ce problème n'était pas encore de ceux qui prennent rang dans les matières d'État ; il resta dans le domaine des juristes et des hommes de procédure. C'étaient des praticiens éminents, convaincus de ce qu'ils soutenaient, mais trop confiants dans les moyens judiciaires et dédaigneux de la politique. Ils ne voulurent tenir compte des avertissements, des objections, des obstacles que du seul côté favorable à leurs vues; ils autorisèrent ainsi toutes les suppositions dangereuses et les erreurs du 4 août sont devenues irréparables.
D'autres circonstances ont contribué à ce malheur; elles méritent d'être indiquées avec détail.