COMMENT LES FAUTES EURENT LEUR PORTÉE
intérêts féodaux, et il y eut trop de monde s'eniployant à les annuler comme des actes irréfléchis que l'exaltation du moment n'avait pas permis de ne point faire. Le roi, qui était en partie l'artisan de ces oppositions, en devint l'organe tenace. 11 ne se bornait pas à susciter des désaccords ou des scrupules, à débattre sur les termes, l'a-propos, les limites (1) ; dans des correspondances montrées partout il prenait soin de faire connaître l'esprit qui l'animait, le ravivant ou le soutenant ainsi chez les autres. Après beaucoup de résistances et par l'intermédiaire de ministres choisis pour les appuyer, il adressait à l'Assemblée, le 18 septembre, une lettre dont les apparences constitutionnelles pouvaient faire penser que l'on, obtiendrait sa sanction, et il marquait en même temps le contraire à l'archevêque d'Arles : « Je ne con- « sentirai jamais à dépouiller mon clergé, ma noblesse... « Je ne donnerai point ma sanction à des décrets qui les «dépouilleraient... Monsieur l'archevêque, vous vous « soumettez aux décrets de la Providence ; je crois m'y « soumettre en ne me livrant point à cet enthousiasme « qui s'est emparé de tous les ordres, mais qui ne fait «( que glisser sur mon âme. Si la force m'obligeait à céder, « alors je céderais ; mais il n'y aurait plus en France ni « monarchie ni monarque... (2). »
On a l'idée de la prise qu'avaient ces sentiments sur le roi, quand on voit Mirabeau, après les journées d'octobre, lui dire dans ces notes secrètes que le comte
(1) Il faut voir, dans les Questions de droit de Merlin, au mot Féodalité, eûtes les manœuvres employées pour empêcher que ces décrets n'acquissent force de loi.
(1) Bûchez et Roux (t. Il, p. 2^5) citent cette lettre, extraite de la Correspondance inédite, t. I, p. 140.
de Lamark transmettait et par lesquelles ce malheureux grand homme essayait de faire pénétrer au sein de la Cour le génie d'Etat exigé par les temps nouveaux : « Justement ou non, la nation, qui dans son ignorance « confond la noblesse et le patriciat, regardera longtemps « les gentilshommes en masse comme ses plus implacac( blés ennemis. L'abolition du système féodal était une « expiation due à dix siècles de délire ; on aurait pu (( diminuer la commotion, mais il n'est plus temps et « l'arrêt est irrévocable ; se réunir à la noblesse serait pire c( que de se jeter dans une armée étrangère et ennemie. « Si l'on voulait lui conserver tout ce que l'opinion unice verselle, tout ce qu'une raison plus éclairée a détruit a de ses exemptions, de ses privilèges, croit-on que la « paix, que les impôts pussent s'établir, dans une nation à « qui, par cela seul, on arracherait la plus chère et la « plus juste de ses espérances.? »
Des esprits moins prévenus se seraient dit tout cela. A défaut de le penser, ils y auraient pris garde. Ils auraient vu ce qui était flagrant : que les décrets ne pouvaient plus être rapportés, pas même amoindris, qu'ils présentaient irrévocablement aux redevables leur dettes, leur sujétion, tous leurs services féodaux comme détruits, éteints par l'autorité souveraine. Un seigneur écrivait alors d'Auvergne à l'un des députés importants du Tiers- Etat (1) : c( Les campagnes se sont mises dans l'imaginac( tion des choses que peut-être rien ne pourra déraciner (c sans des coups violents. Ce simple prospectus, répandu « et interprété à la manière de ceux qui payent, va pro-
(1) A M. Gauthier-Biauzat, en août 1789. Recueil de ses correspondances, à la bibliothèque de Clermont-FeiTand.