COMMENT LES FAUTES EURENT LEUR PORTÉE
« duire les effets les plus terribles... Hier encore on « nous a signifié qu'on ne voulait plus payer de perciè- « res et qu'on ne faisait que suivre l'exemple des autres « provinces, qui ne payaient plus même la dîme par ordre « du roi. » 11 suffisait de regarder pour trouver les mêmes faits partout, et d'être un peu sensé pour ne pas y prendre des motifs de résister davantage.
Mais on fut loin d'avoir cette sagesse, et, tandis que le roi faisait à ses amis une sorte de loi de méconnaître les décrets, le malaise vint s'ajouter aux regrets ou compliquer les craintes. L'élan du premier jour s'affaiblit chez beaucoup qui y avaient cédé, et de la part de ceux qui n'en avaient pas eu l'opposition fut plus audacieuse. Les seigneurs ne craignirent pas de poursuivre leurs redevables. Pour avoir les rentes qu'on leur refusait et qui leur étaient nécessaires, ou pour ne pas laisser amoindrir leurs possessions dans l'éventualité d'un rachat, ils engagèrent des procès, remirent les faiseurs de terriers au travail détesté des nouveaux rôles, des reconnaissances. Les censitaires s'animèrent à proportion.
Ceux-ci ne s'expliquaient pas ces poursuites le lendemain du 4 août. Ne comprenant point que le législateur eût rendu des décrets si mal obéis, moins encore qu'ils fussent si insuffisants quand eux avaient tant détaillé leurs griefs, ils accusaient d'avoir soustrait ou changé leurs cahiers ceux qui avaient eu mission de les transmettre. Une inimitié qui ne cessa plus s'établit entre le peuple des paroisses et la partie de la bourgeoisie qu'il se supposait contraire. Dans beaucoup de lieux on refit ces cahiers, on les envoya de nouveau à l'Assemblée nationale avec des passions de plus. Avant de continuer
sa législation, cette assemblée tarda presque autant de mois qu'il en avait fallu pour obtenir la sanction royale, et les antagonismes s'envenimèrent. L'agitation revint à la suite. On vit recommencer le sac des châteaux,- la violence contre les seigneurs, le brûlement ou la dispersion de leurs titres. Au moment où la discussion des moyens de rachat s'ouvrit, en février 1790, la jacquerie régnait avec plus d'ardeur qu'au mois d'août 89,
Les conditions les moins favorables étaient donc issues des premiers décrets de la Constituante. Examinons si ceux qu'elle fit ensuite pouvaient en procurer de meilleures.