‹ La Révolution française et la féodalitéChapitre 49 sur 130 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Comment le problème devait changer d'aspect devant r Assemblée législative.

Dans l'assemblée qui succédait à la Constituante, la question de la féodalité allait rencontrer un législateur très-différemment préparé à la résoudre que ne l'avait été le premier. Toutes les personnes s'y trouvaient nouvelles elles impressions ne dérivaient plus de la même source, les idées du même milieu.

Tout avait tant changé, en trois ans, que cette seconde représentation nationale semblait émaner d'un autre pays. La cour, la noblesse, le clergé existaient bien toujours ; mais ce n'étaient plus les institutions, les corps, les intérêts que cela avait constitués auparavant. L'influence qui s'y était attachée existait moins encore. On avait plus que l'habitude de vivre hors de ces institutions anciennes, on s'applaudissait d'en être sorti et l'on ne craignait que de s'y voir ramener. La masse, occupée d'affaires, de commerce, d'industrie, de culture, constituait maintenant la société véritable, celle c[ui inspirait les sentiments et les mobiles.

Cette masse-là avait accompli la Révolution. Elle ne se trouvait pas seulement très-unitîée par les lois, au moment où le nouveau législateur fut élu ; elle l'était par les efforts ftiitsen commun et par la nécessité d'en faire d'autres. Partout engagée dans des associations locales qui

donnaient la même direction à ses opinions, la même formule à ses idées, elle agissait avec trop d'entente pour avoir à redouter ses adversaires dans la nomination des représentants, et ceux-ci ne pouvaient qu'être imbus du soufle qui l'animait.

On a souvent déploré que l'Assemblée constituante ait interdit à ses membres d'appartenir à l'assemblée qu'elle convoqua. On s'est mépris sur ce qui se serait produit autrement ; le cours des faits fût resté assez semblable. Il arriva bien qu'aux élections le choix se trouva limité. Un pays ne possède pas deux fois, dans le même temps, de grands esprits et de grands talents comme ceux que l'on avait eus pour les Etats généraux. C'était d'autant moins possible avec notre éducation politique, contraire, depuis plusieurs générations déjà, au développement des facultés de la vie publique dans les provinces. Aussi, sauf quelques individualités que .les élections de 1789 avaient laissées en dehors ou qui s'étaient fait distinguer après, les citoyens ne purent porter leurs voix que sur des personnes moyennes ou d'une consistance secondaire.

Aurait-on vu des conséquences différentes si les membres de l'Assemblée constituante étaient venus en nombre dans l'assemblée nouvelle? On sent que non dès que l'on regarde de près. Il y avait un courant auquel on ne pouvait pas échapper. Il aurait gagné ces grands ouvriers de la première heure comme les autres. Leurs liens antérieurs se seraient tout d'un coup rompus et l'impulsion commune les aurait portés. L'élévation, l'ampleur auraient moins fait défaut, mais il n'y aurait pas eu plus d'obstacles.

Toujours est-il que l'assemblée nommée se trouva très-

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