‹ La Révolution française et la féodalitéChapitre 88 sur 130 · EN QUOI CONSISTAIT LA DIME · texte numérisé non relu

EN QUOI CONSISTAIT LA DIME

qui la faisait mal voir à cause de son assiette et de ses conséquences.

La dîme se prélevant en effet sur le produit brut, toute amélioration faite au fonds ou dans la culture du fonds venait en augmenter le poids. Elle ne tenait compte ni de la nature ni de l'état du sol, ni des conditions imposées à l'exploitation, ni des frais. La fixité et la proportion, qui sont les desiderata d'un impôt normal, lui manquaient ainsi totalement, et elle introduisait des différences très-préjudiciables dans la tenue des terres et dans leur valeur.

Ces vices avaient souvent dénoncé la dîme ecclésiastique à l'esprit de réforme. Chaque fois que le mouvement économique, en progressant, suggérait l'idée de changer quelque chose aux conditions générales, on la désignait. On avait vu Adam Smith en prendre texte d'une de ses digressions les plus lumineuses (1). Arthur Young y était revenu presque à chaque page de ses écrits anglais, et dans ses voyages à travers la France il s'exaspérait de trouver ce tribut moins nuisible dans notre pays que dans le sien. Pilt, au plus fort de la guerre qu'il entretenait en Europe, avait eu l'idée de l'éteindre par conversion, persuadé que la production acquerrait tout d'un coup des moyens considérables et qu'il en sortirait des forces soudaines.

La dîme était ainsi indiquée pour disparaître, le jour oii l'on se sentirait dans la nécessité de toucher sérieusement à l'économie civile de la propriété.

(1) Richesse des nations, liv. V, chap. ii.

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