ProcèS'Verbalj séance du 4 août 1789, p
AuLARD. — Révol. et rég. féodal. 6
d'après le procès-verbal, commencée, quand se produisit le coup de théâtre qui changea Tétat des esprits et des choses.
Ce coup de théâtre ne fut point Tacte d'une fantaisie individuelle. Les plus intelligents des nobles sentaient combien était fort ce mouvement des paysans contre les droits féodaux. Quelques-uns môme, surtout dans cette minorité de la noblesse qui, aux Etats généraux, s'était ralliée au Tiers, trouvaient que la cause des paysans était juste. Déjà, en province, quelques seigneurs, effrayés ou généreux, avaient renoncé à leurs droits, par exemple le marquis de Ségrie pour cinq villages de Normandie le 22 juillet 1789, et le baron de Montchenu pour la commune de Thodure en Dauphiné le 1«' août*. Il semble qu'à l'Assemblée constituante, dans cette occasion, il y eut plus d'ouverture d'esprit et
1. Voir dans la revue la Révolution française^ t. XLIX, p. 261 et 418, La baronnie deThodure en 1789^ par M. G. Cau- DRiLLiEH, et Abandon de» droits féodaux avant la nuit du U août^ par M. Lelièvre.
de cœur chez les nobles que chez les bourgeois.
D'ailleurs, ce coup de théâtre de la nuit du 4 août n'était pas absolument imprévu pour les membres dirigeants de l'Assemblée, particulièrement pour Mirabeau. On lit dans son journal, le Courrier de Provence : « La séance du soir était attendue avec impatience. Les opposants à la déclaration apportaient à ce combat de nouvelles armes ; ils se flattaient d'entraîner tous les suffrages, en faisant sentir que le patriotisme commandait de grands sacrifices et qu'au lieu de vaines formules adhortatoires, bientôt méprisées par le peuple, il fallait porter des offrandes sur l'autel de la paix. » En effet, les plus intelligents des privilégiés avaient compris qu'il valait mieux offrir de bonne grâce ce qu'on allait leur prendre de force. Le duc d'Aiguillon, qu'on disait le plus riche des privilégiés après le roi, se résolut à donner un grand exemple de générosité et de bonne foi en renonçant à tous ses droits féodaux et fit part de son projet au Club breton. Le vicomte de Noailles en fut informé et résolut
de prévenir le grand seigneur patriote, quoiqu'il ne fût pas riche et courût le risque de ne pas sembler lui-même fort magnanime en sacrifiant les privilèges des autres.
Il prit donc la parole oc dans le cours de la discussion » sur le projet du Comité* et se plaça éloquemment et nettement au point de vue des paysans : « Les communautés, dit'il, ont fait des demandes ; ce n'est pas une constitution qu'elles ont désirée : elles n'ont formé ce vœu que dans les bailliages.
Qu'ont-elles donc demandé ? Que les droits d'aide fussent supprimés, qu'il n'y eût plus de subdélégués, que les droits seigneuriaux fussent allégés ou échangés! Ces communautés virent, depuis plus de trois mois*, leurs représentants s'occuper de ce que nous appelons et de ce qui est en effet la chose publique ; mais la chose publique leur paraît être surtout la chose qu'elles désirent et qu'elles souhaitent ardemment d'obtenir. »
Pour rétablir la tranquillité, il n'y a qu'un moyen. C'est de déclarer : 1« que l'impôt