‹ La révolution française et le régime féodalChapitre 37 sur 94 · D'après le ProckS'Verhal · texte numérisé non relu

D'après le ProckS'Verhal

Target allait passer, « quand tout à coup un citoyen noble fixe l'attention générale de TAssemblée par une déclaration simple, mais sublime ». Les paroles de Noailles, ajoute-t-il, « excitèrent un tel enthousiasme dans les galeries qu'une des personnes qui étaient présentes lui adressa sur-le-champ un quatrain qu'il répéta assez haut pour que tous ceux qui l'environnaient l'entendissent. Je ne me rappelle que les deux derniers vers :

Un monstre nous restait : la Féodalité...

Abattu par Noaille, il hurle, tombe, expire. »

Loin de renoncer à sa motion, le duc d'Aiguillon prit aussitôt la parole. Il avait écrit son discours ; mais, avant de le lire, il prononça ces quelques mots, dont je ne vois trace dans aucun historien et que j'emprunte à la seule feuille qui les donne, au journal intitulé Versailles et Paris : « Messieurs, je comptais faire ce qu'a fait M. le vicomte de Noailles; il a prévenu ma démarche; j'ose croire qu'il n'a pas prévenu mes sentiments ni mon cœur. Je suis bien loin d'en être ja-

loux; je le remercie au contraire d'avoir été mon fidèle interprète. »

En réalité, M. de Noailles n'avait pas été le fidèle interprète de la pensée du duc d'Aiguillon. Cette pensée était bien moins généreuse. Le duc d'Aiguillon ne proposait d'abolir aucun droit seigneurial sans rachat. Il proposait un taux de rachat : trente fois le montant d'une rente annuelle, taux si avantageux pour les seigneurs que ce rachat les eût enrichis. Enfin il demandait que tous les droits seigneuriaux fussent « exactement perçus et maintenus comme par le passé, jusqu'à leur parfait remboursement » *.

Le duc d'Aiguillon n'en fut pas moins très applaudi^. Mais le vicomte de Noailles resta le héros de la journée.

Les députés du Tiers État ne semblent pas, dans cette séance, avoir fait paraître tout de suite un grand enthousiasme. Un certain

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