PRISE ET DESTRUCTION DE LA BASTILLE
Cre; que les barrières de Paris seront bloquées, et la ville mise sous le feu des batteries de Montmartre. Depuis plusieurs jours, on a vu entrer des munitions à la Bastille; le gouverneur de cette fameuse prison d'état, M. de Launay, répare ses ponts-levis, pratique de nouvelles meurtrières et fait saillir ses canons à travers les crénaux des tours. On a remarqué aussi que le gouverneur de l'hôtel des Invalides, M. de Sombreuii, range ses troupes sous les armes derrière les fossés. Deux masses populaires se portent, l'une vers la Bastille et l'autre vers les Invalides. Cette dernière, arrivée devant l'hôtel, fait une sommation menaçante, accompagnée d'un commencement d'escalade; et le gouverneur, peu sûr du dévouement des Invalides, qui voient de l'autre côté de la grille leurs parents et leurs amis, fait ouvrir cette grille. Les assaillants pénètrent partout, trouvent 28 000 fusils et vingt pièces d'artillerie.
L'autre rassemblement s'est approché de la Bastille. Des parlementaires invitent le gouverneur à retirer ses canons et demande des armes ; on leur répond par une décharge foudroyante. Le peuple indigné commence alors une attaque furieuse, qui dure cinq heures et coûte la vie à une centaine de citoyens, sans compter autant de blessés. Enfin, les assiégeants réussissent ;i placer une batterie devant le pont-levis, qui ne tarde pas à s'abaisser. La foule envahit les cours, ivre de vengeance; elle verse pourtant peu de sang : les Suisses même sont épargnés. Mais on brise les portes des cachots, on délivre les prisonniers; on parcourt nvcc curiosité ces voûtes lugubres, on lit les touchantes inscriptions tracées sur les murailles par les victimes du despotisme. Cette terrible journée, à certains moments, eut l'air d'une fête : les blessés étaient portés en triomphe; on semait leurs brancards de tleurs ; on les ornait de rubans.
De tristes scènes devaient pourtant la terminer. Le
gouverneur, prisonnier à son tour, marchait conduit par une escorte vers l'Hôtel de ville. Pendant le trajet, des forcenés s'emparent de lui, le massacrent et mettent sa tête au bout d'une pique. On trouve dans sa poche un billet de M. de Flesselles, contenant ces mots : « J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses. Tenez bien jusqu'au soir et vous aurez du renfort. » — C'est l'arrêt de mort du dernier prévôt des marchands.
La semaine suivante, sur les ruines de la forteresse dont les sombres remparts et les donjons à cinq étages révélaient la destination en attristant le quartier, on établit un bal public, annoncé par cette inscription : Ici l'on danse. Des ouvriers industrieux vendaient de petits modèles de la Bastille, en bois ou en pierres de ses démolitions. La Fayette envoya à Washington la clef de sa première porte. Les murailles de la Bastille n'avaient pas été démolies par des travailleurs salariés, mais par la population elle-même, hommes, femmes et enfants, obéissant au vœu exprimé dans un grand nombre de Cahiers.
Tandis que ces événements s'accomplissaient à Paris, que se passait-il à Versailles?
Le 9 juillet, l'Assemblée nationale écoutait un travail de Mounier sur la constitution, qui posait les bases d'un gouvernement représentif. Le 11, elle écoutait un projet de déclaration des droits, proposé par La Fayette, qui établissait le principe de la souveraineté du peuple et contenait le germe des principales libertés politiques : deux œuvres remarquables, qui avaient le tort de se produire dans un moment où les méditations devaient faire place à l'action.
Le 12 était un dimanche.
Le 13 se passa en agitations. On envoya au roi une députation pour lui demander le renvoi des troupes, seul moyen de rétablir la tranquillité dans Paris, et