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CHAPITRE VI

Cette éclaircie ne fut pas de longue durée : elle ne pouvait plaire aux hommes qui regardaient la Révolution comme un accident, ou qui maudissaient en elle le renversement de leurs droits légitimes ; ils n'acceptaient pas plus pour alliés ceux qui voulaient borner là le progrès démocratique que ceux qui entendaient le poursuivre : une marche en arrière pouvait seule les contenter.

La lutte redoubla donc d'acharnement.

Journaux et pamphlets pullulèrent du côté des révolutionnaires : le Point du jour, commencé par Barère à l'ouverture des états généraux, le Courrier de Provence par Mirabeau, le Courrier de Bra.ba.nt par Camille Desmoulins, l'Ami du peuple et l'Orateur du peuple par Marat et Fréron, les Révolutions de Paris, le plus répandu de tous les journaux, par Loustalot : (il s'en imprima jusqu'à 200 000 exemplaires).

Du côté des royalistes, l'^lmi du roi par l'abbé Royou, l'Apocalypse, les Actes des Apôtres, le Journal des Halles.

Les écrits de ce parti, qui surpassaient en cynisme

injurieux ceux des révolutionnaires, étaient largement subventionnés par la liste civile; c'est ce que nous apprennent les aveux de deux ministres, Montmorin et Bertrand de Molleville. Ce dernier énumère également ce que coûtèrent à la cassette royale les premières piques et les premiers hurlements des sections et des tribunes; car il s'agissait de dégoûter la Révolution d'elle-même.

Les clubs aussi se multiplièrent et servirent d'aiguillon à l'Assemblée. Beaucoup de ses membres les fréquentaient, du moins ceux de l'opinion avancée, et ils se tenaient ainsi en utile communication avec le sentiment national. Les questions s'y débattaient et arrivaient déjà préparées à la discussion parlementaire. Quelques-uns de ces clubs avaient un but spécial, comme la liberté de la presse, l'abolition du droit d'aînesse, etc. ; d'autres embrassaient tout le champ de la politique. La Société des amis de la Constitution, fondée à Versailles sous le nom de Club breton par des députés de la Bretagne, et qui emprunta celui de Club des Jacobins au local où elle vint siéger à Paris, engendra dans les départements une foule de succursales. Simple locataire dans l'église de l'ancien couvent des Jacobins, rue Saint-Honoré, elle y tenait ses séances sous des voûtes tristes et pauvres, au milieu de vieux tombeaux. C'est là que retentirent des paroles souvent transformées en actes dans les rues de Paris. A mesure que les partis se divisèrent à la Constituante, ils se divisèrent aussi chez les Jacobins : les royalistes constitutionnels allèrent fonder un nouveau cercle, la Société de 1189, dans un très beau local, celui des anciens moines feuillants, qui communiquait directement par des couloirs à la salle de l'Assemblée; le simple nom de club des Feuillants remplaça bientôt l'autre. Mais les départements demeurèrent affiliés aux Jacobins, où la domination passa aux

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hommes les plus actifs, les plus ambitieux, et surtout au plus actif, au plus ambitieux, à Robespierre. A mesure que la vie quittait l'Assemblée, elle relluait aux sociétés populaires, et de préférence aux plus ardentes; vers la fin, beaucoup de Feuillants étaient rentrés à leur bercail primitif des Jacobins.

A l'Assemblée même, les querelles se traduisirent par un langage véhément et par quelques duels entre députés. On s'y groupait en deux camps, désignés par la place qu'ils occupaient à l'égard du fauteuil présidentiel, le côté droit, le côté gauche; cette division se fit dans toute la France, et les mêmes noms ont toulours servi depuis à distinguer deux opinions : celle des adversaires de la Révolution et celle de ses partisans.

Pourtant les idées tout à fait rétrogrades n'osaient guère se produire au sein de l'Assemblée : Duval d'Eprémesnil, ce parlementaire qui avait pris, quelques années auparavant, une attitude si frondeuse, ayant un jour proposé naïvement de retourner à l'ancien régime, ceux-là mêmes qui, au fond du cœur, peut-être, ne le désapprouvaient pas, l'accueillirent avec des éclats de rire. C'était la boutade d'un enfant terrible. Les anciens parlementaires, après avoir les premiers fait appel aux Etats généraux, voyant se constituer une magistrature régulière, produit de l'élection, se jetèrent avec violence dans la voie rétrograde. Ils protestèrent, non seulement contre la dissolution des parlements, mais contre « tous les actes d'une prétendue assemblée, qui abusait de ses pouvoirs et viojait les propriétés de tous genres ». Quelques-unes de ces protestations furent rendues publiques, d'autres tenues secrètes; celle du parlement de Paris demeura entre les mains du président de Rosambo, chez lequel on la trouva en 1793.

Dans l'armée, la dispute régnait entre les officiers,

DE LA FÉDÉRATION A LA FIN DE LA CONSTITUANTE 9o

la plupart gentilshommes, fort irrités contre les réformes, et les soldats, presque tous très dévoués au nouveau régime, peu disposés à supporter des traitements sévères ou humiliants. De là beaucoup de scènes d'insubordination. La plus fameuse et la plus triste est celle qui éclata à Nancy, au mois d'août 1790. Les soldats suisses du régiment de Chateauvieux, croyant avoir à se plaindre de la gestion de leurs intérêts, demandèrent une reddition de comptes qui fut repoussée avec dureté. Ils se révoltèrent et furent cruellement réprimés, vingt-sept pendus, quarante et un condamnés aux galères. Emotion et irritation profonde dans toute la France.

Le décret qui supprimait les titres, les armoiries et les livrées, bien que proposé par des députés de la haute noblesse, avait soulevé plus de mécontentements batailleurs que l'abolition même des privilèges féodaux, dont il était la conséquence : les vanités sont plus irritables encore que les intérêts.

Mais le clergé surtout se montra hostile à l'ordre nouveau. Les curés, suscités par leurs évêques, dont ils colportaient les paroles et les mandements incendiaires, allaient accusant l'Assemblée de vouloir détruire la religion; ils damnaient les acquéreurs des biens de l'Eglise et leur postérité, discréditaient les assignats au nom du Ciel, et prêchaient le refus de l'impôt. Le confessionnal devenait un foyer de conspiration et la chaire une tribune d'insurrection. C'est l'Eglise qui déclara la guerre à la Révolution; et, pour ne laisser aucun doute à cet égard, quand ses efforts et ceux de la noblesse réussirent à soulever nos provinces de l'Ouest, l'armée contre-révolutionnaire prit le nom caractéristique de catholique et royale.

Les agents des princes et de l'émigration sillonnaient le midi de la France; ils y déterminèrent la formation d'une armée soi-disant fédérale, qui établit son quar-

tier général au château de Jalès, dans l'Ardèche; les nouveaux croisés portaient au chapeau le signe des confréries méridionales, et reconnaissaient pour chef un abbé. On parlait déjà hautement de marcher sur Nîmes, et, afin d'attirer les Lyonnais dans le mouvement, on promettait de faire de leur ville la capitale du royaume restauré, destituant Paris d'un titre dont son zèle révolutionnaire l'avait rendu indigne.

A Paris, certaines menées des royalistes firent croire au peuple que l'on organisait à Vincennes une nouvelle Bastille pour les prisonniers politiques. La foule s'y porta et ne vit rien qui justifiât ses craintes. Mais au retour elle apprit qu'un grand nombre d'émigrés rentrés et de gentilshommes , mandés des provinces depuis plusieurs jours, étaient réunis aux Tuileries, où ils avaient été secrètement introduits. La Garde nationale y courut, trouva en effet les appartements remplis de gens déguisés et armés, et les chassa rudement du palais. Ces gens prétendirent qu'ils étaient venus pour défendre la personne du roi menacé : c'était plutôt pour protéger son évasion. On les appela les chevaliers du poignard.

L'évasion était à l'ordre du jour aux Tuileries. Les royalistes comprenaient fort bien que la monarchie de Louis XIV, tombée en quittant Versailles, était prisonnière à Paris. Mais ils s'imaginaient faussement que le roi la retrouverait dès qu'il aurait franchi les barrières de la ville rebelle. Il s'agissait, selon eux, de le conduire jusqu'à la frontière, afin que de là, s'appuyant sur l'étranger, il piit dicter ses volontés et rentrer en maître dans son royaume.

Louis XVI ne se faisait aucune illusion sur les moyens qui seraient nécessaires pour rétablir son pouvoir, et sur la contrainte qu'il faudrait imposer à la nation. « L'esprit du peuple est détestable ; il ne veut plus de roi, » écrivait-ilau comte Alphonse de Durfort,

son envoyé secret auprès de l'empereur d'Allemagne.

Dès le mois d'octobre 1790, le baron de Breteuil, muni de pleins pouvoirs pour traiter avec la cour de Vienne, avait obtenu de celle-ci la promesse d'intervenir, à une condition qui se trouvait presque réalisée : « un commencement de guerre civile ». — « S'il faut brûler Paris, disait-il, on brûlera Paris, et l'on décimera ses habitants : aux grands maux les grands remèdes. » — Louis XVI avait pris soin de mettre d'avance sa conscience en repos, en adressant à son cousin le roi d'Espagne une protestation contre tous les décrets qu'il pourrait signer officiellement. On semblait se résigner « pour endormir l'Assemblée ». Ce mot est dans la correspondance du roi de Suède avec M. de Bouille. La mort de Mirabeau précipita les résolutions de la cour, qui avait compté sur son ascendant pour arrêter le courant révolutionnaire.

La ville de Montmédy, petite place forte à deux lieues du territoire autrichien, fut choisie pour séjour du roi pendant cette expédition. M. de Bouille, qui commandait en Lorraine, avait échelonné des corps de cavalerie sur la route que le fugitif devait parcourir. Le roi de Suède, Gustave III, attendait à Spa des nouvelles de l'évasion.

Le 20 juin, vers minuit, Louis XVI quitta Paris dans une grande berline avec sa famille, tout le monde déguisé. Son départ ne fut connu que le lendemain matin à huit heures. L'Assemblée se réunit aussitôt, manda les ministres, leur prescrivit de continuer l'exercice de leurs fonctions, et déclara que les décrets qu'elle rendrait auraient force de loi, quoique dépourvus de la sanction royale. Elle fit venir l'intendant de la liste civile, entre les mains duquel son maître avait laissé un mémoire explicatif rédigé en termes assez arrogants. Le roi désavouait tout ce qu'il avait fait, révoquait sa signature sur les actes souscrits par lui, s'in- Cap^'Ot, 6

dignait des restrictions mises à son pouvoir, et se plaignait, avec peu de dignité, du mauvais état de ses appartements aux Tuileries et de la modicité d'une liste civile de vingt-cinq millions, chiffre qu'on lui avait permis de fixer lui-même.

Cette lecture n'émut point l'Assemblée, qui envoya le manuscrit royal au comité de constitution, et reprit tranquillement son ordre du jour, après avoir commandé les mesures nécessaires à la sûreté publique. Elle témoigna de son respect des principes en refusant de prendre connaissance d'une lettre personnelle adressée par le roi à son intendant, et d'une autre lettre trouvée par le peuple dans les appartements de la reine. Ordre fut donné de poursuivre les fugitifs, bien qu'on les crût déjà hors d'atteinte, quand la nouvelle arriva de leur arrestation.

Ils avaient été reconnus à Sainte-Menehould, pendant que la voiture changeait de chevaux; et le fils du maître de poste, nommé Drouet, les avait devancés au relai suivant, à Varennes, pour prévenir la municipalité.

Louis XVI essaya d'abord de faire prendre le change aux personnes qui voulaient l'arrêter, mais inutilement. Il compta un moment sur les soldats envoyés par M. de Bouille, et que M. de Bouille avait choisis; mais les soldats abandonnèrent leurs chefs ; il ne se vit entouré que de gardes nationaux à l'attitude menaçante. S-i voiture fut donc retournée et reprit la route de Paris, accompagnée par les flots d'une population courroucée. A Châlons, on rencontra des commissaires de l'Assemblée chargés de protéger le voyage de la famille royale. Les Parisiens accueillirent le roi par un silence sévère.

Interrogé solennellement sur les motifs de sa fuite, il l'expliqua par des subterfuges misérables ; il avait, -dit-il, l'intention de veiller à la frontière sur les menées

de l'étranger; il avait le désir de mieux connaître l'opinion publique, et de prouver à la France et à l'Europe qu'il était libre, afin de donner à la sanction des lois toute l'importance nécessaire. Puis il ajouta que la volonté générale devenant manifeste à ses yeux, il n'hésiterait plus à s'y conformer.

Cette évasion à l'ennemi et cette tentative avortée au milieu de circonstances presque grotesques, cette reprise de possession du trône aux conditions mêmes contre lesquelles il venait de protester, achevèrent de déconsidérer Louis XVI et d'irriter le sentiment général. D'ailleurs, durant l'absence de la royauté, les affaires de l'Etat s'étaient expédiées comme de coutume, la tranquillité avait régné; après un premier mouvement d'émotion, tout le monde s'était rallié autour de l'Assemblée, et les autorités locales, à son exemple, avaient pris des résolutions aussi fermes que sages : on vit combien il était facile de se passer de cette providence gouvernementale; partout on effaça le nom du roi et l'on brisa ses effigies. L'idée de la république entra dans les esprits : elle eût peut-être à ce moment rencontré moins d'obstacles qu'elle n'en rencontra plus tard. « Tous les regards se portaient sur la salle de l'Assemblée, écrit un journaliste du temps : notre roi est là-dedans, disait-on; Louis XVI peut aller où il voudra. »

Cette dictature de quelques jours maintint religieusement toutes les lois du pays, et le calme des représentants de la nation, dans une épreuve qui semblait périlleuse, fit grande sensation en Europe.

Les hommes politiques n'avaient pas désiré l'arrestation de Louis XVI : son retour devait les embarrasser plus que ne l'eût fait son absence. A la frontière, au milieu des ennemis déclarés de la Révolution, il était un danger sans doute; mais à Paris, à la tête des conspirateurs, était-il moins à craindre?- Point de sécurité

pour un pays où le chef du pouvoir exécutif est dans un état permanent de conspiration contre les institutions.

Il ne faut donc pas s'étonner de l'indécision générale qui suivit le retour de Varennes, indécision chez le parti le plus prononcé comme chez le plus réservé. On affecta de présenter la fuite du roi comme un enlèvement, malgré ses propres déclarations ; on proclama inviolable celui qu'on gardait prisonnier à vue, et l'on fit peser sur Bouille et sur les serviteurs secondaires toute la culpabilité.

Mais d'autres impressions régnaient chez la masse populaire : elle s'indignait d'avoir été trompée. L'esprit de ruse, qui se révélait en Louis XVI, lui aliéna les cœurs au point de rendre bientôt intolérables les rapports du roi et de la nation. Le peuple a horreur de la fausseté. Et puis, si l'Assemblée ne faisait que rire des fanfaronnades de M. de Bouille, menaçant de « ne pas laisser pierre sur pierre dans Paris s'il tombait un cheveu de la tète du roi », le peuple, lui, ne riait pas de se voir traiter d'anthropophage, digne du m'épris de Vunivers, et de s'entendre promettre la colère de tous les rois. Le m.ot de déchéance, articulé par la pi'esse et dans les clubs, circulait de bouche en bouche. L'Assemblée se borna à « suspendre l'exercice du pouvoir exécutif dans les mains de Louis XVI jusqu'à son acceptation de la Constitution ».

Il y eut alors dans Paris une explosion de colère. La foule se rendit au Champ de Mars pour y signer, sur l'autel de la Patrie, immense échafaudage demeuré debout après la fête de la Fédération, une pétition pour inviter l'Assemblée à revenir sur son décret, et à proclamer l'abdication de Louis XVI comme une conséquence de sa fuite. Cette pétition fut couverte de signatures. La foule était considérable et bruyante, mais composée principalement de promeneurs avec

leurs familles : c'était un dimanche, jour de désœuvrement. L'Assemblée cependant et la municipalité, trompées sans doute sur le caractère de la réunion, firent battre la générale et arborer aux fenêtres de l'Hôtel de ville le drapeau rouge, le drapeau de la loi martiale. La Garde nationale et la troupe soldée se portèrent au Champ de Mars et y prirent position. Tout à coup, une volée de pierres part du sein d'un groupe, où s'étaient mêlés sans doute quelques-uns de ces vauriens que leurs instincts turbulents ou cupides amènent dans tous les attroupements. La Garde nationale tire en l'air et à poudre pour les effrayer; elle les effraye en effet, sans tuer ni blesser personne. Mais, un moment après, la troupe soldée fait une décharge sur la multitude inoffensive qui garnit lea degrés de l'autel; ils sont inondés de sang. Ni Bailly, maire de Paris, ni Lafayette, commandant de la Garde nationale, n'avaient ordonné le feu. Lafayette au contraire avait poussé son cheval devant la gueule des canons. Cet affreux malheur fut-il le résultat d'un malentendu ou d'un crime? Voulait-on frapper les imaginations? voulait-on renouveler la tragédie de Nancy, comme le dit un témoin oculaire, et compromettre l'armée avec le peuple? Jamais ces mystères ne sont complètement éclairais. Ce qui est certain, c'est que les royalistes ne dissimulaient pas leur désir de voir éclater un conflit où s'évanouirait la popularité du parti intermédiaire ou constitutionnel, et que ce voeu fut cruellement exaucé; car le souvenir du 17 juillet 1791 conduisit Bailly à l'échafaud et Lafayette à l'exil.

Avant cette journée funeste, il régnait déjà dans l'Assemblée beaucoup de lassitude, beaucoup d'ennui ; le public aussi y prenait moins d'intérêt, et ses séances étaient délaissées. La vie avait passé dans les clubs et dans la presse. Les démolisseurs des deux extrêmes

s'efforçaient à l'envi de discréditer la représentation nationale dans l'opinion. On fit circuler un livre injurieux, intitulé : Rendez-nous nos dix-huit francs : c'était le chiffre de l'indemnité quotidienne allouée aux députés; ignobles attaques imitées à une époque plus voisine de nous : on trompe toujours le peuple par les mêmes moyens.

Dès ce moment, il n'y eut plus que confusion : les intrigues se croisèrent, des alliances inattendues se nouèrent et se dénouèrent.

Les meneurs réactionnaires tentèrent un dernier effort, qui réussit en partie, grâce à la terreur jetée par le massacre du Champ de Mars, et grâce à la désunion des esprits : la Constitution devait être soumise à une revision générale, afin de mettre plus d'ordre dans ses articles et de donner une meilleure forme à sa rédaction; un groupe de députés, les uns royalistes constitutionnels, d'autres royalistes purs, voulurent profiter de la circonstance pour y introduire des modifications profondes, toutes favorables au pouvoir monarchique. L'opposition énergique de quelques députés d'une part, et de l'autre les exigences des champions de l'ancien régime firent échouer ce complot parlementaire. Cependant la loi fondamentale ne sortit pas de cette épreuve sans une notable atténuation de ses dispositions démocratiques.

L'acte constitutionnel, terminé le 3 septembre, reçut, dix jours après, la ratification du roi, accompagnée d'une réserve significative : « Je consens que l'expérience seule en demeure juge. » Cette décision avait été prise à la suite de grandes hésitations et de conférences dans lesquelles le diplomate autrichien Kaunitz, par prudence, Malesherbes, l'ami de Louis XVL par dévouement, et Barnave et d'autres constitutionnels, par conviction, avaient été d'accord pour conseiller 'acceptation. Je me suis décidé à rester à Paris, dit

!e roi à la députation de rAssemblée. Puis, dans sa correspondance avec ses frères, qui avaient plus adroi* tement que lui gagné la frontière, il protestait contre sa propre adhésion, et les princes publiaient à l'étranger sa protestation.

Cependant de grandes fêtes eurent lieu, où la joie nationale fut expansive et sincère. Encore une fois on croyait la révolution terminée.

L'Assemblée se hâta d'abandonner la scène politique qu'elle avait glorieusement remplie pendant deux ans, mais où son rôle était fini. Triste couchant après uno ei belle aurore 1

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