CHAPITRE Vlil
CARACTÈRE DE L'aSSEMBLÉE. — SA PHYSIONOMIE. PREMIERS DÉMÊLÉS AVEC LA COUR
La Législative fut une transition entre la grande assemblée qui venait de terminer sa mission révolutionnaire, et la Convention nationale, chargée d'armer la France pour défendre son ouvrage. Elle servit à démontrer l'insufïisance de la constitution et l'incompatibilité d'une royauté dynastique avec le principe nouveau de la souveraineté du peuple.
Au début de l'Assemblée constituante, le parti démocratique, l'extrême gauche, comptait pour si peu, qu'un jour Mirabeau lui cria d'un ton dédaigneux : 0 Silence aux trente voix ! » Mais son accroissement fut rapide, sous le rayonnement de l'opinion publique : c'est lui qui empêcha la revision de devenir une contre-révolution.
A l'Assemblée législative, ce même parti, au lieu d'être une poignée d'hommes, composait la majorité. La pensée réactionnaire n'y était même plus représentée, du moins ouvertement : au côté droit siégeaient des
amis de la monarchie tempérée, acclamant les principes de 4789, et se donnant le nom de constitutionnels ; au côté gauche avait surgi un parti nouveau, sincèrement républicain dans ses aspirations, bien qu'il copiât un peu son républicanisme sur les livres classiques; plein d'ardeur, de courage, de talent et aussi d'orgueil théâtral, le parti girondin, baptisé d'après l'origine de ses membres les plus éminents; mais qui se recruta dans les députations de plusieurs départements. L'Assemblée offrait donc des divisions analogues à celles de la Constituante : mais une évolution complète s'était opérée dans le sens démocratique.
Le centre était peuplé de conservateurs, comme il l'est dans toutes les assemblées, conservateurs de ce qui existe, sans passions politiques ni principes arrêtés; les uns, hommes estimables, courageux même, et très capables d'être des utilités de premier ordre; d'autres, le grand nombre, accessibles à toutes les influences, surtout à celle de la peur, moutons la veille, tigres le lendemain, prêts à s'agenouiller devant le vainqueur et à déchirer le vaincu.
Les électeurs, dans un sentiment de défiance très motivée, avaient repoussé systématiquement quiconque appartenait aux anciennes castes privilégiées; d'autres part, les membres de la Constituante s'étant interdit toute candidature, la France avait dû chercher dans son sein une seconde génération de législateurs et d'orateurs démocrates. Elle la trouva, et l'on ne saurait trop admirer la fécondité de cette teri'e, à peine échauffée par le soleil de la liberté.
L'Assemblée législative comptait dans ses rangs une foule de gens de loi : sur 750 membres, environ 400. C'était presque la seule profession où l'on touchât alors aux affaires publiques. Le reste se composait de savants, d'hommes de lettres et d'officiers d'un çrade modeste : c'étaient Vergniaud, Guadet, Gen-