LA PATRIE EN DANGER
Nous avons signalé la grandeur du débat, si nouveau dans nos habitudes politiques, qui s'éleva au sujet de la déclaration de guerre. Ce débat donna aux partis l'occasion de se dessiner.
Brissot et Robespierre furent les principaux organes des opinions opposées.
Brissot n'était pas l'homme le plus éminent de son parti : Vergniaud comme orateur, Condorcet comme penseur, le primaient incontestablement; mais il avait une grande activité, un zèle de sectaire; il savait manier tous les sujets avec une singulière dextérité; il joua un rôle important sous la Constituante, sans en être membre, et devint sous la Législative une véritable puissance. Son nom servit à désigner tout un parti politique (les Brissotins). « A mesure que je l'ai connu davantage, je l'ai mieux estimé, « dit à son honneur Mme Roland. Grégoire lui accorde un témoignage analogue. Enfin Brissot fut un des premiers en France qui parlèrent de république.
Pétion, son compatriote et son ami, était mieux avoué comme le représentant des Girondins, et devait
cette distinction à sa renommée de probité : c'est la vertu que le peuple estime le plus. Sans talents de premier ordre, Pétion avait parfaitement compris la situation. « Alliance de la bourgeoisie et du peuple, » telle était sa formule. « Réunis, ils ont fait la Révolution, disait-il, leur réunion seule peut la conserver. » Son influence personnelle était &i grande, qu'une lettre dans laquelle il blâmait le bonnet rouge, comme pouvant devenir un signe de division entre les citoyens, ayant été lue à une séance des Jacobins, suffit pour faire rentrer tous les bonnets rouges dans les poches, à commencer par celui du président. Robespierre fut tellement frappé de ce fait, qu'il provoqua aussitôt une condamnation formelle de tout emblème autre que la cocarde tricolore.
C'est la discussion sur la guerre qui fonda la notoriété et la puissance de Robespierre, bien qu'il luttât alors contre le courant national. Les haines et les enthousiasmes dont il était l'objet témoignent que dès lors il avait su prendre dans l'opinion une place considérable. Robespierre déploya dans cette occasion des facultés oratoires très supérieures à celles qu'il avait montrées à l'Assemblée constituante. Ce n'est pas que son débit étudié, sententieux et maussade, fût propre à séduire les esprits; il les étonnait plutôt par le contraste de cette forme glaciale avec l'âpre passion qu'elle recouvrait; mais il les dominait aussi par une dogmatique tranchante, qui, trop souvent, dissimulait la médiocrité de sa pensée. L'étrange té d'une profession de foi religieuse, lancée au mille a du scepticisme girondin, contribua à lui gagner les âmes disposées au mysticisme, et les femmes, sur lesquelles il exerça toujours un remarquable ascendant. D'ailleurs, les mauvais côtés de son caractère s'accusaient déjà : envieux et orgueilleux, défiant, sans cesse attaquant et dénonçant, il en voulait aux hommes tarés, parce