PROJETS EN FAVEUR DE LOUIS XVI
n'évalue pas celles qui protégeaient nos frontières à plus de 93 000 hommes, tandis que l'ennemi en comptait au delà du double.
Paris accueillait par des fêtes les fédérés de la province; il en offrit une aux Bretons, le 26 juillet, sur l'emplacement de la Bastille. Les Marseillais arrivèrent le 30. Ils ne s'étaient pas mis en marche seulement pour combattre les ennemis étrangers : ils venaient, sur l'appel des démocrates parisiens, pour prêter mainforte à la Révolution, a C'était la portion la plus exaltée d'une ville où les passions sont ardentes, » dit un historien, leur compatriote (M. Thiers). Mais, bien loin d'être, comme on a feint de le croire, des échappés du bagne, « c'étaient pour la plupart des hommes d'élite et des militaires expérimentés, s Ce témoignage leur est donné par quelqu'un qui les avait coudoyés à l'assaut des Tuileries, l'honorable M. Moreaude Jonnès >. Leur nombre a d'ailleurs été fort exagéré : il ne s'élevait pas à plus de cinq cents. Les démocrates leur donnèrent un banquet aux Champs-Elysées; mais, le même jour et au même lieu, les royalistes fêtaient les gardes nationaux de la section des filles Saint-Thomas, où leur opinion dominait. Un conflit éclata entre les deux groupes, et le sang coula.
Les esprits étaient alors fort agités par les accusations lancées contre Lafayette à la tribune de l'Assemblée législative, à celle des Jacobins et dans les journaux. Après son malencontreux voyage à Paris, le général s'était mis en rapport avec Luckner pour délivrer le roi de l'oppression à laquelle il le disait livré. Ses lettres et les aveux de Luckner ne laissent aucun doute sur ce projet, qui se trouve, d'ailleurs, développé dans un écrit de Lally-Tolendal ;
1. Aventures de guerre au temps de la République et du Consulat.
« Le roi rétabli dans tout son pouvoir légal;
« Une large et nécessaire extension de ses prérogatives sacrées;
« Une véritable monarchie, un véritable monarque, une véritable liberté;
« La Constitution révisée, abolie en partie, en partie améliorée et rétablie sur une meilleure base;
« L'ancienne noblesse rétablie dans ses anciens privilèges, non pas politiques, mais civils, dépendants de l'opinion, conmie titres, armes, livrées, etc. »
Mais ce plan de contre-révolution faisait encore, aux yeux de la cour, trop de réserves en faveur de la liberté. « Le meilleur conseil à donner à M. de Lafayette, dit le roi, est de servir toujours d'épouvantail aux factieux, en remplissant bien son métier de général. Par là, il s'assurera de plus en plus la confiance de son armée, et pourra s'en servir comme il voudra au besoin. »
Louis XVI n'éprouvait donc pas de répugnance pour un coup d'état militaire; il n'y faisait que cette objection : « La manière me parait impraticable. » Son entourage et lui n'avaient de confiance que dans l'invasion étrangère. Mais ce secours n'était pas sans péril ; « J'ai l'imagination frappée de la rage qui va s'empa« rer de toutes ces tètes perdues à la première ville qui va nous être prise, » disait Lally-Tolendal; inquiétude trop bien fondée, car la prise de Longvvy donna le signal des massacres de septembre.
De toutes parts était demandée la mise en jugement de Lafayette. Les Girondins se prononçaient vivement contre lui. Quelques-uns d'entre eux, cependant, en prévision d'une lutte qui semblait ne pouvoir se terminer que par le triomphe de l'un des partis extrêmes, tentèrent, dit-on, un compromis avec la royauté. Ils conseillèrent à Louis XVI de faire cesser par son influence les hostilités des souverains étrangers, d'ôter