PROJETS EN FAVEUR DE LOUIS XVI
à Lafayette, dépopularisé, le commandement de l'armée, de choisir un ministère patriote, et de regagner, s'il était possible, la confiance publique, en déclarant qu'il n'accepterait aucune augmentation de son pouvoir sans le libre et formel consentement de la nation. Le 26 juillet, Guadet donna lecture d'un projet d'adresse au roi, rédigé par Condorcet, dans lequel étaient exposés en termes sévères les dangers de sa conduite et les justes défiances qu'elle inspirait. On l'invitait, c pour sauver la patrie et sa couronne avec elle, » à rentrer sincèrement dans les voies de la Constitution. Ces avis, venant d'un parti dont les tendances républicaines n'étaient un mystère pour personne, furent, et devaient être, aussi mal accueillis que ceux de Lafayette. Le roi les repoussa durement. Quant aux patriotes ardents, ils repoussèrent aussi le projet de Condorcet, parce qu'ils ne croyaient pas à la sincérité du roi, et que tout arrangement avec lui leur semblait contenir un piège.
La tentative des Girondins révèle leurs inquiétudes sur le dénouement de la crise qui se préparait. Souvent, dans le courant de juillet, raconte Mme Roland, nous causions avec Servan et Barbaroux, et voyant les affaires empirer par la perfidie de la cour et la marche menaçante des étrangers, nous cherchions où pourrait se réfugier la liberté. Barbaroux conseillait la Provence, son pays, dont il peignait l'esprit comme excellent. « Mais, ajoutait-il, j'espère que les Marseillais qui arrivent réussiront, d'accord avec les Parisiens, à réduire la cour, et que la République sortira de là. » Des plans de soulèvement populaire se débattaient dans les conciliabules ; mais les grands meneurs y faisaient défaut : Girondins et Jacobins, tous semblaient se réserver. Robespierre ne parut point à une réunion du comité insurrectionnel, tenu dans sa propre maison. Danton lui-même, l'audacieux Danton, après
avoir prêché aux Cordeliers, de sa voix puissante, n'y retourna plus, ne se montra nulle part; il hésita finalement aussi, et s'abstint de tout rôle actif. Ce sont des inconnus qui prirent la tête du mouvement^ le peuple agit comme par un effort désespéré, pour sortir d'une situation devenue intolérable, pour s'affranchir d'un pouvoir par lequel il se croyait trahi. Ses bandes désordonnées assiégèrent témérairement des troupes aguerries, bien armées et bien retranchées dans une sorte de forteresse : la réflexion eût suggéré plus de prudence, et n'eût peut-être pas réussi.
Les chances, en effet, paraissaient être du côté de la cour. « Loin de craindre une attaque, dit le marquis de Ferrières, elle espérait en profiter pour se rendre maîtresse de Paris. » L'Assemblée n'augurait pas autrement de l'issue du combat; ce qui le témoigne, c'est sa décision dans l'affaire Lafayette : 406 voix contre 224 repoussèrent la mise en accusation du général, qui venait de faire une manifestation si éclatante en faveur de la royauté.
La cour puisa dans ce vote significatif de nouvelles espérances. Elle comptait d'ailleurs sur cinquante mille hommes armés et douze pièces d'artillerie; mais nous verrons combien elle se faisait illusion sur les dévouements.
Une cause d'exaspération plus vive que toutes les autres précipita la catastrophe. Le duc de Brunswick, généralissime de la coalition étrangère, en mettant le pied sur le sol français, lança un manifeste célèbre, qui porte son nom, bien qu'un autre en eût été le rédacteur et que lui-même le déclarât déplorable. On a attribué ce factum à diverses personnes; quelques-uns ont cru y reconnaître la main de Galonné, l'ancien ministre des finances. Quoi qu'il en soit, comme les documents fournis par Mallet-Dupan, le missionnaire de Louis XVI, ont servi de base à ce manifeste, les