LE MANIFESTE DE BRUNSWICK
journaux ne se trompaient guère en disant qu'il venait des Tuileries.
Quoi qu'il en soit aussi, l'auteur de cette pièce connaissait bien peu le tempérament de la nation française.
Après un exposé des griefs de Leurs Majestés d'Autriche et de Prusse contre la France, accusée par elles d'avoir supprimé les droits des princes allemands en Alsace et en Lorraine, d'avoir troublé l'ordre et renversé un gouvernement légitime, le chef des armées combinées annonce aux Français qu'il est chargé de leur rendre le bonheur et la paix, et que, s'ils osent se défendre, « ils seront punis suivant la rigueur du droit de la guerre, et leurs maisons démolies ou brûlées. »
« La ville de Paris et tous ses habitants, sans distinction, seront tenus de se soumettre sur-le-champ au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté, et de lui assurer, ainsi qu'à toutes les personnes royales, l'inviolabilité^et le respect auxquels le droit de la nature et des gens oblige les sujets envers les souverains. Leurs Majestés impériale et royale rendent personnellement responsables de tous les événements, sur leur tête, pour être jugés militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu'il appartiendra; déclarant, en outre, leurs dites Majestés, sur leur foi et parole d'empereur et roi, que si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à Leurs Majestés le roi, la reine et la famille royale, s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à
une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d'attentats aux supplices qu'ils auront mérités. »
Daté du 25 juillet, ce document fut imprimé dès la 28 par les journaux royalistes, qui semblaient ainsi s'en rendre hautement solidaires. La correspondance du père Lanfant, confesseur de Louis XVI, nous apprend, en effet, qu'on l'admirait beaucoup dans le monde où il vivait; on approuvait surtout l'article qui concerne Paris, et lorsqu'on parlait des soldats de la coalition, c'était en disant : nos armées.
Cependant la France se souleva d'indignation à la lecture de cet injurieux défi. Quant aux menaces, nul ne pouvait douter qu'elles fussent sérieuses, puisque la 'ftetite ville de Sierck, ayant résisté à l'avant-garde prussienne, avait été livrée à une exécution militaire.
L'opinion se prononçait avec une vivacité croissante contre Louis XVI, complice de toutes ces attaques. Sa déchéance du trône était réclamée dans les pétitions, dans les groupes de fédérés, dans les feuilles politiques, dans les clubs. Les 48 sections de Paris (une exceptée) résolurent d'en porter le vœu à l'Assemblée.
« Jamais peut-être, dit un historien, unanimité pareille ne se rencontra dans une grande population et dans une affaire difficile et dangereuse. » Une de ces sections (la section Mauconseil) alla jusqu'à déclarer qu'elle ne reconnaissait plus Louis XVI pour roi des Français.
Le conseil de la commune de Paris ne respectait pas davantage la hiérarchie des autorités : il envoyait directement des commissaires au camp de Soissons, sous prétexte de surveiller, dans l'intérêt des familles, le traitement fait aux volontaires nationaux. Des administrations locales prenaient les mêmes allures d'in* dépendance, et s'érigeaient en pouvoirs publics. Un conseil général (celui du Calvados), ne tenant aucun