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LA DEMANDE DE DÉCHÉANCE 1S

compte du veto royal, mettait à exécution les mesures proposées contre les prêtres réfractaires et perturbateurs, en modifiant même ces mesures selon sa convenance. Un autre, celui des Bouches-du-Rhône, arrêtait le versement des fonds dans les caisses de l'Etat, pour les appliquer à solder les volontaires. Cependant il est impossible de ne pas reconnaître, au milieu de tant d'actes irréguliers, une communauté de sentiment et de but qui atteste l'unité de l'impulsion révolutionnaire.

Les sections de Paris avaient chargé Pétion de présenter la demande de déchéance. Cette demande, en passant par la bouche du maire de la capitale, prenait un caractère très-grave. Pétion s'acquitta de sa mission le 3 août. Ce jour même, Louis X'VI dénonçait enfin à l'Assemblée le manifeste de Brunswick, connu déjà de tout le monde depuis cinq jours; et il accompagnait son message officiel de protestations d'attachement à la Constitution, qui étaient accueillies par des murmures ironiques.

L'Assemblée fixa au 9 août suivant, séance du soir, la discussion sur la déchéance. Une section du faubourg Saint-Antoine déclara, sans être improuvée par les autres, que si justice n'était pas faite au peuple à onze heures, à minuit le tocsin sonnerait.

L'Assemblée, cependant, crut devoir ajourner sa décision, en se fondant sur ce que la volonté du peuple ne lui semblait pas encore assez manifeste. Ce fut le signal de l'explosion.

Au milieu de la nuit, nuit claire et belle, les sections s'assemblent; elles nomment chacune trois commissaires chargés de pleins pouvoirs pour sauver la patrie : pas de formule plus précise. Ceux-ci, au nombre de quatre-vingt-deux (aucun des chefs en renom, ni Robespierre, ni Danton, ni Marat), se rendent isolément et sans armes à l'Hôtel de Ville; ils y pénè-

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trent et s'installent dans une pièce voisine de celle où siège le conseil légal de la commune; puis, au son du tocsin, ils se montrent, se font reconnaître, exhibent leurs pouvoirs et s'emparent des fauteuils laissés vacants par le conseil destitué : coup de théâtre unique en son genre. Maîtres de la position , ils commencent par désorganiser la défense des Tuileries, en appelant à l'Hôtel de Ville le commandant de la garde nationale, le marquis de Mandat. C'était un des six chefs de légion qui commandaient à tour de rôle. Mandat croit obéir à l'ancienne municipalité et se trouve en présence de la commune insurrectionnelle ; on lui montre un ordre donné par lui de dissiper, en Vattaquant par derrière, la colonne populaire dirigée vers le château. Mandat est envoyé en prison. Mais le bruit de sa trahison s'est répandu : on le tue sur les marches de l'Hôtel de Ville.

Sa mort ne fut pas connue immédiatement aux Tuileries. On s'y croyait toujours protégé par les dispositions militaires qu'il avait dû prendre. Le château et ses alentours étaient occupés, dit-on (car les relations sur ce point varient beaucoup), par trois régiments suisses, auxquels se mêlaient, sous le même habit rouge, l'ancienne maison du roi, conservée et soldée malgré les décrets de l'Assemblée, par un millier à peu près de gentilshommes dévoués et par plusieurs bataillons de gardes nationaux.

Au point du jour, le roi descend pour passer en revue sa garnison assen.blée. Mais les serviteurs de la cour se livrent à des démonstrations contre-révolutionnaires, qui provoquent les huées des soldats citoyens. Aux cris de vive le roi, ceux-ci répondent vive la nation; ils sortent en grand nombre et vont se joindre à l'insurrection; le roi remonte dans ses appartements très décontenancé. Bientôt arrivent les premières colonnes populaires, les plus impétueuses,

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armées de piques, de broches et de toutes sortes d'outils de fer. Les gros bataillons sont mieux organisés; ils ont des fusils, mais peu de munitions, tandis que chaque Suisse est porteur de quarante cartouches. A l'approche du peuple, la plupart des gardes nationaux restés aux Tuileries déclarent qu'ils ne tireront pas sur leurs frères; les canonniers jettent poudre et boulets sur le pavé.

Vers huit heures du matin, tout le monde était debout. L'insurrection n'avait pas pour seuls éléments, comme on l'a dit, la population des faubourgs : elle avait gagné Paris entier; tous les quartiers et toutes les classes y figuraient. Mais ses éléments les plus redoutables étaient les cinq cents Marseillais, les trois cents Bretons, des fédérés parisiens et un certain nombre d'anciens gardes françaises.

Le Conseil du département, accompagné de son procureur syndic (Rœderer), vient exposer au roi l'imminence du danger auquel l'exposerait un assaut, et l'engage à mettre sa personne en sûreté auprès de l'Assemblée nationale. Refus de la reine avec un geste indigné. Le roi hésite aussi; mais le bruit redouble, la foule s'accroît : il se décide et part, laissant ses défenseurs irrités d'un tel abandon. La famille royale traverse à pied le jardin et la terrasse des Feuillants, et pénètre dans la salle de l'Assemblée, qui Taccueille en silence. Le roi, cependant, trouve une noble parole : a Je suis venu ici, dit-il, pour éviter un grand crime. Je me croirai toujours en sûreté au milieu des représentants de la nation. — Sire, répond le président (c'était Vergniaud), vous pouvez compter sur la fermeté de l'Assemblée. Ses membres ont juré de mourir en soutenant le droit du peuple et des autorités constituées. » On fait entrer Louis XVI et les siens dans une tribune placée derrière le fauteuil du président.

Au départ du roi, bien que les abords des Tuileries

fussent bloqués, les hostilités n'avaient pas commencé. Il était déjà loin, lorsque trois ou quatre cents hommes, sans armes à feu, pénétrèrent dans le vestibule du château. Les Suisses, rangés par étages sur les marches du grand escalier, tirent sur cette masse compacte et l'écrasent.

Mais les vengeui's accourent, les fédérés et les faubourgs, une forêt de baïonnettes. Les cours sont envahies, le palais est près de l'être; les Suisses mettent leur honneur à ne cesser le feu que sur un ordre du roi ; et cet ordre n'arrive qu'après deux heures d'une fusillade entendue de l'Assemblée. Ils se retirent alors par le jardin, en faisant face plusieurs fois à ceux qui les poursuivent. Ils se débandent seulement à la hauteur du grand bassin; les uns sont tués en se défendant, d'autres sauvés par une hospitalité courageuse; ceux qui se réfugient dans l'enceinte de l'Assemblée y trouvent un asile assuré. Les dames de la reine, prisonnières, menacées d'abord, sont épargnées et protégées.

Le roi vient d'assister, de sa loge, à l'agonie de la royauté. On a beau suspendre seulement le pouvoir exécutif et s occuper de l'éducation du Dauphin, comme pour écarter la pensée d'un détrônement définitif, personne ne se trompe sur la véritable portée de l'acte accompli : la monarchie est mortellement frappée par un coup qui d'abord ne semblait pas lui être adressé.

Voilà ce que dit un acteur du 10 août : « Cette bataille, la plus meurtrière de toutes celles de la Révolution livrées sur la place publique, ne fut pas une agression dirigée contre la couronne, contre la monarchie constitutionnelle, contre le roi Louis XVI luimême; ce fut un effort suprême de la population parisienne et des fédérés, de la bourgeoisie et du peuple, pour sauver le pays et la Révolution d'une oligarchie

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