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LE 10 AOUT

qui pactisait avec l'étranger, et qui allait nous faire éprouver le sort de la Pologne. » (Moreau de Jonnès.)

Le même écrivain raconte que, pendant la fusillade, un garde national, riche boulanger, tout en jouant sa partie à ses côtés, lui disait : « C'est un grand péché que de tuer ainsi des chrétiens; mais ceux-là du moins n'ouvriront pas la porte aux Autrichiens. » Ce mot jette d'avance une lumière sur les sombres journées de septembre, dont nous serons obligé de parler tout à l'heure.

Le roi et sa famille ne quittèrent l'Assemblée que pour habiter une prison. Ce fut d'abord l'hôtel du ministre de la justice qu'on leur assigna comme résidence, avec 500 000 livres pour entretien; puis, par des raisons de sûreté, le donjon du Temple, reste de l'ancienne demeure des Templiers (rasé depuis cette époque).

On décida, dans la même séance, que les décrets auxquels le roi avait refusé sa sanction auraient néanmoins force de loi ; que des commissaires seraient envoyés aux armées pour faire connaître aux défenseurs de la patrie les changements survenus dans l'ordre politique, et recevoir leur nouveau serment; et qu'un ministère serait choisi par l'Assemblée elle-même, hors de son sein. Roland, Servan, Clavière reparurent; Danton s'imposa comme un tribun que le peuple voulait voir dans le gouvernement; il reçut le ministère de la justice. « J'entre au pouvoir par la brèche des Tuileries, > dit-il.

Les commissaires désignés pour se rendre auprès de l'armée du Rhin, Carnot, Prieur (de la Côte-d'Or) et Coustard, réussirent dans leur mission : les généraux Biron et Custine, chefs de cette armée, reconnurent le pouvoir de l'Assemblée. Lafayette, au contraire, fit arrêter Kersaint, Antonelle et Péraldy, envoyés auprès de lui, et prolesta contre la révolution

du 10 août. Il tenta d'organiser contre elle une résistance, en s'appuyant sur les autorités municipales et départementales du pays qu'il occupait. Mais au lieu du cri de vive Lafayette, auquel il était accoutumé, ses soldats l'accueillirent par celui de vive l'Assemblée nationale. Décrété d'accusation, il passa la frontière, non pour se joindre aux émigrés, mais pour gagner la Hollande, et de là les Etats-Unis. Les Autrichiens, comme s'ils avaient voulu mettre sa renommée de patriote hors de tout soupçon, s'emparèrent de lui et le traînèrent de cachots en cachots jusqu'à l'époque où la République française, devenue assez calme pour rendre justice, réclama en lui une des premières gloires de la liberté,

L'Assemblée législative ne s'était pas cru le droit de statuer définitivement sur la monarchie et sur le sort du monarque . le même décret qui suspendait l'autorité dans les mains de Louis XVI invitait le peuple à déléguer tous ses pouvoirs à une Convention nationale chargée de le juger. La future Assemblée devait être, comme la précédente, le produit d'une élection à deux degrés, et toujours faite au scrutin de liste; mais, afin de rendre le suffrage universel, on abolit la distinction de citoyen actif et non actif, qui avait soulevé tant de réclamations : tout Français put voter à vingt et un ans, être élu à vingt-cinq. Les assemblées primaires furent convoquées pour le 26 août.

A dater du 10 août, le mouvement révolutionnaire domine, entraîne, efface tout. Un des derniers actes de la Législative doit pourtant être mentionné : c'est celui qui conféra les droits de citoyens français à d'illustres étrangers, comme une récompense des services rendus par eux à la cause de la liberté universelle. Sur cette liste d'honneur brillent les noms de Washington et Kosciuszko, les héros de l'indépendance eu Amérique et en Pologne; ceux de Wilbei'force

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