LE 10 AOUT
et Clarckson, apôtres philanthropes de l'abolition de l'esclavage; ceux de Klopstock et Schiller, les poètes nationaux de l'Allemagne; ceux du savant Priestley, du publiciste Thomas Payne, du jurisconsulte Bentham, d'Anacharsis Clootz, l'orateur du genre humain, de Campe et Pestalozzi,le3 instituteurs de la jeunesse. Ce décret, rendu le 26 août, au moment même où les armées de la coalition envahissaient nos frontières, montre que notre seconde Assemblée nationale n'avait pas compris moins bien que la première le vrai génie de la Révolution française. Et les électeurs de Paris, répondant à sa pensée, nommèrent aussitôt membres de la Convention plusieurs de leurs nouveaux concitoyens. Robespierre fut assez mal inspiré pour combattre la candidature de Priestley et pour lui préférer celle de Marat.
Le 30 août, sur la proposition d'Aubert Dubayet, l'Assemblée législative reconnut le principe du divorce, et, sur celle de Grangeneuve, elle chargea un comité d'étudier la question de l'adoption.
A part ces quelques actes, qui rappellent, par leur caractère, les beaux temps de la Constituante, les jours qui s'écoulèrent entre le 10 août et la clôture de l'Assemblée furent remplis par des luttes incessantes contre l'envahissement de la commune insurrectionnelle dans le domaine du gouvernement. La commune s'efforçait de conserver le pouvoir qu'elle avait exercé pendant l'action. Son rôle n'était pas, elle le sentait bien, d'administrer la cité, mais d'y entretenir le brasier révolutionnaire : elle siégeait en armes, en permanence et en public; le président, quelquefois, consultait les tribunes et les faisait voter; une menace de soulèvement dans Paris appuyait chaque exigence de l'Hôtel de ville; l'Hôtel de ville prétendait étendre son autorité sur les départements, et dans l'Hôtel de ville même chacun affectait de se conduire en
dictateur. C'était un modèle de tyrannie anarchique.
L'Assemblée législative tenta vainement de former un nouveau Directoire pour le département, puis de modifier le personnel de la municipalité par une élection régulière. Soumise tour à tour à des influences diverses, il lui fallut revenir sur ses propres décisions. Cependant, elle résista au projet d'instituer une Cour martiale, exceptionnelle, pour juger les crimes du 10 août; elle résista aussi lorsque Robespierre, à la tête d'une députation de la commune, vint réclamer contre les lenteurs du double degré de juridiction établi par la loi. Enfin, après avoir repoussé la création d'une haute Cour choisie par les sections de Paris et parles fédérés, elle enleva au Tribunal criminel, que les révolutionnaires tenaient en suspicion, la connaissance des faits du 10 août, et décida que d'autres juges seraient nommés, selon le mode électif à deux degrés prescrit par la Constitution. Cela se passait le 17, et le nouveau Tribunal entra immédiatement en fonctions. Ce n'est pas encore le fameux Tribunal révolutionnaire; c'en est un avant-goût : il prononça de nombreuses condamnations.
Mais cette situation pénible devait se terminer autrement que par l'action de la justice.