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CHAPITRE XII

INVASION DES ETRANGERS. — MASSACRES DE SEPTEMBRE. VICTOIRE DE VALMY. — FIN DE L'ASSEMBLÉE LÉGIS- LATIVE.

Le 26 août 1792, à l'ouverture de la séance du soir, le ministre de la guerre communiqua une lettre du maréclial Luckner, qui annonçait la capitulation de Longwy : la garnison, encore en état de se défendre, avait cédé aux sollicitations d'une bourgeoisie effarée. Cette nouvelle fut accueillie ' avec indignation; TAssemblée décréta que les habitants de la ville seraient privés pendant dix ans des droits de citoyens français, et que leurs maisons seraient détruites aussitôt que la nation en aurait chassé l'ennemi. Elle décréta la peine de mort contre quiconque, dans une place assiégée, parlerait de se rendre. On vota une levée de trente mille hommes dans Paris et les départements voisins, et Ton fit distribuer aux frontières les fusils de l'intérieur. Une émulation de patriotisme s'empara de tout le monde : la garde nationale parisienne offrit vingt-quatre pièces de canon et des artilleurs pour les servir; chaque section se mit en quête des hommes en état de marcher et les pressa de s'engager, fournissant au besoin leur équipement. La moyenne des départs, en septembre, fut de dix-huit cents volontaires

par jour. Les femmes se réunissaient dans les églises pour y travailler aux effets de campement.

Les offrandes affluaient : tel amenait son cheval ou sa voiture, tel autre donnait des vêtements; un soldat venait déposer une partie de sa paj'e^ un écolier le montant de ses prix; des bijoux de femme, apportés en abondance, dénotaient par leur simplicité une origine démocratique. Le président Vergniaud proposa que l'Assemblée nationale, « dans ce moment plutôt un grand comité militaire qu'un Corps législatif, » envoyât des commissaires au camp, non pour exhorter les citoyens à travailler, mais pour donner l'exemple en piochant eux-mêmes.

Les sections et la commune renchérirent encore sur ces résolutions : elles doublèrent le contingent de Paris, et le portèrent à soixante mille hommes; elles ordonnèrent de convertir le fer des grilles en piques, le bronze des statues en canons, et jusqu'au plomb des cercueils en balles.

Mais, au milieu de ces généreux élancements, vient s'enregistrer l'acte le plus détestable; un acte dont les ennemis de la Révolution ont cent fois évoqué le souvenir pour calomnier ses principes : le massacre des prisonniers au 2 septembre.

Quiconque a tant soit peu étudié la nature humaine et l'histoire s'explique sans peine les fureurs du peuple en ce fatal moment. Les revers de la France, que l'on attribuait à des trahisons, la joie du parti royaliste à l'annonce de ces malheurs, et l'imminence des dangers publics, avaient jeté les âmes dans un accès de fièvre. Il existe, d'ailleurs, dans les recoins de la société la plus saine et la mieux organisée, certains groupes qui demeurent étrangers au progrès, qui conservent les mœurs de l'état barbare, et qui n'apparaissent que pour assouvir leurs mauvais iastincts à la faveur du désordre.

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