INVASION DES ÉTRANGERS
D'imttienses responsabilités pèsent néanmoins sur la tête de quelques hommes : les discours, le journal, les placards de Marat ne cessaient de provoquer aux meurtres. Les fougueuses excitations de Danton avant le massacre, son inaction volontaire pendant qu'il s'exécutait, prouvent qu'au moins il ne condamnait pas les égorgeurs. Quant à Robespierre, s'il n'avait pris aucune part au combat incertain du 10 août, il reparut aussitôt après pour solliciter des rigueurs contre les vaincus. Il attaqua les Girondins, l'Assemblée, les ministres, et proposa à la commune de remettre au peuple le pouvoir. C'est le !«■• septembre qu'il tenait ce langage : le sang coula le lendemain. On ne saurait accuser personnellement Robespierre d'y avoir contribué, mais « il laissa tout faire »; c'est l'expression de Louis Blanc, son panégyriste.
Une fête en l'honneur des morts du 10 août avait été célébrée le 27, fête lugubre, propre à inspirer des sentiments de haine et de vengeancCc La commune y présidait.
Le 28, Danton vint à la barre de l'Assemblée, comme ministre de la justice, demander l'autorisation de faire faire des visites domiciliaires pour arrêter les gens suspects, s'emparer de leurs armes et relever le nombre des chevaux et des chariots qui pourraient servir à la guerre : « Tout appartient à la patrie, dit-il, quand la patrie est en danger. »
Ces mesures, justifiées peut-être par une situation qui semblait désespérée, furent mises à exécution dans la nuitdu 29 au 30. Elles eurent des conséquences funestes.
A l'heure du sommeil, les rues, tout à coup, sont cernées et les maisons envahies au nom de la loi. La ville entière est frappée de stupeur. Des hommes armés protègent les perquisitions, souvent suivies d'arrestations; nul moyen de s'y soustraire : les barrières sont fermées, la Seine même est gardée. Bien-
16i LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
tôt, près de trois mille prisonniers encombrent les lieux de détention, comme si l'on eût voulu y faire un approvisionnement de victimes. C'est un pêle-mêle : des émigrés rentrés pour servir la contre-révolution, des prêtres réfractaires, des hommes que leur position, leurs rapports de famille et d'amitié, quelques imprudences peut-être, ont désignés aux soupçons. Beaucoup furent mis en liberté le lendemain sans jugement. Mais il n'en resta que trop.
Soudain, le bruit se répand que ces malheureux profitent de leur réunion pour conspirer; qu'aussitôt après le départ des volontaires, les cachots s'ouvriront; que Paris, ce foyer de la Révolution, sera livré à l'ennemi; on assure avoir entendu les prisonniers du Châtelet crier : « Vive les Autrichiens! vive Condèîà. bas la nation!» Les nouvelles des frontières deviennent d'ailleurs à chaque instant plus désolantes : Thionville et 'Verdun sont assiégés ; Verdun même, dit-on, est déjà au pouvoir des coalisés; ceuxci touchent à Châlons, s'avancent à marches forcées vers Paris; des députations de royalistes, le drapeau blanc déployé, sont allées au-devant des Prussiens. Ces rumeurs exaltent les imaginations : elles enfantent des soldats, elles suscitent aussi des meurtriers.
« Citoyens, crie la commune dans une adresse proclamée à son de trompe, l'ennemi est aux portes de Paris; qu'aujourd'hui même, à l'instant, tous les amis de la liberté se rangent sous les drapeaux; allons nous réunir au Champ de Mars; qu'une armée de soixante mille hommes se forme sans délai ; et marchons aussitôt à l'ennemi, ou pour succomber sous ses coups, ou pour l'exterminer sous les nôtres. »
Le corps municipal annonce à l'Assemblée que, par ses ordres, le tocsin va sonner, et que le canon d'alarme sera tiré pour inviter les citoyens à la réunion du Champ de Mars.