MASSACRES DE SEPTEMBRE
Danton ajoute : « Le tocsin que vous allez entendre n'est point un signal d'alarme; c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. »
Mais quels ennemis entend désigner Danton ? Il l'a dit : ♦ Il faut faire peur aux royalistes! i
On tua dans les prisons : pendant deux jours à l'Abbaye, pendant quatre jours à Bicêtre.
a Qu'il ne reste pas derrière nous, à Paris, un seul de nos ennemis vivant pour se réjouir de nos revers et frapper en notre absence nos femmes et nos enfants! » Cet appel sanglant avait retenti.
Les armes destinées à combattre l'étranger auraientelles donc servi d'abord à cette sanguinaire précaution? Peur engendre férocité! mais cette supposition perd toute vraisemblance devant le très petit nombre des bourre lUx. Ceux-ci, au contraire, agissaient-ils par ordre, ministres d'un calcul imaginé pour sauver la révolution par la terreur, imaginé peut-être aussi pour la perdre par ses excès? Il y a des hommes qui se croient de grands politiques, parce qu'ils savent violer les lois de la justice et de l'humanité. Quel que soit le motif du forfait, qu'il soit voué à l'exécration publique!
Les assassins n'étaient pas quinze à l'Abbaye, dit Mme Roland, qui eut l'occasion de se renseigner pendant qu'elle attendait la mort dans cette prison. On ne peut guère évaluer à plus de deux cents en totalité ceux qui prirent part à ces affreuses expéditions. Ils se multiplièrent en se transportant d'un lieu à l'autre, et gagnèrent bien leur détestable salaire, les malheureux, car on estime à onze cents le chiffre des victimes. Les détenus politiques en formaient un tiers à peine; il y avait beaucoup de voleurs au Châtelet, soixante forçats aux Bernardins, des malades et des
pauvres à Bicêtre et à la Salpétrière. Rien de honteux comme Taveuglement de ces tueurs, si ce n'est peutêtre la stupidité de quelques spectateurs ahuris qui les contemplaient à l'ouvrage.
Comme par dérision, mais plutôt encore par un besoin de rendre hommage à l'ordre, même dans la perpétration du crime, on avait entouré la sanglante besogne d'un simulacre de justice. Les égorgeurs avaient improvisé au greffe de l'Abbaye un semblant de tribunal. Les registres d'écrou étaient consulté -; on interrogeait sommairement les détenus ; et ces juges dupeuple, comme ils s'intitulaient, prononçaient des condamnations et des acquittements. Oui, des acquittements : il y en eut plus de quatre-vingts aux prisons du Châtelet et de l'Abbaye ; il y en eut même au profit de certains hommes qui s'avouaient hautement royalistes. Et lorsqu'un accusé était proclamé non coupable, les bourreaux témoignaient leur joie et le conduisaient en triomphe loin du champ de carnage.
Parmi ces singuliers magistrats figurait comme président l'huissier Maillard, un héros du siège de la Bastille, celui qui avait mené les femmes à Versailles, le 5 octobre 1789 ; il y avait aussi le journaliste Hébert, le fameux père Duchène, qui plus tard donna son nom à une secte politique; — parmi leurs victimes, la princesse de Lamballe, parente et confidente de la reine, égorgée à la Force, — parmi les acquittés, l'abbé Sicard, instituteur des sourds-muets, et Journiac de Saint-Méard, rédacteur des Actes des Apôtres, feuille dévote et monarchique.
Une réaction des sentiments d'humanité suivit de près ces abominables scènes : la France protesta contre une souillure de sa noble Révolution. L'armée protesta en repoussant, en sabrant même un des assassins qui avait osé prendre place dans ses rangs; et plusieurs des hommes que l'histoire accuse d'avoir