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MASSACRES DE SEPTEMBRE

provoqué le crime en témoignèrent leur douleur.

La victoire remportée par le peuple au 10 août ne demandait pas cet odieux complément : la Révolution avait atteint son but en décourageant ses ennemis, en relevant l'esprit national et en suprimant toute action de Louis XVI dans les affaires publiques.

Elle avait aussi changé plusieurs généraux devenus suspects à leurs soldats : Luckner fut remplacé par Kellerman, Lafayette par Dumouriez. Celuici n'était aimé, ni même estimé d'aucun parti; et cependant tout le monde le désigna, comme si l'on eût deviné en lui l'homme de la situation : à un âge avancé déjà, il possédait les vives qualités de la jeunesse, jointes à l'expérience de la guerre; et le choix dont on l'honora semble l'avoir élevé à ses propres yeux, assez pour le faire sortir de sa sphère habituelle d'intrigues. Accueilli d'abord avec froideur par une armée que l'abandon de son chef laissait frappée de stupeur, il sut bientôt la séduire par sa pétulance spirituelle, et lui inspirer confiance dans ses talents. Kellermann aussi justifia la flatteuse promotion dont il était l'objet, par un fait militaire unique dans sa vie.

Il y avait eu beaucoup de temps perdu de notre côté; heureusement les coalisés n'en perdirent pas moins. Les émigrés leur avaient promis un triomphe presque sans combat : la trahison des uns, le mécontentement des autres devaient leur ouvrir les portes de la France. « Ce n'est qu'une promenade militaire, » avait-on dit. Et ils s'étaient mis en route d'un pas de promenade, persuadés que les populations allaient apporter les clefs des villes à l'armée libératrice, et semer des fleurs sur son passage. Le vieux généralissime Brunswick ne semble pas avoir partagé cette extrême sécurité. Il procédait avec prudence, et calmait de son mieux les sanguines impatiences du roi Guillaume. Partis de

Coblentz le 31 juillet, les Prussiens arrivèrent (devant Longwy le 19 août, moins de 40 lieues en vingt jours ; et Longwy capitula après un bombardement insignifiant. Ils se dirigèrent alors sur Verdun avec la même lenteur, et investirent cette place le 31 août. Ici, comme à Longwy, frayeur des habitants et faiblesse du conseil de défense. Le courageux Beaurepaire, chef du bataillon des volontaires de Maine-et-Loire, voyant ce conseil, dont Fautorité dépassait la sienne, résolu à rendre la place, se brûla la cervelle. L'Assemblée nationale décida que son corps serait déposé au Panthéon, parmi ceux des grands hommes.

Partout où les coalisés triomphaient, ils désarmaient les milices civiques, chassaient les prêtres constitutionnels, les remplaçaient par des réfractaires qui suivaient en foule leur armée, et réintégraient les moines dans les biens dont la Révolution les avait dépossédés. A peine entrés à Verdun, ils rétablirent sur son siège l'ancien évêque insermenté.

La France ne pouvait plus avoir de doute sur ce qu'on lui apportait : un retour complet à l'ancien régime ou le démembrement.

Pour déboucher dans les plaines de la Champagne et marcher sur Paris, les Prussiens devaient passer par la forêt de l'Argonne, contrée accidentée, coupée de bois et de montagnes, de cours d'eau et de marais, treize lieues (^'étendue. Cinq défilés la traversent. « Voilà les Thermopyles; si j'y arrive avant les Prussiens, tout est sauvé, s'écria Dumouriez; » et, dans un accès d'humeur gasconne, il écrivit à l'Assemblée : a Je serai plus heureux que Léonidas. »

Par une feinte adroite et audacieuse, en effet, il occupa le premier les passages de l'Argonne; mais, ses forces étant peu considérables (25 000 hommes à peine contre 70 000), il av6.it cru pouvoir négliger un de ces passages, la Croix-au-Bois. Le général autrichien Clair-

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