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CHAPITRE YI

Après la crise du 31 mai et du 2 juin 1793, la Convention se remit au travail législatif, et déploya bientôt une extraordinaire activité. Elle renouvela d'abord tous ses comités, hormis celui de salut public, pouvoir exécutif, chargé de veiller à la sécurité du pays pendant qu'elle-même allait développer des institutions conservatrices. C'est un phénomène qui s'est reproduit, dans la vie de cette assemblée, à la suite de chaque convulsion politique : dès qu'il lui était permis de respirer , elle reprenait avec courage son oeuvre d'avenir, traduisant en lois et en établissements d'utilité générale les principes établis depuis 89.

Son premier soin fut de hâter la rédaction d'un code civil en harmonie avec les idées républicaines. Le 9 août, Cambacérès déposa sur le bureau un projet dont la discussion fut aussitôt mise à l'ordre du jour.

Ici se rencontre une nouvelle preuve de cette unité de la Révolution que nous avons affirmée tant de fois. Le travail de la Convention est un développement, souvent une simple continuation de ceux des deux assemblées précédentes. Constitutionnels, Girondins, Montagnards, ces frères ennemis, ont collaboré aux

mêmes articles et dans le même esprit; ils nous ont donné les dispositions légales qui règlent aujourd'hui nos intérêts de famille. Au milieu des tempêtes, le sentiment du droit et la calme raison dictaient des lois pour la société future.

La Convention, présidée successivement par Hérault de Séchelles, Robespierre, Billaud-Varennes, consacra soixante séances à voter les dispositions générales du Code civil, les titres relatifs à l'état des personnes, au mariage, aux enfants, à l'adoption, à la tutelle. Et dans ce même temps elle était obligée de bombarder les insurgés de Lyon et de Toulon, elle perdait et reprenait les lignes de Wissembourg, elle livrait la bataille d'Hondschoote et celle de Wattignies, elle luttait contre la Vendée, faisait le procès des Girondins, établissait le gouvernement révolutionnaire. Si le dénombrement de ses œuvres d'utilité publique a quelque droit de nous toucher, notre émotion doit redoubler à la pensée des orages au milieu desquels ces œuvres se sont accomplies, orages qui remettaient sans cesse en question l'existence même de la patrie. Une recrudescence de labeur dans ce qu'on nomme les affaires avait suivi la chute des Girondins et suivit celle des Montagnards. Aussi, beaucoup des travaux de la Convention sont-ils postérieurs au 9 thermidor. Mais il serait injuste de les attribuer seulement aux vainqueurs : malgré leurs dissentiments et leurs luttes, tous les partis y avaient contribué, parce que tous étaient d'accord sur le but, et animés d'une même ardeur pour consolider la République. L'équité veut donc que l'on ne prive pas les vaincus de leur part dans la reconnaissance du pays.

Moins de huit jours après le dépôt du projet de Code civil, Cambon, le financier de la Révolution, apporta le grand-livre de la dette publique, création aussi simple qu'habile, aussi féconde en résultats pour le

crédit de la France que pour sa politique. Les créanciers de l'ancienne monarchie et ceux de la Révolution, les possesseurs d'obligations de tout genre et de toute origine, inscrits sur ce livre au même titre, étaient également intéressés au maintien de l'ordre nouveau. Cambon avait-il tort de dire que son opération rèpu' blicanisait la dette ?

Cambon fit aussi décréter la mesure hardie d'un emprunt d'un milliard en assignats, remboursables en biens nationaux. C'était faciliter la vente de ces biens, et ramener au Trésor une quantité de papier-monnaie pour le détruire. La Révolution a certainement fait abus de l'assignat, qui d'ailleurs avait un gage sérieux ; mais certainement aussi, sans l'assignat, elle n'eût pas accompli ses prodiges.

Le soin des pauvres tient une place importante dans l'histoire de ce temps. L'Assemblée constituante, par sa loi du 25 mai 1791, en avait chargé, pour Paris, la municipalité de cette ville, et la terrible Commune elle-même ne se montra pas infidèle à son devoir : on lui doit la réunion du palais de l'archevêché à l'Hôtel- Dieu, qui permit d'affecter un lit à chaque malade; jusque-là on les avait entassés par groupes de quatre, et même de six, sur un seul matelas. C'est le Directoire qui institua les bureaux de bienfaisance tels qu'ils existent encore aujourd'hui. Nous avons mentionné le rapport de Barère à la Convention sur l'extinction du paupérisme, rapport à la suite duquel fut adopté un système de secours à domicile. « Les malheureux sont les puissances de la terre, avait dit le Comité de salut public; ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. »

Mais aucun des comités de la Convention ne fonctionna avec plus d'ardeur que le Comité d'instruction publique : il se sentait responsable envers l'avenir. Nous avons parlé avec quelque détail du plan général

de Condorcet. Un autre conventionnel, Lanthénas, en détacha la partie relative à l'organisation des écoles primaires, pour la formuler en une loi qui établissait la liberté de l'enseignement et l'instruction obligatoire. II voulait imposer, en outre, comme un devoir aux jeunes gens que n'occupe point le travail de la terre, l'apprentissage d'une science, d'un art ou d'un métier utiles à la société.

L'instruction secondaire ne fut pas ncgligîe. La commission chargée de préparer un projet de loi sur ce sujet, choisit pour son rapporteur un homme qui avait appartenu au corps enseignant sous l'ancien régime, comme membre de la congrégation de l'Oratoire, et qui joignait une haute expérience à l'intelligence des besoins nouveaux. Le plan présenté par Daunou comprenait trois divisions : lettres et arts, sciences physiques et mathématiques, sciences morales. C'était un progrès notable sur les anciennes études, presque exclusivement confinées dans les langues classiques.

Au lieu des collèges on organisa les E'co/escenfra/es, qui ne recevaient que des externes. Ces écoles n'ont pas subsisté assez longtemps pour que Ton puisse apprécier leurs avantages et leurs défauts. Quand Bona. parte eut usurpé le pouvoir , il se hâta de rétablir dans ses lycées l'internat, plus commode pour habituer la jeunesse au régime disciplinaire.

L'un des plus actifs collaborateurs de Daunou dans la rédaction de cette loi, Joseph Lakanal, fut à son tour le rapporteur d'une autre loi qui n'avait pas moins d'importance , celle qui créa les Ecoles normales. « Dans ces écoles, dit-il, ce n'est pas les sciences qu'on enseignera, mais l'art de les enseigner. » Les élèves admis à suivre les cours devaient en effet posséder déjà une instruction complète. L'école ouverte à Paris eut pour professeurs les hommes les plus illustres dans toutes les branches des connaissances hu-

maines : Laplace, Lagrange, Volney, Bcrthollet, etc.

L'Ecole polytechnique, nommée d'abord Ecole centrale des travaux publics, sortit de l'initiative du Comité de gouvernement, où Carnot et Prieur avaient eu souvent l'occasion de constater la pénurie des jeunes capacités dans les services civils et militaires. Cette école inaugura l'application des études scientifiques aux besoins de l'Etat. On l'avait rendue abordable à tous par un traitement de douze cents francs alloué aux élèves, qui n'étaient point casernes. Eux aussi eurent de savants maîtres : Monge, Prony, "Vauquelin, Fourcroy et tant d'autres.

Le Comité d'instruction publique embrassait, dans ses treize sections, toutes les parties de l'éducation physique et morale; et aussi l'enseignement des aveugles et des sourds-muets. Jusqu'alors les fondations consacrées à ces jeunes infirmes n'avaient été soutenues que par la charité privée : elles devinrent des établissements nationaux, dirigés l'un par Valentin Haûy, qui avait créé , sous les auspices de la société philanthropique, en 1784, une maison pour les aveugles; l'autre par Sicard , le successeur du célèbre abbé de l'Epée; ces deux hommes appartenaient, par leur robe ecclésiastique et par leurs opinions, à l'ancien régime.

Que d'établissements divers ont dû leur existence, leur résurrection ou leur transformation aux soins de ce comité ! La nonchalance eût d'ailleurs été difficile, aiguillonné comme il l'était par l'infatigable comité de salut public :

Cinq Ecoles de navigation, ajoutées aux trente-quatre de 1791; VEcole du génie transférée à Metz, celle d'artillerie à Châlons-sur-Marne, toutes deux reconstituées; VEcole des géographes, VEcole des mines^ VEcole spéciale des langues orientales, fondée dans les intérêts de la politique extérieure et du commerce. Cailvot. 15

L'industrie, la grande activité de l'époque moderne, eut son école dans le Conservatoire des arts et métiers. On y facilita l'enseignement pratique en réunissant un choix de modèles, de machines, d'instruments et d'outils. Cette création fut provoquée par les comités réunis de l'agriculture, des arts et de l'instruction publique, ayant pour rapporteur Grégoire. Un peu plus tard, sous le Directoire, eut lieu, au champ de Mars, la première exposition des produits de l'industrie, initiative qui appartient encore à la Révolution.

L'enseignement officiel de la médecine fut réorganisé. II en était besoin, au dire de Fourcroy, qui déclare dans un rapport que sur dix-huit facultés existant en France, la moitié n'avaient plus qu'un vain no'/n. Trois écoles de santé furent fondées à Paris, à Strasbourg et à Montpellier; celle de Paris acquit immédiatement une grande renommée par les cours de Chaussier, Dubois, Corvisart, Halle, Pelletan, Pinel.

Les Ecoles vétérinaires d'Alfort et de Lyon furent améliorées, leurs professeurs et leurs élèves exemptés du recrutement.

Le Jardin du roi existait avant la Révolution. BuffonI y avait fondé trois chaires; la Convention, par son de cret du 10 juin 1793, en établit douze, pour « l'enseignement de l'histoire naturelle dans toute son étendue,^ particulièrement pour l'avancement de lagriculture et des arts, « la pratique à côté de la science. Ces chairesl furent occupées par Daubenton, Lamark, de Jussieu,j Thouin, Geoffroy Saint-Hilaire. Il n'y avait pas do collection d'animaux vivants : on créa la ménagerie. AinsîJ constitués, le Muséum d'histoire naturelle et le Jardin des Plantes formèrent un établissement que l'Europe nous envie, et qu'elle nous envierait davantage si les projets d'agrandissement décidés par le comité

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de salut public n'avaient pas été arrêtés sous le Consulat. Lakanal en fut encore le principal promoteur.

Il existait aussi, avant la Révolution, une Ecole de musique de la garde parisienne et une Ecole de chant et de déclamation .De ces deux embryons on ht naître le Conservatoire de musique, dirigé par Gossec, Méhul, Grétry, Lesueur, Cherubini.

Le Cabinet du roi à Versailles était une admirable collection d'œuvres d'art, appartenant à la France, mais dont la France ne jouissait pas. Pour la première fois, en 1793, la France fut mise en possession de ces richesses, dont les galeries du Louvre devinrent le dépôt central; le public put y former son goût, en même temps que les artistes y trouvèrent des modèles pour le perfectionnement de leurs talents.

La galerie Médicis fut ramenée de Versailles au Palais du Luxembourg, pour lequel Rubens l'avait peinte.

A côté du musée des arts s'éleva un musée historique, celui des Monuments français, idée toute nouvelle. La Convention ayant défendu, soit de détruire les monuments, soit de les mutiler, sous prétexte d'en effacer les signes de la monarchie ou de la féodalité, un artiste archéologue, M. Lenoir, obtint les fonds nécessaires pour rassembler dans le couvent désert des Petits-Augustins une riche collection de nos antiquités nationales.

Une autre collection intéressante, celle des armes et armures de toutes les époques, forma le Musée d'artillerie.

C'est ici l'occasion de donner un éclaircissement à ceux qui parlent du vandalisme révolutionnaire. Oui, sans doute, la haine qu'inspirait l'ancien régime a fait anéantir des documents historiques et de précieux monuments. Mais, outre que le nombre de ces actes déplorables a été fort exagéré (beaucoup d'objets que

l'on croyait détruits s'étant retrouvés plus tard), la rancune et l'ignorance ont accusé l'époque révolutionnaire de dévastations dont elle est parfaitement innocente : bien des chefs-d'œuvre de l'architecture religieuse ou féodale avaient été ruinés depuis longtemps, soit par les guerres de religion, soit par Richelieu, le grand démolisseur des manoirs seigneuriaux; sans parler des mutilations accomplies par le mauvais goût, un autre genre de vandalisme plus malfaisant, qui avait précédé et qui a suivi la Révolution.

La Convention rendit au contraire des décrets pour préserver les monuments de l'art. Cette assemblée de Vandales vota la peine de deux années de fers contre ceux qui les dégraderaient; elle voulut qu'aucun atelier d'armes ou de munitions, aucun magasin de fourrages ou matières combustibles ne fût établi dans le voisinage des musées, bibliothèques ou collections précieuses; on la vit s'occuper d'un tableau de Rubens qui s'était trouvé au fond d'un grenier, et exempter de la fonte l'argenterie de Penthièvre comme un chefd'œuvre de l'industrie française.

Elle forma une commission spéciale chargée de dresser l'inventaire des objets intéressants provenant des confiscations. C'est ainsi que les musées et bibliothèques de Paris et des départements s'enrichirent aux dépens des monastères fermés et des châteaux abandonnés. Championnet était fidèle à ces traditions, lorsque, envoyé en Italie pour y fonder une république, il s'occupa de Pompei, et donna l'impulsion aux travaux de déblayement qui ont révélé cette ville antique au monde moderne.

Dans sa grande détresse financière, la Convention trouva moyen d'allouer aux artistes, savants et littérateurs, une somme de 605 500 francs. Louis XIV, dans sa grande splendeur, ne dépassa jamais celle de 112 000 livres. Elle consacra, nous l'avons dit, la pro-

priété littéraire par sa loi du 19 juillet 1793 : le droit du génie, s'était écrié Lakanal.

Si VInstitut national n'a pas été compris dans notre revue des établissements d'instruction publique fondés par la Révolution, c'est parce que le caractère de corps enseignant, qu'avaient entendu lui donner Talleyrand et Condorcet, ne lui fut pas définitivement attribué.

Son décret d'institution le destine simplement « à perfectionner les sciences et les arts et à suivre les travaux qui auront pour objet l'utilité générale et la gloire de la République ». L'Institut remplaçait donc les anciennes académies; mais ce qui constituait sa supériorité sur ces corporations isolées entre elles, c'est qu'il reliait par une pensée encyclopédique les diverses branches de l'activité intellectuelle, o Ce sera en quelque sorte l'abrégé du monde savant, » écrivait Daunou. L'Institut se composa de 144 membres, distribués en trois classes : sciences physiques et mathématiques, sciences morales et politiques, littérature et beaux-arts, répondant aux trois divisions admises dans l'enseignement. Tout ce que la France savante possédait d'hommes éminents y trouva place. Son organisation et son personnel furent complétés par le gouvernement qui succéda à la Convention nationale. On semble avoir trop oublié cette origine de l'Institut; du moins on n'en parle jamais, tandis que l'Académie française ne néglige pas une occasion de rendre hommage à son fondateur, le fameux cardinal.

Citons encore trois actes importants de l'Assemblée conventionnelle ; la création du Bureau des longitudes, l'introduction d'un nouveau système de mesures et celle d'un nouveau calendrier.

Le bureau des longitudes, ayant dans sa dépendance l'observatoire de Paris, fut établi sur la proposition des comités réunis de l'instruction publique, de

la marine et des finances; on lui confia la rédaction de la connaissance des temps.

L'uniformité des poids et mesures avait fait l'objet d'un vœu dans les cahiers de 89, et d'un travail commandé par l'Assemblée constituante à l'Académie des sciences. Pour en montrer la nécessité, il suffit de rappeler que dans une seule province, l'Anjou, on employait 98 mesures différentes pour le grain. Ce vœu fut réalisé par l'adoption du système métrique, que la Convention espérait rendre universel en lui donnant pour base la mesure du globe terrestre. Aujourd'hui notre système est admis en principe dans toute l'Europe, et l'introduction de notre unité monétaire ellemême ne rencontre plus guère d'autre résistance que celle des prétentions nationales.

Ce qu'on peut au contraire reprocher au calendrier républicain,c'est d'avoir été trop exclusivement national. Au moment où tout se régénérait dans le monde, on voulut « qu'une division créée par la Révolution même marquât l'ère nouvelle » ; ce sont les termes de l'exposé des motifs, rédigé par Romme. L'année dut commencer le 22 septembre, jour de la fondation de la République française : c'était confisquer l'histoire des autres peuples au profit de la nôtre. Le nouveau cycle annuel se composait de douze mois égaux, très harmonieusement dénommés d'après les attributs de la saison et les travaux qu'elle amène : vendémiaire, brumaire, frimaire pour l'automne, nivôse, pluviôse, ventôse pour l'hiver, germinal, floréal, prairial pour le printemps, messidor, thermidor, fructidor, pour l'été. Mais ces noms correspondaient à des états du ciel et de la terre qui ne sont pas ceux des autres climats : jamais notre calendrier n'eût pu acquérir un caractère d'universalité. L'acte de navigation du 21 septembre 1793 fut mieux inspiré sous ce rapport : « Ce n'est pas assez pour vous, dit Barère à la Convention, d'avoir fondé

la République politique ; il vous reste à fonder la politique commerciale, cette langue universelle qui doit amener un jour la paix du monde et le bonheur des hommes. L'acte de navigation anglais porte l'empreinte du despote qui le créa (Cromwell) ; l'acte de navigation française aura le caractère de la liberté et de l'égalité qui l'ont produit. >

Abrégeons, au risque de faire des omissions.

L'initiative individuelle avait fondé le Moniteur sous la Constituante. C'est la Convention qui fonda le Bulletin des Lois, son unique journal officiel. — Pour étendre le bienfait des établissements scientifiques, elle attacha une publication particulière à chacun d'eux : l'école polytechnique eut son journal, l'école normale eut le sien, le bureau des longitudes eut son Annuaire. — Elle mit au concours la composition de livres élémentaires pour l'instruction de l'enfance, celle d'une grammaire et d'un vocabulaire nouveau pour universaliser en France l'usage de la langue française, et détruire les patois, ce /■édé?'aiisme du langage, selon son expression ; elle fit rédiger les Annales du civisme pour encourager les vertus par leur histoire. Tout cela fut décrété sur les rapports de notre illustre et bienfaisant Grégoire.

La Convention étendit sa sollicitude depuis les plus hautes spéculations philosophiques jusqu'aux détails pratiques de l'agriculture et de l'industrie : elle commanda l'impression d'une traduction des ouvrages de Bacon, et, sur un rapport de Chénier, au plus fort de la Terreur, en octobre 1793, elle fit placer au Panthéon le buste de Descartes, le père de la philosophie française. Elle décida que des voyages scientifiques seraient accomplis et que les artistes envoyés à Rome y seraient entretenus aux frais de la République. — Elle chargea Daubenton, le collaborateur de Buffon, de dresser un inventaire général des

richesses naturelles de la France. Le même Daubenton rédigea par ses ordres une Instruction pour les bergers, qui demeure un modèle en son genre. Dans un temps de disette, elle adressa aux citoyens cultivateurs des conseils sur les semailles d'automne; elle s'occupa d'établir des jardins botaniques et des fermes expérimentales; elle s'occupa du défrichement des marais; elle s'occupa de l'éducation des abeilles, et recommanda un système économique, auquel on donna le nom de ruche villageoise.

Nous avons raconté l'application des aérostats et du télégraphe au service de la guerre; nous avons raconté comment fut organisée la production rapide des armes à feu et de la poudre; « les opérations délicates et difficiles des sciences, dit Fourcroy, sont converties en procédés domestiques et simples; le mouvement donné à toutes les âmes se communique à tous les bras. » — a On montrera la terre salpêtrée aujourd'hui, disaient Monge et Berthollet; dans trois jours on en chargera le canon. »

Par des offres de récompense, et plus souvent encore par de simples appels au patriotisme, la Convention provoqua des découvertes importantes.

Ainsi fut renouvelée l'industrie du tannage des cuirs et créée celle des crayons noirs, dits de Conté, d'après le nom de l'inventeur; ainsi fut perfectionnée l'aciérie, et des manufactures furent établies dans des lieux où cet art était inconnu.

Deux chimistes, Carny et Leblanc, auteurs de procédés nouveaux pour la décomposition du sel marin et la fabrication de la soude, étaient en possession de brevets qui leur promettaient la richesse; ils en firent le sacrifice et livrèrent leurs découvertes au pays, qui en avait besoin.

Un élan général des esprits favorisait alors le progrès dans toutes les directions. Les sciences exactes

et les sciences naturelles s'enrichirent d'importants travaux ; l'atelier de David fut le berceau d'une renaissance des arts, et les grandes éditions de Didot signalèrent celle des lettres. L'illustre amiral Bougainville porta témoignage de ce beau mouvement, lorsqu'il dit un jour à Napoléon dans une séance du conseil d'Etat : « Sire, l'époque de 1789 à 1800, en même temps qu'elle sera, pour les événements politiques et militaires, une des plus mémorables dans les fastes des peuples, sera aussi une des plus brillantes dans les annales du monde savant *. »

i. Le nombre des décrets rendus par la Convention dans l'espace de trois années peut donner l'idée de l'incroyable activité de ce temps : il s'élève à onze mille deux cents.

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